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02/02/2020

PHRASES RETENUES (15) Amin Maalouf

D'un livre à l'autre, des phrases m'agrippent, me hantent
et me poursuivent. 
C'est le cas du dernier essai d'Amin Maalouf
dont
 Les identités meurtrières, 
nous avait déjà interpellés.
Avec Le naufrage des civilisations*,
l'académicien français d'origine libanaise, 
nous éclaire sur les dérives du Monde
depuis plusieurs décennies.
Mais il ne baisse pas les bras pour autant.

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Le romancier et l'essayiste Amin Maalouf est lucide et confiant malgré tout.

Photo: balenfrançais

 

Le naufrage des civilisations

«En agitant, comme je l’ai fait dans ce livre, le spectre d’un naufrage imminent, n’ai-je pas pris le risque de désespérer ceux qui me liraient ? Mon intention n’était sûrement pas de prêcher le découragement, mais il est du devoir de chacun, dans les circonstances si graves que nous traversons en ce siècle, de demeurer lucide, sincère, et digne de confiance.

Quand, pour calmer les frayeurs de ses contemporains, on choisit de nier la réalité des périls et de sous-estimer la férocité du monde, on court le risque d’être très vite démenti par les faits.

Si les routes de l’avenir sont semées d’embûches, la pire conduite serait d’avancer les yeux fermés en marmonnant que tout ira bien.

Je suis persuadé, d’ailleurs, qu’un sursaut demeure possible. Il m’est difficile de croire que l’humanité se résignera docilement à l’anéantissement de tout ce qu’elle a construit».

* Editions Grasset, 330 p.

18:43 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, France, Histoire, Lettres, Monde, Politique, Solidarité, Voyages | Lien permanent | Commentaires (0) |

26/08/2019

LA CINQUIEME SAISON: PRESENCE D'YVES VELAN

Du printemps à l’été, de l’automne à l’hiver,
les jours et les nuits sont si riches
qu’il fallait bien créer une saison supplémentaire. 
Cédric Pignat, Julien Sansonnens, Christophe Gaillard
et Arthur Billerey l’ont fait avec leur revue littéraire romande
LA CINQUIEME SAISON.

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Chaque numéro, qui paraît à un rythme trimestriel, a son thème. Consacrée au Retour à la terre, la dernière et septième édition est finement accompagnée par les dessins de Pierre-Yves Gabioud. Un artiste dont Maurice Chappaz admirait le talent. M’attardant précisément sur un dessin de Gabioud, je me rappelle que Chappaz me disait entamer chaque journée par la lecture d’un poème – un haïku, par exemple. Après quoi, le petit-déjeuner et la promenade, avec l'observation de la nature et des rencontres, pouvaient succéder, et le temps sacro-saint de l'Ecriture. 

LA CINQUIEME SAISON permet cet instant d’intimité que chacun vivra en beauté, au matin ou au coucher, c’est selon. Il suffit de se laisser guider par son instinct, par un nom ou un prénom, la musique des mots, un titre, pour choisir de déguster une nouvelle, un poème ou une critique littéraire (et celles de cette revue sont exigeantes et de qualité).  

Si, du Pays retrouvé à La critique introuvable, les textes de Pierre Jourde ont été pour moi une révélation, j'ai aimé changer d’air avec le poète Arthur Billerey.

«Parfois, une plume suffit

qui l’eût cru pour s’envoler

les miracles et les fées 

ne sont jamais ensevelis».

 

Comme j'ai aimé redécouvrir le bouleversant Joseph** de Marie-Hélène Lafon, sous la plume de Jean-Charles Zay. Puis vagabonder avec Ivan Salamanca, Elisa Shua Dusapin, Eric Bulliard et tous leurs co-auteurs, que je ne nomme pas mais n'oublie pas, du Retour à la terre.

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Yves Velan, voix originale entre toutes.

 

Cette édition était illuminée par la présence d’un écrivain trop peu connu, Yves Velan, dont les deux premiers romans, Je et La statue de Condillac retouchée ****  furent édités aux Editions du Seuil, à Paris, et le percutant Soft Goulag, chez Bertil Galland, en 1977.

Après avoir été injustement et stupidement rejeté par l’Instruction publique vaudoise, en raison de ses opinions politiques, cet écrivain si peu vaudois mais universel enseigna la littérature française à La Chaux-de-Fonds et aux Etats-Unis.

J'ai eu la chance de rencontrer Yves Velan, en 1975, sur la place de la Palud à Lausanne, lors d'une cérémonie dédiée à Corinna Bille lors de l'attribution du Goncourt de la Nouvelle. Habité par l'écriture, son regard irradiait de bonté et de générosité.

C’était bien avant le décès de sa fille unique en 1992. Florence avait vingt-neuf ans. Alors, il choisit de se reclure dans une sorte de désert littéraire, continuant d'écrire mais refusant de publier. Peu avant sa mort, en 2017, il accepta cependant de publier son dernier livre.**** 

C’est avec ces lignes d’Alain Bagnoud, fin connaisseur de Velan, que j’aimerais conclure:

«Il faut dire que pour lui, écrire n’était pas un jeu, une posture, une manière de s’attirer les suffrages, mais un acte qui mettait en jeu l’individu et la cité, c’est-à-dire un acte éminemment politique – en même temps qu’une obsession de chaque instant».

 

 

* La Cinquième saison,186 p., dans toutes les bonnes librairies ou case postale 697 1800 Vevey. 

https://5emesaison.ch

** Joseph, Marie-Hélène Lafon, Buchet-Chastel.

*** Aux Editions du Seuil en 1959 et 1973.

****Le Narrateur et son énergumène, Zoé, 2018.

16:40 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Fiction, France, Lettres, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0) |