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07/08/2020

CARNET DU LIBAN 2020 (1) L’HORREUR ET L’ESPOIR

«Ma» ville, celle que je fréquente depuis les années 70
et où j’étais encore en 2015,  est dévastée.
A demi, dit-on…
Et les rues d’Achrafieh, Gemayze, Sassine, Bourj Hamoud,
où j’aimais flâner, rencontrer les amis, boire un petit café,
dans un bistrot ou chez le cordonnier et la fleuriste,
chez le libraire et le coiffeur,
offrent aujourd’hui un spectacle cauchemardesque.
Bien pire que celui qui m’était apparu en 1983,
ap
rès neuf ans d’absence, en pleine guerre.
On pense à Hiroshima, à la Normandie,
à Dresde après les bombardements... 
Le Musée Sursok ne serait plus qu'un «squelette».
Hier, le mari de ma grande sœur «de cœur»
(présente dans La Langue des dieux*)
est mort d’une crise cardiaque.
Il a rejoint son épouse,
l’écrivain et avocate Jacqueline Massabki**
décédée en 2015.
Mon fils me dit que maintenant «là-haut,
ils pourront continuer à s’aimer». 
Il n'a peut-être pas tort.

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Jacqueline Massabki et son mari, Antoine, sur le chemin des Vernys,
près du chalet de Maurice Chappaz.

 

Le Foyer de la Sagesse où j’ai logé en 2012, 2013, 2014 et 2015, est aujourd'hui à moitié démoli. J’y avais sympathisé avec le photographe Nicolas Brodard (www.nicolasbrodard.com), le journaliste Clément Girardot (http://clementgirardot.blogspot.com) et le photographe-poète niçois Laurent Costantini (Beyrouth Beyrouth***). Jusqu’à ce jour, nous avons maintenu des contacts amicaux, nous nous sommes revus. Grâce à La Sagesse où nous partagions petits-déjeuners et discussions interminables en rêvant d’un monde meilleur et plus juste. Son intendante vient de m’apprendre que plusieurs résidents de «notre» Foyer ont été blessés et que deux collaborateurs sont morts, «soufflés» par les éclats de verre.

 

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Reçu de Beyrouth,ce «CÈDRANGE de courage et de solidarité
pour le peuple Libanais» 
réalisé par Jean-Claude de Castelbajac,
qui l'a ainsi dédié «à mes amis du Liban, aux habitants de Beyrouth»

 

Depuis quelques jours, par SMS ou Whatsap, je pose à mes amis une question très laconique: «Etes-vous sains et saufs ? Merci de donner des nouvelles». Et ils me répondent. «Merci de t’inquiéter à notre sujet. Nous sommes sains et saufs. Mais…»

Mais un de leurs proches est mort, leur appartement est détruit. Quant à leur voiture, elle est démolie, voilà un détail bien dérisoire.

Je reste sans nouvelles de plusieurs de mes filleuls et je me demande: «Où sont-ils, sont-ils vivants ?

Mes yeux ne savent plus pleurer. 

Alors j’écris. Je continue Elégie pour le Liban commencé durant le confinement. 

A l’instar de la rue libanaise, je crois qu’un changement de gouvernance à Beyrouth s’impose urgemment. Voici plus de trente ans que ces irresponsables politique ont pillé le Liban et qu’ils l’ont conduit à la ruine. Le temps est venu de s’en débarrasser et de laisser la place à des patriotes compétents et intègres. Ils existent au Liban et dans la diaspora. Grâce à eux, le Liban ressuscitera, une xième fois de plus. La résilience est dans leurs gènes ainsi que l'amour de leur pays.

Parce que la poésie peut nous sauver de trop de malheur, voici un poème de Nadia Tuéni accompagnée de la chanson «Beyrouth» par Fayrouz.

 (www.youtube.com/watch?v=8ayX6ZSpBgg)

 

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Nadia Tuéni.

 

BEYROUTH ****

«Qu'elle soit courtisane, érudite, ou dévote, 

péninsule de bruits, des couleurs, et de l'or, 

ville marchande et rose, voguant comme une flotte 

qui cherche à l'horizon la tendresse d'un port, 

elle est mille fois morte, mille fois revécue.

Beyrouth des cent palais, et Béryte des pierres, 

où l'on vient de partout ériger ses statues, 

qui font prier les hommes, et font crier les guerres.

Ses femmes aux yeux de plages qui s'allument la nuit, 

et ses mendiants semblables à d'anciennes pythies.

À Beyrouth chaque idée habite une maison.

À Beyrouth chaque mot est une ostentation.

À Beyrouth l'on décharge pensées et caravanes, 

flibustiers de l'esprit, prêtresses ou bien sultanes.

Qu'elle soit religieuse, ou qu'elle soit sorcière, 

ou qu'elle soit les deux, ou qu'elle soit charnière, 

du portail de la mer ou des grilles du levant, 

qu'elle soit adorée ou qu'elle soit maudite, 

qu'elle soit sanguinaire, ou qu'elle soit d'eau bénite, 

qu'elle soit innocente ou qu'elle soit meurtrière, 

en étant phénicienne, arabe ou routière, 

en étant levantine, aux multiples vertiges, 

comme ces fleurs étranges fragiles sur leurs tiges, 

Beyrouth est en orient le dernier sanctuaire, 

où l'homme peut toujours s'habiller de lumière».

 

 

* La Mémoire des Cèdres, avec François Porel, Editions Robert Laffont, 1989.

** La Langue des dieux, Editions de L’Aire, Vevey, 2015.

*** Beyrouth Beyrouth, Editions Z, Lausanne, 2013.

**** In Textes poétiques, hommage de Georges Shéhadé, Editions Dar An Nahar, 1986 ou Jardinier de ma mémoire, Flammarion, 1998.

 

 

24/03/2019

PROTHESE DE LA HANCHE: MON EXPERIENCE

Le sujet n'est en rien littéraire mais peut-être utile.
Deux ans et demi après avoir été opérée de la hanche,
en Suisse et non pas au bout du monde,
le temps est venu  pour moi de lancer une mise en garde.
Un chirurgien-orthopédiste incompétent,
pratiquant en indépendant dans le canton de Vaud,
 a bousillé deux ans de ma vie.
Son irresponsabilité m'a valu quatre opérations 
et plusieurs mois d'hospitalisation et de rééducation
entre 2016 et 2019. 

J'
émerge tout juste de ce tunnel interminable. 
Si je me suis résolue à écrire ces lignes,
c'est avec l'espoir que mon témoignage
épargnera à d'autres le calvaire qui fut le mien
et aussi celui de mes proches,
bien que la douleur soit indicible 
et heureusement incommunicable.

 

2016: Deux opérations en trois jours

En automne 2016, j'ai été opérée de la hanche dans une clinique privée vaudoise par un médecin que j'avais choisi par hasard en consultant le bottin téléphonique. Ce fut ma première erreur. Deux jours après cette intervention, le chirurgien-orthopédiste m'annonça qu'il devait me réopérer la tête de la prothèse étant «mal orientée»...
Je subis une deuxième narcose générale en quelques jours dans l'espoir (mais ai-je le choix, clouée à mon lit) que cette opération-là sera la bonne. Je suis ensuite transférée  dans un établissement romand de rééducation où je demeure deux semaines. Une longue physiothérapie s'ensuit. Une nouvelle facture (pour la reprise de l'opération ratée) parvient à mon assurance à laquelle j'aurai bien involontairement coûté très cher et pour laquelle j'aurai aussi beaucoup investi en argent, en temps et en «qualité» de vie.

2017: Le déni

En janvier 2017, suite à une chute, je suis victime d'une fracture du fémur. En dépit de ma première mauvaise expérience, je fais stupidement confiance à mon chirurgien qui me réopère. Trois semaines de rééducation suivent à nouveau dans une clinique. La physiothérapie au cabinet de mon médecin lausannois, elle, s'accomplit jusqu'en juin 2018... Comme d'autres personnes, je prends mon mal en... patience car «il faut du temps...», me répète-t-on. 
Me regardant marcher (ou plutôt boitiller) dans son cabinet, mon chirurgien- orthopédiste me  propose d'acheter une petite semelle de compensation dans un commerce spécialisé en équipement sportif. Il ne motive pas sa suggestion. J'obtempère mais, l'hiver venu, je constate que l'insertion de cette semelle est impossible dans des bottes. L'hiver et le printemps passent sans amélioration. 
En dépit de mes plaintes incessantes et des signaux de ses physiothérapeutes, mon médecin  ne m'entend pas. Son avis importe davantage que celui de ses collaborateurs. Ce docteur en médecine ne veut pas voir mes douleurs incessantes, diurnes et nocturnes. Refusant de se remettre en question, il se contente de prescrire des infiltrations à la cortisone lesquelles aggravent mon état. 

De mon côté, je consulte des ostéopathes (il y est hostile) et même un guérisseur. J'achète à mes frais toutes sortes d'onguents, baumes. Et je m'inscris à Exit. 

Finalement, et un peu tardivement je le reconnais, je demande à ma doctoresse généraliste de me fixer un rendez-vous avec un spécialiste d'un hôpital universitaire afin d'obtenir un deuxième avis. Il était temps!

Un raccourcissement de 3 centimètres 

Au terme de sérieuses investigations, le médecin-orthopédiste relève que la jambe opérée est plus courte de 3 cm. par rapport à l'autre. D'où ma boiterie et mes douleurs au niveau du dos, du bassin et de la jambe. Il me prescrit une semelle de compensation adaptée qui sera confectionnée sur mesure par un orthopédiste professionnel.  Deux paires de chaussures sont transformées avec une semelle gauche plus haute de 3 cm. L'adaptation coûte à chaque fois 180 Frs...heureusement remboursés par la Lamal. Je réapprends à marcher avec ces chaussures augmentées. Mais les douleurs persistent.

Parcours du combattant

Le jeune médecin orthopédiste de l'hôpital universitaire me conseille d'apprendre «à donner un sens à ma douleur»... ce qui me rappelle les enseignants de mon enfance nous recommandant de «penser à Jésus» lorsque nous souffrions. Ses mots me hérissent et je proteste en haut lieu.
Un autre médecin est chargé de mon cas qui procède à de nouvelles recherches et décèle une mystérieuse inflammation. Quand je lui suggère une
 éventuelle infection, mes douleurs étant de plus en plus aigües, il ordonne une ponction dans la hanche. Celle-ci révèle une bactérie à «évolution lente» (Cutibacterium acnes)... 
A la bonne heure, je n'étais donc pas une malade imaginaire!  Je suis confiée au service de chirurgie septique. Un mois plus tard, je suis opérée par le Professeur qui a la surprise de découvrir que ma prothèse était descellée... Il est dans la nécessité de remplacer la prothèse et la plaque du fémur. Il me met sous antibiotiques. Ainsi est-ce avec une prothèse quasiment en morceaux que j'ai marché (ou plutôt titubé) dans mon quartier durant des mois et des mois. Mon quotidien ne fut pas toujours facile et j'ai souvent caché ma douleur.
Si j'ai tenu bon, c'est qu'au fond de moi, j'avais le désir de vivre des jours qui seraient meilleurs. J'avais la volonté de ne pas finir ma vie en souffrant. Je pensais ne pas encore être parvenue au bout de mon chemin.

 

Un Professeur m'a sauvée 

Ce mois de mars 2019, je reviens de trois semaines de rééducation dans une clinique de la Côte vaudoise où les kinésithérapeutes m'ont réappris à marcher. Grâce à eux, j'ai retrouvé le goût de vivre et le sommeil. Mon visage n'est plus crispé par la douleur.

Je revis. Certes, le temps n'est plus où je partais en expédition en 2CV au Moyen-Orient (qui n'existe plus d'ailleurs à en croire Amin Maalouf et d'autres...) et je ne suis pas tentée par l'escalade. Mais je sais maintenant que le jour viendra où je pourrai accueillir chaque journée avec le sourire que j'avais perdu.  Et me remettre à flâner, ici et ailleurs. Car certaines destinations m'attirent comme des aimants. Les projets auxquels je ne croyais plus vont peut-être se réaliser même si j'ai appris à me contenter de peu, c'est-à-dire de l'Essentiel. Ainsi la contemplation de la Nature au printemps...

 

Quelques conseils

Ne choisissez jamais un médecin au hasard. Informez-vous auprès de votre médecin, de vos connaissances et amis, et aussi des hôpitaux  universitaires.

Ne vous habituez jamais à la souffrance permanente sous le prétexte que «c'est long»...
La vie est trop courte pour s'accommoder d'une douleur parfaitement inutile.

En dépit du lien qui peut se créer avec votre médecin, n'hésitez pas à le quitter et à demander un deuxième avis. N'attendez pas des mois avant de prendre cette décision.

Les hôpitaux universitaires, qui regorgent des spécialistes les plus pointus, sont là pour cela. 

Si un chirurgien-orthopédiste incompétent a bousillé deux ans de ma vie, je dois à un Professeur de l'hôpital universitaire (que certains ont tendance à snober au profit des  cliniques privées) de m'avoir tout simplement sauvée. De surcroît, lors de son opération, il m'a rendu les 3 centimètres dont on m'avait privée... Ainsi puis-je jeter sans nostalgie les chaussures compensées et retrouver les chaussures d'avant ce cauchemar.*

Comment cela a-t-il pu arriver?

La faute à «pas de chance» ? Selon mes discussions avec de vrais spécialistes, dans mon cas, une prothèse de la hanche mal placée puis reprise aurait pu fragiliser la jambe et provoquer la fracture du fémur. Si la prothèse a été retrouvée descellée c'est qu'elle avait été initialement mal insérée.

Reste le mystère de la bactérie – Cutibacterium acnes – qui aurait pénétré dans ma hanche lors d'une des trois opérations réalisées par mon chirurgien-orthopédiste en 2016 et 2017...

 

 * Je les ai finalement gardées et j'ai bien fait. Le médecin-conseil de mon assurance juridique prétend qu'un tel raccourcissement lors de ces opérations orthopédiques est «hautement improbable» et «irréaliste»...

 

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                                      Chaussure gauche avec compensation ... et droite sans.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

16:04 Écrit par Gilberte Favre dans Lettres, Médias, Science, Société - People, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0) |