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24/05/2021

SUR ESPACE 2: LA VIE A PEU PRES

Après l’écrivain bernois Beat Sterchi
et avant le poète Alexandre Voisard,
à écouter ces jours-ci,
j’ai eu le bonheur d’être l’hôte de La vie à peu près.
C’était du 17 au 21 mai sur Espace 2

Sur le ton de la confidence, cette émission de Jean-Marie Félix et Nicolas Juillard, avec la collaboration de Sophie Grecuccio, donne la parole à des acteurs de la vie culturelle d’ici et d’ailleurs. Elle nous permet de «dérouler» notre parcours de vie au jour le  jour, tout en prenant le temps de nous arrêter «sur quelques stations importantes» de nos itinéraires personnels. Chaque entretien est accompagné de musiques suggérées par les invités.

Du Valais à l'Orient
de Corinna Bille à Annie Ernaux et Andrée Chedid

Avec sa finesse habituelle, Jean-Marie Félix m’a interrogée sur mon enfance et mon adolescence en Valais, l’importance des livres, l’émergence de l’écriture, mon voyage de 4 mois en 2CV sur les routes d’Orient, puis sur mes rencontres avec Corinna Bille et Maurice Chappaz, Andrée et Louis Chedid, sans oublier mon amour pour le Liban, mon amitié envers Annie Ernaux, dédicataire de mon dernier livre, Un itinéraire avec Rimbaud*  et aussi sur ma vie avec le père de mon fils, Noureddine Zaza, décédé en 1988, et dont l’autobiographie Ma vie de Kurde connaîtra ce mois de juin une troisième publication.

De larges horizons

A l’enseigne de La vie à peu près, d’autres entretiens avec des artistes sont à entendre sur: https://www.rts.ch/play/radio

A propos, saviez-vous que la chaîne suisse romande Espace 2 est née en 1956 ? Et qu’elle a créé QWERTZ en 2019 déjà  ?

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Afin de demeurer connecté avec l’univers des livres, je vous conseille de vous abonner (gratuitement) à QWERTZ. Chaque vendredi, une précieuse Newsletter vous sera envoyée par RTS Culture. Sous forme d’entretiens audio, d’articles et de vidéos une sélection de nouveautés littéraires vous sera proposée. 

Belle écoute au pays des livres et de la musique!

 

 

* Editions de l'Aire, 184 pages, janvier 2021,

18/05/2021

ISRAËL-PALESTINE: YEHUDA ET MAHMOUD

Mon coeur se déchire à la vision des scènes de violence
qui défigurent aujourd'hui Israël et la Palestine. 
Rappel de quelques dates gravées dans ma mémoire.

En septembre 1967, trois mois après la Guerre des Six Jours, à Jérusalem Est, j’avais sympathisé avec des Palestiniens chrétiens qui devinrent Israéliens après avoir été Jordaniens. J’avais aussi cueilli des pommes au kibboutz de Kfar HaMacaby au-dessus de Haïfa. 
En 1969, à Beyrouth, sous la houlette de l’UNRWA, j'ai «visité» des camps de réfugiés palestiniens où la plupart croupissaient depuis 1948. 
Ils se demandaient s'ils reverraient un jour la maison qu’ils avaient dû abandonner en quelques heures.
En juin 1970, à Jérusalem, j'étais allée interviewer Golda Meir, alors Premier Ministre. Au terme d'un long entretien, je lui avais rapporté ce que j’avais vu «de l’autre côté» (Liban, Jordanie). Elle avait demandé à un officier de me conduire au kibboutz de Kiryat Shmona, près de la frontière libanaise. Les enfants logeaient dans les abris souterrains quand les fedayin les attaquaient du sud-Liban qu’ils avaient occupé. 
Vers 1989, à Flüeli Ranft, le village de Sant-Nicolas de Flüe, j’avais participé à un colloque réunissant Juifs et Arabes de Suisse et d’Israël. Tous croyaient à la paix et y œuvraient concrètement. Un Israélien avait même fondé un kibboutz réunissant Juifs et Arabes.
En ce mois de mai 2021, le projet de deux Etats, Israël et Palestine, cohabitant harmonieusement s’est temporairement évanoui. 
Deux poètes, l’Israélien Yehuda Amichaï et le Palestinien Mahmoud Darwich, tous deux disparus, ont lutté inlassablement pour que la Paix règne enfin sur cette terre à la fois juive, musulmane et chrétienne. Il faut les lire pour saisir que la connivence entre eux fut, est et qu'elle renaîtra.

 

UN BERGER ARABE

par Yehuda Amichaï*

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«Un berger arabe cherche sa chèvre sur le Mont Zion

Sur la colline d’en face je suis à la recherche

de mon petit garçon

 

Un berger arabe et un père juif

tous deux dans leur perte provisoire…

Nos deux voix se rencontrèrent au-dessus

de la Piscine du Sultan dans la vallée qui nous séparait

 

Aucun de nous ne veut que son garçon ou la chèvre

ne soit pris dans les rouages de la Had Gayah.

Après nous les trouvâmes au milieu des buissons

et nos voix rentrèrent en nous,

 

Rires et pleurs.

Chercher une chèvre ou un fils

a toujours été le commencement

d’une nouvelle religion dans ces montagnes.»

 

(1980, traduction Anne Loiseau d’après l’anglais, in Anthologie personnelle Actes Sud, hors collection 1992).

* Yehuda Amichaï (1924, Wurtzbourg, Allemagne-22 septembre 2000, Jérusalem).

 

 

LA PALESTINE EST BELLE – OUI LA PALESTINE EST BELLE

par Mahmoud Darwich**

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«Variée riche – riche en histoire

C'est une terre de mythes

de pluralismes

et elle est fertile malgré le manque d'eau

elle est modeste aussi

la nature y est modeste

c'est un pays simple

 

Voici la terre de mon poème

et dans ces terres je me sens un peu étranger

il est vrai que l'on peut se sentir étranger

même dans son propre miroir

il y a quelque chose qui me manque

et ça me fait mal

je me sens comme un touriste

sans les libertés du touriste.

 

Etre en visite me mine,

quoi de plus éprouvant que se rendre visite à soi même…»

 

Extrait d'un documentaire «Mamhoud Darwich : Et la terre comme une langue» de Simone Bitton. Les livres de Mahmoud Darwich, dans leur traduction en français, ont été publiés chez Gallimard et Actes Sud.

** Mahmoud Darwich (1941, Al-Birwa, Palestine– 2008, Houston)