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19/03/2020

ANDREE CHEDID (2) CENT ANS ET INTEMPORELLE

 Andrée Chedid, poète, romancière,
auteur dramatique et nouvelliste,
disparue en 2011,
aurait eu cent ans le 20 mars.
L'auteur de «la fraternité», comme elle fut appelée,
était aussi un modèle d'humanité et d'humilité.
Couronnée par de nombreux prix,
dont le Goncourt de la Poésie et de la Nouvelle,
son œuvre continue à nous éclairer.

Témoignage personnel

J'ai rencontré pour la première fois Andrée Chedid en 1987 à mon retour du Liban où j'étais allée recueillir la voix d'enfants victimes de la guerre. Sur le conseil de Françoise Dolto, je lui avais demandé une préface pour mon livre ce qu'elle avait d'emblée accepté. Et c'est dans sa préface que j'avais trouvé le titre de mon livre: L'Hirondelle de vie.*

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«Tous ces enfants singuliers, dissemblables, qui ont tellement enduré et dont les voix pourtant s'unissent pour suggérer d'autres engagements, pour amorcer d'autres espoirs...» avait-elle écrit et décrété: «Non, ce n'est pas «l'oiseau mort» que l'on trouve au fond de leurs poitrines. C'est l'hirondelle de vie!»

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Andrée Chedid à Paris en 1987.

photo: gf

 

Dès 1987, nous avions noué une profonde amitié et nous étions souvent retrouvées en tête-à-tête et en famille. A Paris et en Suisse, entre Lausanne, Genève et le Valais où, avec son mari, elle passa notamment chaque été, durant plus de trente ans,  à Loèche-les-Bains qu'elle nommait «Leukerbad».

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Sous le ciel de Loèche-les-Bains en 2002 avec son époux, en 2004.

photo: gf

 

De la poésie «clé de voûte»...

En 1990, dans un entretien pour la revue littéraire ECRITURE**, Andrée Chedid  m'avait précisé, comme je l'interrogeais sur les divers genres littéraires qu'elle pratiquait (poésie, roman, nouvelle, pièces de théâtre, essais) : «Pour moi, la clé de voûte, c'est la poésie. Elle est le fond de toute expression humaine». Et lorsque je lui avais demandé de choisir parmi tous ses livres un ou deux titres seulement, elle avait répondu: «Ce serait L'Autre*** et les poèmes car, en peu de mots, ils expriment le fond de mes aspirations, ils évoquent cette constante interrogation sur la vie, sur la mort et sur le passage si bref entre l'un et l'autre. Aussi du besoin d'aller à la rencontre des êtres».

...  à Maurice Chappaz...

En 2005 sous le ciel de Sarreyer, Andrée Chedid fit connaissance avec Maurice Chappaz. Les deux poètes se dédicacèrent mutuellement les ouvrages publiés à un an d'intervalle chez Seghers (collection Poètes d'aujourd'hui) qui leur avaient été consacrés: Andrée Chedid, par Jacques  Izoard (2004) et Maurice Chappaz, par Christophe Carraud (2005). 
Andrée et Maurice s'étaient revus dans le val de Bagnes en 2006. Andrée Chedid  avait récité par cœur ces mots du poète: 

« Quel est donc parmi les savants

celui qui m'enseignera la tendresse ?» 

Et les poètes s'étaient embrassés. Et Andrée avait aussi été émerveillée par L'Abbaye du Châble et interloquée par les exercices acrobatiques de gymnastique dont Chappaz avait fait la démonstration.

...et à BABEL

Andrée et Louis Antoine Chedid avaient confié aux Editions Z, à Lausanne et Sarreyer, de publier leur livre à deux voix: BABEL, Fable ou métaphore. Dans le premier récit, Andrée faisait entendre la voix d'Aél, une Babylonienne contemporaine de la Tour et celle de Léa, une femme d'aujourd'hui. Dans le second récit, Louis Chedid se demandait si BABEL n'était pas une métaphore. Riche de sens, celle-ci «questionnerait à la fois notre vision du Divin, notre compréhension du langage et même le pouvoir de l'ordinateur» selon les mots du scientifique Louis Chedid.

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Photo: rb

 Andrée et Louis Antoine Chedid à Sion en 2004 lors de la sortie de presse,
aux Editions Z,  
de BABEL, fable ou métaphore****

 

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L'Hirondelle de vie, chronique des enfants du Liban, préface d'Andrée Chedid, Editions de L'Aire, 1988 (épuisé).

** ECRITURE 56, Entretien avec Andrée Chedid, printemps 2000.

**** L'Autre, roman, 1969 (rééditions en.....disponible collection de poche Flammarion). 

**** Babel, fable ou métaphore, Andrée et Louis Antoine Chedid, Editions Z, (http://editionz.ch/livres), 2002.

 

 

 

 

 

 

10:48 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, France, Lettres, Monde, Solidarité, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) |

10/12/2019

ALAIN FAVARGER A L'AIRE: LA VOLUPTE DES YEUX

En 2018, Michel Moret, dont  Le banquet de Platon est depuis longtemps un livre de référence,
sinon de chevet, fonde la collection Le  banquet.
Une jaquette élégante et sobre  pour un petit livre
(11X18 cm) à glisser dans sa poche ou,
comme un viatique, sous son oreiller.
Un graphisme de classe sur un papier précieux.

 

Après les ouvrages de Bastien Fournier, Salah Stétié, Nagaoka Taeko, Marie-Claire Dewarrat, Pierre-Alain Gendre et Roland Jaccard, voici que  L’Aire vient d’ajouter à sa collection un joyau qui a retenu mon attention (yeux et cœur): La Volupté des yeux, d’Alain Favarger.
Nous zigzaguons ici dans le monde des humains et de l’art…Et je pense à Claude Roy qui disait: «Je suis un touche-à-tout car tout se touche, dans la vie». 

 

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Alain Favarger: l'amour du Beau et de la Bonté

 

Des chemins intimes et universels

Et si nous partions sur les chemins intimes et universels d’Alain Favarger ? Nous sommes en Sicile où  Favarger revoit sa mère qui fut la nurse de Rosella,  à Palerme entre  1938-1939, dans une famille noble. Dans une des lettres de sa mère, il lit: «Maintenant, le sentiment du beau s’est encore plus profondément ancré en moi».
Peut-être ce sentiment de beauté l’a-t-elle transmis à son fils comme le désir de justice car elle a écrit aussi: «Est-ce possible qu’en vivant au cœur d’un paysage aussi paisible et enchanteur il y ait des gens …qui violent les joies de la justice, se tachent les mains pour conquérir d’autres territoires ?»…

Plus tard, son érudit et humaniste de fils écrira: «A Palerme comme à Tolède, Bourges, Beaune, Vézelay ou Gand se joue toujours le grand théâtre muet de la dialectique du bien et du mal..»

Le bien nommé La Volupté des yeux  se présente comme un kaléidoscope traversé par les paysages, les livres – La vie, mode d’emploi  de Perec –, Proust, Duras et Hiroshima mon amour, les musiques, les tableaux, les films, les artistes – Jean Seberg, Delphine Seyrig, Emmanuelle Riva – et les spectacles aimés, sous le double signe de la beauté et de la bonté.
Nous flânons dans Paris et contemplons au Lac majeur «le miroir indigo de ses eaux tachetées d’absinthe». Nous méditons avec Favarger sur la tombe de Thomas Mann  à Kilchberg et de quatre de ses enfants (Michael, Monica, Elisabeth et Erika,  Klaus et Gobo, reposant sous d’autres cieux).

Un livre-gigogne

Du Vercors à la Syrie, des Etats-Unis à l’Europe, l'auteur fribourgeois discerne les convergences têtues entre jadis  et aujourd’hui. Entachées de tant de violence, celles-ci pourraient inciter au désespoir  car il semble qu’aucune leçon n’ait été retenue du passé. Mais voici que le petit fils de l’auteur, Damien, nous sourit au fil des pages. Et la contemplation de l’épouse, omniprésente dans ce livre qui lui est dédié, réjouit notre âme.  

La Volupté des yeux  nous révèle enfin Confiteor, «ce chef d’œuvre absolu» de Jaume Cabré dont Alain Favarger nous dit: « La question de savoir comment combattre le mal hante ce livre…»  Mais Cabré sait aussi «qu’avec la beauté et l’amour, la vie peut changer»…Et comment ? «Parce que la beauté rend  meilleur et que l’effet qu’elle produit sur un être ouvre le champ des possibles» selon Jaume Cabré. En terminant ce livre, à relire, j'en viens à croire que la mère d’Alain Favarger est toujours là avec son «sentiment de beauté» plus que jamais nécessaire pour sauver le monde.

 

Michel Moret et Le Banquet

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Michel Moret, plus de quarante ans d'édition et une foi intacte.
«Que le risque soit ta clarté» lui souffle René Char.

 

Le Banquet de Platon est un des livres de référence de Michel Moret. Il figure au catalogue des Editions de L’Aire (collection Le chant du monde) depuis longtemps dans une traduction de Philippe Jaccottet et maintenant préfacée par Michel Onfray. 

Toujours dans la collection Le banquet, l’année prochaine nous offrira deux livres que nous attendons d'ores et déjà avec impatience: Le Lecteur d’Adrien Pasquali et Lettre ouverte aux non-lecteurs de Michel Moret lui-même. Ainsi l'éditeur-écrivain signera-il un dixième  livre que nous imaginons porteur de sagesse et de confiance. D’autres surprises jalonneront l’année 2020 de L’Aire.

 

www.editions-aire.ch

 

 

* La Volupté des yeux, collection Le banquet, Ed. De L’Aire, 266 p.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

18:37 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Lettres, Nature, Solidarité, Suisse, Voyages | Lien permanent | Commentaires (0) |