ID de suivi UA-65326999-1

24/03/2020

 LA QUARANTAINE (1) EXPERIENCE VECUE

L’heure est d’abord au respect des consignes données
par nos autorités 
et aussi à la solidarité.
Une fois que la pandémie de coronavirus aura disparu,
grâce aux scientifiques qui travaillent d'arrache-pied,
 le monde sera peut-être devenu meilleur
et plus humain.
Ce sont les conclusions que je tire
d'expériences personnelles

en terrain de couvre-feu et de quarantaine.

 

 

«Des jours mauvais

aux jours meilleurs

Les hommes porteront les hommes».

Nazim Hikmet

 

Du couvre-feu…

Cette étrange période de confinement m’en rappelle d’autres. Au printemps 1969,  à Amman, alors que je m’apprêtais à interviewer le roi Hussein de Jordanie, des troubles éclatèrent entre Palestiniens et Jordaniens. L’entretien fut bien sûr reporté et je me retrouvai cloîtrée durant une semaine dans une famille libanaise. Les écoles d’Amman furent fermées et les enfants de mes amis renvoyés à la maison où leur père, directeur d’une compagnie aérienne, assumait ses responsabilités.  Il me fut impossible comme prévu de retourner au Liban  par la route via Damas. Le gouvernement libanais avait décidé de neutraliser l’action des combattants palestiniens au sud du pays, dont il subissait les fréquentes représailles de la part d'Israël. Le Liban fut décrété «pays traître» par les pays arabes qui coupèrent toutes relations avec le Pays du Cèdre. Un vol m’emmena in extremis à Beyrouth où je trouvai un aéroport désert. Le couvre-feu avait été instauré. Un ami pharmacien, titulaire d’un laisser-passer, réussit à me conduire dans un hôtel de la ville.
En octobre 1970, envoyée en reportage à Amman lors de la guerre civile dite «Septembre noir»,  je fus à nouveau confrontée à un virus  partiellement identifiable: c’était la guerre avec son lot de francs-tireurs. Les restaurants fermaient à 19 heures  pour cause de couvre-feu. Le personnel devait rentrer à la maison et nous nous retrouvions tous dans la chambre de l’un ou l’autre de nos confrères de divers journaux internationaux à refaire le monde, souvent à la lueur d'une bougie lorsque l'électricité était coupée.
Xavier Baron*, de l’AFP, nous racontait que lors de son emprisonnement par les Khmers rouges, ses geôliers lui avaient donné pour seul livre francophone un manuel de recettes de cuisine... Ce fut une semaine de fraternité où, venus de  Paris, Berlin, Toulouse et Lausanne, nous échangions des quartiers de pommes devenues rares. Depuis, je suis devenue frugale. J'ai appris à écouter attentivement le chant des oiseaux et à relativiser bien des choses.

1901389441.JPG

Une mésange à longue queue photographiée par Georges Laurent. 
Le photographe animalier, ami des oiseaux, nous a quittés ce mois de janvier 2020.

 

… à l’isolement

En 1971, de retour d'un séjour au Liban, bien que vaccinée, je ressentis les symptômes d’une grippe étrange. Le diagnostic tomba: hépatite virale. Je l'avais contractée deux semaines plus tôt à l’Ambassade de Suisse...  Aussitôt hospitalisée à l’isolement au CHUV, j'y côtoyai la mort. J’eus le sentiment que mon corps était «en pointillé». Que mes veines et artères ne tenaient plus qu’à un fil. Ce fut une étrange impression que de dialoguer avec mes parents et mes amis à travers une baie vitrée et par micro interposé. Je ressentis la profonde angoisse de mon père. 
Cette  quarantaine dura trois semaines et fut suivie d’une convalescence de deux mois à la montagne.
On ne ressort pas indemne d’une telle expérience. Après, la vie m’est devenue plus précieuse et riche en devenirs. Quant à la planète Terre, elle m’est apparue comme un Miracle à préserver. J'ai appris à me contenter de peu, c'est-à-dire de l'Essentiel. J'apprécie la chance de vivre dans un pays en Paix et d'avoir un toit. Je suis libre de lire, d'écrire, d'écouter de la musique, de voir les fleurs et les arbres grandir dans un jardin et de pouvoir dialoguer avec mes proches d'ici et d'ailleurs par les nouvelles technologies. 

Mais comment ne pas songer à ceux, et ils sont nombreux, qui n'ont pas ce privilège   et  qui vivent dans la promiscuité sur leurs chemins d'errance?

«La vie, sans les autres, c'est nul» disait Alice Godel, la mère d'Andrée Chedid qui avait notamment vécu l'Egypte au temps du choléra.

 

 

 

 

 *  Grand reporter français, auteur de nombreux livres parmi lesquels Les Palestiniens: Genèse d'une nation (Editions du Seuil, collection Points histoire, 2003).

 

 

 

14:26 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Lettres, Médias, Monde, Résistance, Solidarité, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0) |

13/09/2019

UN TEXTE D'ACTUALITE DE STEFAN ZWEIG

D'un livre à l'autre, des phrases m'agrippent, me hantent
et me poursuivent.
Ainsi ces phrases de Stefan Zweig, extraites de Voyages,
qui rejoignent plus que jamais notre actualité.
Je les destine à celles et ceux qui oublient souvent
que s'ils ont eu la chance
de naître en Suisse, c'est par hasard...

9653317.jpg

En Méditerranée, voici quelques jours.
Copyright: talian Navy - EPA - Keystone.

 

 

« Regarde-les donc bien, ces apatrides, toi qui as la chance
de savoir où sont ta 
maison et ton pays,
toi qui à ton retour de voyage trouves ta chambre et ton lit prêts,
qui as autour de toi les livres que tu aimes
et les ustensiles auxquels 
tu es habitué.
Regarde-les bien, ces déracinés, toi qui as la chance de savoir 
de quoi tu vis et pour qui,
afin de comprendre avec humilité à quel point 
le hasard t'a favorisé par rapport aux autres. 
Regarde-les bien, ces hommes entassés à l'arrière du bateau
et va vers eux, 
parle-leur,
car cette simple démarche, aller vers eux, est déjà une consolation ; 
et tandis que tu leur adresses la parole dans leur langue,
ils aspirent 
inconsciemment une bouffée de l'air de leur pays natal
 et leurs yeux s'éclairent et deviennent éloquents. »

 

220px-Stefan_Zweig_1900_cropped.jpg

Stefan Zweig dans les années 20.

Né à Vienne, il connut des années d'errances

avant de se réfugier au Brésil où il choisit de mourir en 1942,

apatride.

 

 

In Voyages (entre 1902 et 1939), Le livre de poche).

17:16 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Histoire, Lettres, Monde, Politique, Résistance, Solidarité | Lien permanent | Commentaires (0) |