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12/11/2020

Phrases retenues (18) Pascal Quignard

D'un livre à l'autre, des phrases m'agrippent,
 me hantent, 
me poursuivent.
Ainsi ces perles précieuses de 
Pascal Quignard
découvertes dans un livre récent.

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Pascal Quignard (écrivain, violoncelliste)
ou la profondeur d'un regard

 

LA VIE N'EST PAS UNE BIOGRAPHIE*

 

«Il me semble que je cherche à tirer jusqu’à moi
une robe qui a échappé aux doigts
de mon enfance.

Puis ma voix se défait.

Aussi est-il préférable d’écrire.
On y parle un peu moins. On n’y sanglote plus.
Rien ne tremble. Le cri s’efface davantage».

*

 

«Une route noire sort des mains des écrivains
qu’il est difficile de 
suivre
à ceux qui n’ont pas idée
de la vie très particulière
qu’écrire entraîne.

Ce sont des petits mots obscurs
qui se meuvent sur une page.
Ligne continue,
qui est plus ou moins crevée
par des intervalles blancs, qui serpente…»

*

«Quand l’à-venir tendra-t-il
ne serait-ce qu’une fleur totalement nouvelle
dans le rayonnement de l’étoile
qui la nourrit du fond du ciel ?
Le ciel est ouvert».

 

 

* La vie n’est pas une biographie, Editions Galilée (Lignes fictives), 192 p. 

 

13:35 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, France, Lettres, Monde, Musique | Lien permanent | Commentaires (0) |

05/11/2020

SYLVIE DELEZE: PREMIER LIVRE ET REVELATION

Avec son premier livre, Sylvie Délèze aura réussi
son entrée en littérature.

Sa Toccata (pour personnages) en italique* 

frappe tant par l'originalité de son écriture
que de son propos.

Et le tout est enveloppé sous l'élégante jaquette
de la collection le banquet. 

 

Cet ouvrage aurait pu s’intituler Fantasia tant il déborde de joie et de vivacité. Tendresse et humour y cohabitent afin de cacher certaines duretés de l'existence. Sous son air de légèreté, Toccata  recèle une grande sensibilité et une indéniable profondeur. 

Ce premier livre de Sylvie Délèze est l’œuvre d’une poète. A lire à haute voix et avec délectation, ce que j’ai fait. En attendant avec impatience le prochain livre de cet écrivain prometteur.

 

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Sylvie Délèze: les livres sont au cœur de son existence.

 

Afin de vous inciter à cette belle lecture, j'ai choisi quelques extraits de ce premier livre:

 

«A Etry, je saluais les hérissons et les vermisseaux, les scarabées de bronze et les nerveuses sauterelles.

Je m’endormais au son un peu éteint du cri d’un rapace nocturne, une de ces chouettes qui fait un bruit de balançoire rouillée.

Je ne pensais à rien sous des voûtes étoilées qui me laissaient aussi incrédule que sans souffrance.

Du frêne au bouleau gris, du chêne nain à l’érable montagnard, je m’enfonçais  dans les mousses claires pour humer l’humble humus et croire un peu m’y fondre».

 

*

«Et dans ce mouvement d’éveil particulier que constitue le prompt sursaut naturel d’une conscience, il ne veut plus rien. Le désir l’a, semble-t-il, déserté.

Mais il sent qu’il doit lire. Car lire, avant, quand ? Il ne sait plus, lire était sa drogue dure. 

Voici qu’elle se rappelle à lui et vient à lui manquer. Où la trouver aujourd’hui ? Des livres, ses yeux n’en croisent presque plus. Où sont les livres ?

Ils ont quitté le quotidien où n’est plus que l’Ecran-Dieu qui disloque le design de l’objet livre, ruine la lecture suivie, la rend impossible.

Retrouver des livres. Des bibliothèques.

Cette révélation lui advient dans la contemplation d’une image païenne. Antique. Archéologique».

 

*

«Dimanche, il s’en fait la promesse, il ira là-haut, dans le refuge à l’orée des bois où, enfant, il lisait des volumes aux pages cornées, parsemées de taches, d’annotations, à la tranche reconnaissable entre toutes, souvent endommagée, mais qui maintiennent encore ensemble, on ne sait trop comment, tous ces feuillets chargés d’odeurs acides comme un café, autant de pages peuplées d’enfants libres et abandonnés, moutards sans contrainte aucune qui, à l’aube, sortent sur la terrasse de leur cabane perchée dans les troncs d’arbres le long du fleuve et, de là-haut, pissent dans les méandres à la santé de Parménide sans le connaître.

Retrouver des êtres de liberté dans les livres d’une bilbiothèque, voilà son projet pour la fin de la semaine, lui qui n’en avait plus un seul».

 

* Editions de L’Aire, collection le banquet, 166 pages, 2020.

 

11:22 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Femmes, Fiction, Humour, Jeux de mots, Lettres, Loisirs, Monde, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) |