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01/06/2017

BERTIL GALLAND: L’EUROPE DES SURPRISES

Qui connaît déjà la Russie et les pays de l’Est,
serait-ce physiquement
ou par sa littérature et sa musique –
sera comblé par le dernier livre
de Bertil Galland: L’EUROPE DES SURPRISES.*
Le septième tome de ses Ecrits autobiographiques 
nous conduit en effet de Prague à Moscou,
de 1956 à 1990.
Un itinéraire à travers huit pays, sans oublier les Etats baltes,
jalonné par la mémoire d’Auschwitz et Katyn.

En plus d’une nécessaire leçon d’histoire,
ce livre nous réserve bien des surprises.** 

 

Il semble que c’était hier… La chute du Mur de Berlin, l’effondrement de l’URSS et des  pays satellites vivant dans son orbite. Et avant-hier, c’était les récits de la Kolyma, l’emprisonnement des dissidents, Vaclav Havel, Sakharov…Et encore avant le combat de Boris Pasternak, le cri de la poétesse Marina Tsvetaeva…et tant d’événements méconnus. Les massacres intervenus après la Deuxième guerre mondiale, l’expulsion des Allemands installés en Pologne, la tragédie des transferts de populations. L'Europe des surprises est un ouvrage éminemment utile car il remet les pays et les événements à leur place. 

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Ecrivain, grand reporter, éditeur: l'acuité d'un regard sans concessions.

 

photo: Patrick Martin, 24 Heures.

 

De 1956…

Riche de sa culture et de sa clairvoyance, Bertil Galland était bien placé pour évoquer l’«avant« et l’«après» de cette Europe qu'il sillonne depuis longtemps.
Il a un peu plus de vingt ans quand, au volant de sa 2CV, il quitte la Suisse avec des amis, via Munich, en direction de la Bohême. Bien que ce pays semble «maudit», il l’attire comme un aimant. Le jeune homme tient à découvrir la patrie de Janacek devenue Tchécoslovaquie, et qui «vit» sous la botte du Kremlin, après avoir été écrasée par Hitler en 1938.
S’il perçoit ses premiers «craquements», rien ne préfigure encore son effondrement trente ans plus tard.

«Nous pénétrons dans le monde communiste qui défie notre entendement», écrit-il, tandis que, dans les petits villages, des enfants blondinets sont attirés par cette voiture étrange et étrangère. A Prague, c’est un climat de lourdeur qui accueillera les voyageurs. Galland visite une capitale «qui peine à renaître en ses splendeurs de l’art». La police est omniprésente et la population sur ses gardes car tout contact avec un étranger est un acte répréhensible sinon un délit.

De surprise en surprise, la route continue vers Budapest où le jeune Vaudois et ses amis rencontreront des Hongrois plus résolus et téméraires que les Tchèques puisqu’ils les  inviteront à partager un thé chez eux. Et tant pis pour les indicateurs qui pullulent et aux risques encourus.

En Slovaquie, Galland découvre un pays «entre malaise et accueil aimable». Mais de tous ces pays, c’est la Pologne qui lui deviendra la plus proche.

 

… à 1990

Parce qu’il voulait, de ses yeux, voir ce qu’étaient devenus la patrie de Kafka et Havel, de Tchékov et de Dvorak, en 1990, Galland retourne à Moscou via Prague mais aussi à Varsovie. Conscient du fait que les années du communisme pur et dur avaient pu laisser des traces, il ne craint pas le télescopage des images et des rencontres d’hier et d’aujourd’hui. Il sait qu’on ne passe pas sans soubresauts de la dictature à la démocratie. Au fil de ses voyages, celui qui est d’abord un amoureux de la poésie et des arts et un écrivain, a su affûter son regard. 
Nous partageons avec lui un Noël familial en Slovaquie et des Pâques en Galicie. Nous embarquons dans le train menant de Vienne à Bratislava. A la gare de  Budapest, nous croisons la foule de migrants arrivant de Russie. Nous respirons le parfum des forêts primaires de Pologne et de Lituanie – pins, bouleaux, chênes…–

Au cours de ces zigzags improbables, des personnages attachants surgissent, difficiles à oublier: le musicien Marcel Bornand, rencontré en 1956  à Prague, et qui finit sa vie à Salzburg; le Russe Victor Baldine «qui cacha sous son lit les trésors du Musée de Brême»; l’homme «couché sur le parquet d’une chambre vide» à Moscou, près de la place Komsomolskaïa, en 1990, cette fois…Beaucoup de souffrances cachées, de pudeurs, la crainte des voisins qui pourraient être des indicateurs, les disparitions inexpliquées…

Des temps indicibles aux temps nouveaux

Les peuples soumis au nazisme puis au stalinisme ont vécu des temps indicibles, par leur inhumanité, que beaucoup préfèrent occulter. Mais gare aux amnésies collectives! 
Si des «temps nouveaux» sont perceptibles entre Prague et Moscou, dans les villes et les campagnes, Galland constate que l’antisémitisme n’a malheureusement pas encore disparu au cœur de la Pologne pas plus que le mépris des Roms sous d'autres cieux. 

Au final, le message de sagesse primordial pourrait être celui que Jean-Paul II  transmit à ses compatriotes angoissés lors de l'émergence de la Révolution: «N’ayez pas peur». Ce Pape qui suivit de près les Séminaires internationaux d’Erice, au sud de la Sicile, auxquels Bertil Galland participa dès 1983 parmi des scientifiques de haut vol, dont Antonino Zichichi, œuvrant pour la Paix dans le monde. Un objectif qui a gardé toute sa raison d’être faut-il le préciser… 

P.S: A ce moment me revient cette citation de Claude Roy: «Il faudrait pouvoir vivre à l'essai et puis recommencer..

 

 

* L’Europe des surprises A l’effondrement du Rideau de fer parcours de Prague à Moscou, 230 p., Editions Slatkine.

www.slatkine.com

 

A paraître: LIEUX ET FIGURES D’ICI. ROMANDS OU ALEMANIQUES, PORTRAITS ET PARCOURS DE LA SUISSE POLITIQUE, ARTISTIQUE, MEDIATIQUE…

 

 

26/05/2017

POEMES CHOISIS (58) JACQUES ROMAN

A l’occasion de la parution de L’Apostrophe
et d’Arthur aux yeux d’azur,
Jacques Roman nous a proposé tout récemment à l'Espace-Eclair* 

un «petit voyage au travers» de certains de ses livres.
Le premier, D’avant l’heure, a paru en 1971.
Depuis, quarante-six ans ont passé.  
 

Voir et entendre Jacques Roman déclamer, de toute son âme et de sa voix puissante,  ses textes et ceux des autres est un pur bonheur. L'artiste est littéralement habité par la ferveur et la passion des mots. Français d’origine, installé en Suisse depuis les années 70, ce comédien, poète et metteur en scène (et en ondes) a heureusement gardé son âme d’enfant.

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Ecorché et authentique, diablement émouvant,
tel est celui qui aurait pu être le jeune frère de Rimbaud.

 

 

Nous avons choisi de vous présenter ici quelques extraits  de son dernier livre de poèmes.

 

L’APOSTROPHE**

«… de la bonté, ce mot ravalé, j’aurai voulu dans mes regards,

mes gestes, mes écrits, j’aurai voulu trouver l’accent, 

si n’avait été l’Epoque hargneuse…

 

 

… j’aurai du jeu de cache-cache toujours reconduit le jouir d’enfance.

Et rien ne m’aura procuré un plaisir plus espiègle que d’imaginer lecteur,

lectrice, bandés comme à colin-maillard…

 

 

… j’aurai de la couleur des mots composé mon nuancier.

C’était un rouge, oui, mais brique; 

un bleu, oui, mais papillon; 

un vert, oui, mais libellule;

un jaune mimosa et un noir de lave où se mariaient en blanc

la flamme avec le souffle…

 

 

… j’aurai, nomade, loin de l’avoir et du pouvoir, 

établi mon campement sur deux jambes.

Ma tête se faisant une fête à tous les vents

d’aller là où l’âme et l’escargot m’avaient précédé…

 

 

Arthur aux yeux d’azur ***

Après Tout bêtement (illustrations de Carll Cneut), il s’agit du deuxième livre de Jacques Roman publié aux Editions La Joie de lire. Ce livre est un bijou de poésie et  de tendresse où l’humour pointe aussi le bout de son nez. Roman l'a dédié à son petit-fils Arthur. Enfants et adultes qui ont aimé les textes de Le Clézio, Andrée Chedid, Claude Roy et Alain Bosquet dits «pour enfants» seront conquis par les mots du «pépé pensant». Les textes de Jacques Roman s’y conjuguent harmonieusement avec les dessins de Lénaïck Durel.

 

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* www.alajr.ch/espace-eclair

** In L’APOSTROPHE, Editions Samizdat, postface de Doris Jakubec, 110 pages.

*** Album illustré, 47 pages, Editions La Joie de lire.