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12/07/2019

PHRASES RETENUES (14) BERNARD OLLIVIER

D'un livre à l'autre, des phrases m'agrippent, me hantent
et me poursuivent quand elles ne m'incitent pas au voyage
et au vagabondage de l'esprit.
Comme la Longue marche de Bernard Ollivier,
qui le conduisit d'Istanbul au Sinkiang.
Seul et à pied...ce dont je serais totalement incapable.

 

Ecrivain et journaliste normand, Bernard Ollivier a 51 ans quand il perd à la fois son épouse, sa mère et son travail. Dix ans plus tard, encouragé par ses enfants, il part vers la mythique Route de la Soie. C’était l’un l’un des rêves de sa compagne trop tôt disparue. Mais l’Amour donne des ailes. Plusieurs livres sont nés de cette longue marche. En voici un passage extrait de Le vent des steppes.

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«La marche exige du temps».

 

«Je marche sur cette route plate, uniforme, sans surprise. Entre les montagnes abruptes au nord et le désert sans limites au sud, je comprends Teilhard de Chardin qui écrivait: «Le Sinkiang est probablement la région la plus fermée de la Terre***». Pour ma part, par mon ignorance des langues qu’on y pratique, je suis enfermé dans une solitude profonde. Aussi, faute de parler aux autres, je me parle à moi-même.

Que suis-je venu chercher dans ce désert ?

Et j’essaie de répondre à cette question qu’on m’a posée si souvent et à laquelle il m’est si difficile de répondre: que suis-je venu chercher dans ce désert et sur les hauteurs de Pamir, au prix de grandes joies et de belles rencontres, certes, mais aussi de peurs et de souffrance ? La sagesse, d’accord. Mais laquelle ? Est-ce cette sérénité ancestrale qu’on prête aux ascètes qui font retraite puisque, après tout, je suis «retraité» ?

 

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Bernard Ollivier accompagné d'Ulysse, le précieux porte-bagages qu'il s'est fabriqué.

Je n’en suis pas sûr pour ce qui est de mon destin. Lentement, au rythme de ma marche d’escargot, grâce aux songeries et à la solitude, la réponse émerge à petits pas. Elle n’est peut-être pas conforme, mais c’est la mienne, celle qui s’est construite au fil des paysages, de la réflexion et des rencontres.

Il est donc urgent de ralentir

Il est bien vrai que je cherche à m’extraire de la folie qui semble envahir nos sociétés. Notre monde va trop vite, comme un fou.

Il est donc urgent de ralentir. Mais je ne veux pas fuir, encore moins cesser d’avancer. 

Je veux juste tenter de vivre au rythme de la pensée. Et la pensée freine cette course à la mort – que l’on confond avec la vie – qui s’est emparée de nos sociétés dites civilisées…»

 

 

 

 

 

* In Longue marche (tome III Le vent des steppes, Ed. Phébus, Paris) retraçant la marche de Bernard Ollivier, seul et à pied, de la Méditerranée jusqu’en Chine par la route de la Soie, 1994. Le livre est disponible dans un coffret Libretto avec les deux premiers tomes:Traverser l’Anatolie et Vers Samarcande.

 

 

** In Lettres de voyage 1923-1939, Grasset, rééducation. Les Cahiers rouges, Paris, 1956.

 

 

07/09/2018

OÙ ALLONS-NOUS ? LA REPONSE DE KAZANTZAKI

 D'un livre à l'autre, 
des phrases m'agrippent, 
me hantent, me poursuivent.
Me questionnent ou m'apaisent
lorsque les temps, sur notre planète,
se font agités.
Ainsi ces lignes de Nikos Kazantzaki*,
qui ne fut pas seulement, et de loin là,

 l'auteur de Zorba le Grec.
Disparu en 1957, ce géant de la littérature mondiale 
a laissé une œuvre intemporelle.
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 Ecrivain et homme d'action,
Nikos Kazantzaki fut sans cesse à la recherche de l'Absolu.

 

«Où allons-nous ?

Ne le demande pas. Monte et descends.

Il n’y a pas de commencement, il n’y a pas de fin.

Il n’y a que le moment présent,

débordant d’amertume et de douceur,

et je le savoure jusqu’à la lie.

 

Je choisis le chemin qui monte. Pourquoi ?

C’est sans logique, sans certitude,

car je sais combien sont impuissants, 

dans ces moments capitaux,

le cerveau et les étroites certitudes de l’homme.

Je choisis le chemin qui monte,

parce que c’est vers le haut que me pousse mon coeur.

Plus haut, plus haut, plus haut!

crie mon coeur, et je le suis avec confiance.»

 

 

* Nikos Kazantzaki in Ascèse, rééd. aux Forges Vulcain.

 

16:49 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, France, Lettres, Monde, Résistance, Spiritualités, Voyages | Lien permanent | Commentaires (0) |