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03/11/2022

L’AIRE: L'ECRITURE EN FRATERNITE

Quel est le fil rouge qui unit
Ceux qui rient sont ceux qui savent*,
Ce grand remous en nous**, Le chêne brûlé***
et L’Amant de la déesse Lune***,

les toutes récentes parutions des Editions de l’Aire?
Voyez et surtout lisez!

 

Ceux qui rient sont ceux qui savent*

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Michel Moret: tout en humanité et fidélité. 

 

Auteur de six livres déjà, l’éditeur Michel Moret signe un édifiant libretto  ou plutôt un bijou. Dans ses neuf récits tendresse et poésie cohabitent avec humour et gravité. Et les souvenirs d’échapper de la mémoire de l’éditeur-écrivain. Il n’a pas oublié qu'à l’âge de six ans, pour avoir écrasé une guêpe, il fut dénoncé au prêtre et enfermé dans la cave de la cure… Il en demeura une hyper-sensibilité aux injustices partout dans le monde où les êtres continuent à être emprisonnés.
Mais voici la Crète de Nikos Kazantzaki que Michel Moret retrouva afin d’y retrouver l’énergie après le Covid. «La mer est généreuse, elle nous offre ce qu’on lui demande» écrit-il avec raison.

Lors de sa traversée de l’Ouganda, il se retrouva face à un gorille qui, aujourd’hui encore, revient dans ses rêves à l’instar d'un Poutine à qui il adresse une supplique. Sera-t-elle entendue ? Ce serait un miracle. Les orthodoxes russes croient aux miracles.

D’autres noms se rappellent à nous: Camus, Corinna Bille, Mozart, Lélo Fiaux, Alice Rivaz. Et Yvan Dalain, le photographe juif et libre-penseur, auteur notamment de Lettres à un ami juif américain.
Fidèle en amitié, Moret entendit la voix de cet homme attachant au moment où il s'en alla avec Exit. Nous partageons avec lui ce moment intime comme nous rencontrons sur ses chemins une Notre Dame des réfugiés rappelant un message immémoriel. Avec ce  libretto, Michel Moret confirme son sens de l’éthique.

 

Ce grand remous en nous**

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De gauche à droite Alexandre Caldara et Karim Karkeni:
une passion commune qui remonte à l'enfance.

 

A l’enseigne d’une nouvelle collection (propos de table), Alexandre Caldara et Karim Karkeni nous offrent avec bonheur Ce grand remous en nous. De La Boutique du livre à L’Aire, Karim Karkeni dialogue avec son collègue journaliste-poète Alexandre Caldara à propos d'une planète qui leur est native: celle des livres. Si leur correspondance est joyeuse et fantaisiste, elle est surtout profonde. Parmi leurs écrivains privilégiés figurent deux Pierre d'envergure, Bergounioux et Michon, mais encore Vénus Khoury-Gatta et Romain Gary.  
Tous deux adeptes de la lecture à voix haute, Karim et Alexandre grappillent ici et là autant de perles qui nous sont précieuses. 

 

Le chêne brûlé***

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Karim Karkeni d'ailleurs signe la préface du récit de Gaston Cherpillod Le chêne brûlé qui vient d’être réédité dans l'élégante collection L'Aire bleue. Il a magnifiquement saisi les raisons d'écrire et de crier de cet écrivain révolté.
«Je suis un être violent irascible et hérétique» disait «Cherp». 
L'ouvrage-coup de poing de
 cet auteur vaudois est très dur mais pas pessimiste pour autant. Dans un style direct, Cherpillod y décrit son chemin d’écrivain et d’homme engagé qui ne fut pas semé de roses…

«Mon livre tend à montrer que l’homme est possible, avec de la chance et beaucoup d’acharnement. Il vous fera du mal, je l’espère: croyez -vous que sa gestation m’ait rendu heureux ? Il vous fera du bien, je le veux: par-delà la honte vous accéderez à la fraternité». Ces lignes de Gaston Cherpillod ont  été   écrites entre 1968 et 1969. 
Jusqu’au bout, Cherpillod aura gardé sa dignité et ceux qui l’humilièrent, lui interdisant d’enseigner par exemple, le plongeant dans la précarité, n’auront pas eu sa peau. L'écrivain a accompli une œuvre qui restera. En témoigne Le chêne brûlé.
Parfois je me demande: et si Cherpillod revenait aujourd’hui, que dirait-il de notre temps? 
Je crois que celui dont l’enfance aura été funèbre», qui a eu faim, continuerait assurément de se révolter. Une révolte plus que jamais nécessaire.

L’Amant de la déesse Lune****

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Avec L’Amant de la déesse Lune,*** Alain Bagnoud, récent lauréat du Prix du polar romand, a écrit un roman plein de mystères et de rebondissements. Vingt ans après sa disparition, un jeune écrivain, Pablo, renaît. Il avait publié un seul livre. Et l’on apprend soudainement qu’un manuscrit serait demeuré quelque part. Mais où se cache ce roman énigmatique? Contactée par un éditeur, son amie Sybille part à sa recherche. C’est à cette course improbable que nous convie non sans malice Alain Bagnoud. 

 

 

 

 

* Ceux qui rient sont ceux sui savent, 62 pages
** Ce grand remous en nous, 175 pages. Préface Denise Mützenberg, postface Jean-Luc Wenger.

***Le Chêne brûlé, L’Aire bleue, 123 pages. Préface Karim Karkeni.

**** L’Amant de la déesse Lune, 236 pages.

 

 

 

 

 

27/06/2022

MICHEL PETROSSIAN: PREMIER LIVRE ET GRAND PRIX

C’est un jour de 2020 que le compositeur français
d’origine arménienne est devenu écrivain.

Plus précisément le 21 septembre, au moment
où la guerre éclata dans le Haut-Karabakh (Artsakh). 

 Appuyés par la Turquie, les Azéris
décidèrent de récupérer
une région peuplée à 80% d’Arméniens.

Alors ce natif d’Erevan, commença un Journal polyphonique qui est devenu Chant d’Artsakh*, son premier livre.

 

Un livre profond et original qui, le 12 juin, s’est vu décerner à Paris le Prix  littéraire de l’œuvre d'Orient 2022. Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuel de l'Académie française et présidente du Jury le qualifia «d’œuvre extraordinaire» à la fois littéraire, musicale, scientifique», en somme d’«une sorte d’oratorio».
Le lecteur y ressent la fierté de l’Arménien et aussi son amertume face à l’indifférence de la communauté internationale à l'égard des Arméniens.

Extraits d'un récit pas comme les autres

Voici quelques extraits de ce livre que j’ai aimé.

 21 septembre 2020, Michel Petrossian écrit:

«L’Arménie n’est peut-être pas grand-chose. Ce n’est pas une puissance économique, et l’œil avide d’un commercial glisse avec indifférence sur ses courbes frêles…

L’Arménie, c’est la rose mystique, celle qui est sans pourquoi».

1er octobre: «Les faits sont terribles: l’Arménie, le plus vieux pays chrétien du monde, est attaquée par l’amicale internationale djihadistes, coordonnée par la Turquie en Azerbaïdjan».

4 octobre: «L’Arménie est massacrée, personne ne bouge».

11 octobre: «Depuis deux semaines tout en moi pleure».

27 novembre: «Les Assyriens, les Yézidis, et même les Kurdes n’intéressent pas grand monde. Pas assez glamour, n’ayant ni masse critique, ni puissance de frappe, sans diaspora bien installée, ils sont piétinés tranquillement, priés de mourir sans bruit et de patienter en attendant, car il y a autre chose à la télé. Il n’y a surtout personne».

9 décembre:

«Je suis à Stepanakert. Si je vous racontais tout ce que j’ai vu et vécu, vous pleureriez en continu…je ne pourrai pas dire le centième  de ce que j’ai vu et vécu ici».

18 décembre:

«Bien que portant, chacun de nous, un univers fait de joies et de blessures, nous approchons du monde avec bienveillance et ouverture».

19 décembre:

«L’Arménie.

L’ignominie du temps et la lâcheté du monde ont fait que ce pays ancestral et ancien, beau et digne, dépecé moultes fois, ait été amputé d’une grande parte de son territoire historique».

Artsakh est un récit poétique et de réflexion traversé par Aram Khatchatourian et le peintre martyr Martiros Sarian. 

Par Chopin, la Suède, le Danemark, Ingmar Bergman, Andersen, Kierkegaard, Soulages, Char, Debussy et Baudelaire.

Mais encore, parce que  Michel Petrossian n'est pas confiné à l'Arménie, par  l’Egypte et la Terre Saint, tant d'autres horizons que le compositeur-auteur a bien connus et dont il a appris les langues.

Chant d’Artsakh vous emmènera bien au-delà de l’Arménie et c'est un grand enrichissement. 

 

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Lauréat de nombreux prix internationaux dans le domaine de la musique,

Michel Petrossian a obtenu, avec son premier livre, un important prix littéraire français.

 

 

 

 

 

 

 

* Editions de L’Aire, 2021, 171 pages.

14:52 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Fiction, France, Lettres, Monde, Résistance, Solidarité | Lien permanent | Commentaires (0) |