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17/10/2022

BERTIL GALLAND: VAGABOND DES SAVOIRS

A l’occasion des vingt ans de la collection Savoir suisse, fondée par Bertil Galland,
la réalisation de sa biographie s'imposait. 
Elle est signée par le professeur
de science politique
Jean-Philippe Leresche
et par l'historien Olivier Meuwly. 

 

Les deux chercheurs ont réalisé un important travail en allant fouiller dans de nombreuses archives de presse. Ils ont surtout interrogé Bertil Galland en profondeur afin d'accéder à l'essentiel d'un itinéraire «riche et bigarré». Celui-ci,  qui ne fut  «ni linéaire ni aisé à reconstituer», est par ailleurs complété par  d'intéressants entretiens journalistiques. 

 

Articulée en dix chapitres, cette étude porte excellemment son titre: «Bertil Galland, vagabond des savoirs».* En exergue, une citation de Galland nous accueille: «Il ne peut y avoir de destin que celui du vagabond».** 

 

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Photo de couverture: Marcel Imsand

 

Le «mythe Galland»

Au fait, qu’est-ce-que «le mythe Galland» évoqué par les auteurs de cet ouvrage quasiment exhaustif ? Quel est le secret de ce mi-Vaudois mi-Suédois ? De cet écrivain,  grand reporter, éditeur, animé par le courage et l’audace, qui dirigea Les Cahiers de la Renaissance vaudoise avant de créer sa propre maison d’édition, les Editions Bertil Galland. 

Continuons avec la titanesque Encyclopédie vaudoise et la fondation des Editions 24 Heures dont il deviendra le directeur littéraire. En 2002, parallèlement au journalisme (de La Feuille d'Avis de Lausanne (plus tard 24 Heures à L’Hebdo puis au Nouveau Quotidien), il lance aux Presses polytechniques et universitaires romandes*** la collection Le savoir suisse dont le vingtième anniversaire fut fêté le 12 octobre au Palais de Rumine.

De la poésie à la littérature romande dont il fut un pilier, Bertil  Galland traversa des tempêtes mais toujours, tel le phoenix, il  finit par resurgir, découvrant des écrivains, les publiant, les unissant. «La bande à Galland» ? Une famille très solidaire plutôt. Il révéla un grand nombre d’écrivains (Anne-Lise Grobéty, Anne Cunéo, Lorenzo Pestelli…). Plusieurs de ses auteurs furent couronnés par de grands prix: Chessex obtint le Goncourt pour L’Ogre, Corinna Bille le Goncourt de la nouvelle pour La Demoiselle sauvage et Georges Borgeaud le Renaudot pour Le voyage à l’étranger et le Médicis essai pour Le Soleil sur Aubiac.

Mais, avant d’être un grand éditeur, Galland est d’abord un écrivain très subtil. Il a publié une vingtaine de livres dont le premier, La Machine sur les genoux (relatant son séjour en Amérique), en 1960. Le premier tome de ses Ecrits autobiographiques**** Les pôles magnétiques, paraîtra en 2014. Une révélation suivie de sept tomes.

 

Le rôle primordial de la poésie.

En 2021, Frédéric Gonseth et Catherine Azad réalisent, du Pays de Vaud à la Suède en passant par la Bourgogne, le film  La Saga Bertil Galland*****  qui séduira un large public et de nombreux téléspectateurs. A nonante ans, Galland a gardé toute sa curiosité et son intérêt pour le monde.

Sans doute n’a-t-il pas oublié un personnage qui le fascinait, enfant. Voici «Knulp» le héros vagabond du roman éponyme d’Hermann Hesse que Galland aurait aimé rencontrer à Montagnola où il s'était installé.
Les voyages à vélo, suivant l’exemple de Knulp, inciteront Bertil à s’en aller à la découverte du monde: Europe, du nord au sud, Etats-Unis, Asie, Afrique.  Du Vietnam au Biafra et au Proche-Orient, il fut avant bien d’autres un reporter de guerre. Il n’en tira aucune gloriole mais des reportages exceptionnels marqués par le sceau de l’humanité. 

En 1979, alors que le schah d’Iran était traqué, il se rendit aux Bahamas afin de recueillir ses derniers propos, la Révolution islamique l’ayant contraint à l’exil. Ses parents lui avaient transmis le don d’empathie. Galland sut apprivoiser le monarque déchu et malade.

Amoureux de la nature, qu’il défendit en particulier avec Franz Weber, ce «cosmographe» fut d’abord «au service de la poésie» comme il le dira au micro de Christian Ciocca.

La poésie, qui l’éclaira dès son enfance, est son viatique. Bertil Galland restera, jusqu’à leur fin, proche de Corinna Bille, «l’ange terrestre»,  et de Maurice Chappaz.
Leurs portraits d'ailleurs l’accompagnent dans sa chambre de Rimont comme eux, qui l’aimaient, le protègent de leur Paradis auquel ils croyaient.

 

 

Le Savoir suisse est une collection de caractère encyclopédique réunissant des livres de petit format.
Ceux-ci donnent le dernier état des connaissances sur toutes sortes de sujets qui concernent le pays
dans les domaines suivants: Arts & culture, Economie, Figures, Histoire, Nature & Environnement, Politique, Sciences & Technologies, Société. Le Savoir suisse propose aussi des biographies dans une série Figures
et accueille des prises de position personnelles dans une série Opinion.




 

* Bertil Galland, Vagabond des savoirs par Jean-Philippe Leresche et Olivier Meuwly, Presses polytechniques et universitaires romandes, 184 p, ppur@epfl.ch et dans toutes les bonnes librairies,  Fr. 17.50.

** A Christian Cioccia l’à émission Entre les lignes du 28 février 2012.

*** www.savoirsuisse.org

**** Ecrits de Bertil Galland (dont le très émouvant roman Luisella), Editions Slatkine, dans toutes les bonnes librairies et chez l’éditeur. 

***** Saga Bertil Galland par Frédéric Gonseth et Catherine Azad, 2021.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

24/03/2019

PROTHESE DE LA HANCHE: MON EXPERIENCE

Le sujet n'est en rien littéraire mais peut-être utile.
Deux ans et demi après avoir été opérée de la hanche,
en Suisse et non pas au bout du monde,
le temps est venu  pour moi de lancer une mise en garde.
Un chirurgien-orthopédiste incompétent,
pratiquant en indépendant dans le canton de Vaud,
 a bousillé deux ans de ma vie.
Son irresponsabilité m'a valu quatre opérations 
et plusieurs mois d'hospitalisation et de rééducation
entre 2016 et 2019. 

J'
émerge tout juste de ce tunnel interminable. 
Si je me suis résolue à écrire ces lignes,
c'est avec l'espoir que mon témoignage
épargnera à d'autres le calvaire qui fut le mien
et aussi celui de mes proches,
bien que la douleur soit indicible 
et heureusement incommunicable.

 

2016: Deux opérations en trois jours

En automne 2016, j'ai été opérée de la hanche dans une clinique privée vaudoise par un médecin que j'avais choisi par hasard en consultant le bottin téléphonique. Ce fut ma première erreur. Deux jours après cette intervention, le chirurgien-orthopédiste m'annonça qu'il devait me réopérer la tête de la prothèse étant «mal orientée»...
Je subis une deuxième narcose générale en quelques jours dans l'espoir (mais ai-je le choix, clouée à mon lit) que cette opération-là sera la bonne. Je suis ensuite transférée  dans un établissement romand de rééducation où je demeure deux semaines. Une longue physiothérapie s'ensuit. Une nouvelle facture (pour la reprise de l'opération ratée) parvient à mon assurance à laquelle j'aurai bien involontairement coûté très cher et pour laquelle j'aurai aussi beaucoup investi en argent, en temps et en «qualité» de vie.

2017: Le déni

En janvier 2017, suite à une chute, je suis victime d'une fracture du fémur. En dépit de ma première mauvaise expérience, je fais stupidement confiance à mon chirurgien qui me réopère. Trois semaines de rééducation suivent à nouveau dans une clinique. La physiothérapie au cabinet de mon médecin lausannois, elle, s'accomplit jusqu'en juin 2018... Comme d'autres personnes, je prends mon mal en... patience car «il faut du temps...», me répète-t-on. 
Me regardant marcher (ou plutôt boitiller) dans son cabinet, mon chirurgien- orthopédiste me  propose d'acheter une petite semelle de compensation dans un commerce spécialisé en équipement sportif. Il ne motive pas sa suggestion. J'obtempère mais, l'hiver venu, je constate que l'insertion de cette semelle est impossible dans des bottes. L'hiver et le printemps passent sans amélioration. 
En dépit de mes plaintes incessantes et des signaux de ses physiothérapeutes, mon médecin  ne m'entend pas. Son avis importe davantage que celui de ses collaborateurs. Ce docteur en médecine ne veut pas voir mes douleurs incessantes, diurnes et nocturnes. Refusant de se remettre en question, il se contente de prescrire des infiltrations à la cortisone lesquelles aggravent mon état. 

De mon côté, je consulte des ostéopathes (il y est hostile) et même un guérisseur. J'achète à mes frais toutes sortes d'onguents, baumes. Et je m'inscris à Exit. 

Finalement, et un peu tardivement je le reconnais, je demande à ma doctoresse généraliste de me fixer un rendez-vous avec un spécialiste d'un hôpital universitaire afin d'obtenir un deuxième avis. Il était temps!

Un raccourcissement de 3 centimètres 

Au terme de sérieuses investigations, le médecin-orthopédiste relève que la jambe opérée est plus courte de 3 cm. par rapport à l'autre. D'où ma boiterie et mes douleurs au niveau du dos, du bassin et de la jambe. Il me prescrit une semelle de compensation adaptée qui sera confectionnée sur mesure par un orthopédiste professionnel.  Deux paires de chaussures sont transformées avec une semelle gauche plus haute de 3 cm. L'adaptation coûte à chaque fois 180 Frs...heureusement remboursés par la Lamal. Je réapprends à marcher avec ces chaussures augmentées. Mais les douleurs persistent.

Parcours du combattant

Le jeune médecin orthopédiste de l'hôpital universitaire me conseille d'apprendre «à donner un sens à ma douleur»... ce qui me rappelle les enseignants de mon enfance nous recommandant de «penser à Jésus» lorsque nous souffrions. Ses mots me hérissent et je proteste en haut lieu.
Un autre médecin est chargé de mon cas qui procède à de nouvelles recherches et décèle une mystérieuse inflammation. Quand je lui suggère une
 éventuelle infection, mes douleurs étant de plus en plus aigües, il ordonne une ponction dans la hanche. Celle-ci révèle une bactérie à «évolution lente» (Cutibacterium acnes)... 
A la bonne heure, je n'étais donc pas une malade imaginaire!  Je suis confiée au service de chirurgie septique. Un mois plus tard, je suis opérée par le Professeur qui a la surprise de découvrir que ma prothèse était descellée... Il est dans la nécessité de remplacer la prothèse et la plaque du fémur. Il me met sous antibiotiques. Ainsi est-ce avec une prothèse quasiment en morceaux que j'ai marché (ou plutôt titubé) dans mon quartier durant des mois et des mois. Mon quotidien ne fut pas toujours facile et j'ai souvent caché ma douleur.
Si j'ai tenu bon, c'est qu'au fond de moi, j'avais le désir de vivre des jours qui seraient meilleurs. J'avais la volonté de ne pas finir ma vie en souffrant. Je pensais ne pas encore être parvenue au bout de mon chemin.

 

Un Professeur m'a sauvée 

Ce mois de mars 2019, je reviens de trois semaines de rééducation dans une clinique de la Côte vaudoise où les kinésithérapeutes m'ont réappris à marcher. Grâce à eux, j'ai retrouvé le goût de vivre et le sommeil. Mon visage n'est plus crispé par la douleur.

Je revis. Certes, le temps n'est plus où je partais en expédition en 2CV au Moyen-Orient (qui n'existe plus d'ailleurs à en croire Amin Maalouf et d'autres...) et je ne suis pas tentée par l'escalade. Mais je sais maintenant que le jour viendra où je pourrai accueillir chaque journée avec le sourire que j'avais perdu.  Et me remettre à flâner, ici et ailleurs. Car certaines destinations m'attirent comme des aimants. Les projets auxquels je ne croyais plus vont peut-être se réaliser même si j'ai appris à me contenter de peu, c'est-à-dire de l'Essentiel. Ainsi la contemplation de la Nature au printemps...

 

Quelques conseils

Ne choisissez jamais un médecin au hasard. Informez-vous auprès de votre médecin, de vos connaissances et amis, et aussi des hôpitaux  universitaires.

Ne vous habituez jamais à la souffrance permanente sous le prétexte que «c'est long»...
La vie est trop courte pour s'accommoder d'une douleur parfaitement inutile.

En dépit du lien qui peut se créer avec votre médecin, n'hésitez pas à le quitter et à demander un deuxième avis. N'attendez pas des mois avant de prendre cette décision.

Les hôpitaux universitaires, qui regorgent des spécialistes les plus pointus, sont là pour cela. 

Si un chirurgien-orthopédiste incompétent a bousillé deux ans de ma vie, je dois à un Professeur de l'hôpital universitaire (que certains ont tendance à snober au profit des  cliniques privées) de m'avoir tout simplement sauvée. De surcroît, lors de son opération, il m'a rendu les 3 centimètres dont on m'avait privée... Ainsi puis-je jeter sans nostalgie les chaussures compensées et retrouver les chaussures d'avant ce cauchemar.*

Comment cela a-t-il pu arriver?

La faute à «pas de chance» ? Selon mes discussions avec de vrais spécialistes, dans mon cas, une prothèse de la hanche mal placée puis reprise aurait pu fragiliser la jambe et provoquer la fracture du fémur. Si la prothèse a été retrouvée descellée c'est qu'elle avait été initialement mal insérée.

Reste le mystère de la bactérie – Cutibacterium acnes – qui aurait pénétré dans ma hanche lors d'une des trois opérations réalisées par mon chirurgien-orthopédiste en 2016 et 2017...

 

 * Je les ai finalement gardées et j'ai bien fait. Le médecin-conseil de mon assurance juridique prétend qu'un tel raccourcissement lors de ces opérations orthopédiques est «hautement improbable» et «irréaliste»...

 

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                                      Chaussure gauche avec compensation ... et droite sans.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

16:04 Écrit par Gilberte Favre dans Lettres, Médias, Science, Société - People, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0) |