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14/02/2018

ERLING MANDELMANN: LA PUDEUR ENCHANTEE

 Quel a été le secret du photographe danois
Erling Mandelmann?

Comment ce grand timide réussit-il à apprivoiser
tant de personnalités, artistes ou anonymes ? 


Dans la préface d’un album* paru en 2000 déjà, l'auteur Bertil Galland – qui partage avec Erling des origines nordiques –,  évoque la trajectoire du photographe entre Copenhague et Lausanne via Paris. Il  nous révèle aussi la clé de son secret. 

 

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Un regard qui conciliait humilité et humanité.

photo: Erling Mandelmann.

 

«Avec son air de s’excuser, Mandelmann parvient à crocheter la porte et surprend le personnage au naturel. Sans flash il lui envoie sa propre lumière. Ni l’angle parfois insolite ni l’attitude ne semblent agencées. L’image laisse seulement deviner la présence d’un observateur qui très vite, sans s’imposer, a saisi l’essentiel. On perçoit sans cesse ses égards envers les autres et cette pudeur enchantée dans la mise à nu».

 

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Le graveur Albert Yersin en couverture de Rencontres.

 

Les portraits d’Albert Yersin et d’Hubert Reeves, de Philippe Jaccottet et Jean-Claude Hesselbarth, Arthur Rubinstein et Yehudi Menuhin, Juliette Greco et Pascal Auberson, Audrey Hepburn et Marina Vlady n’ont pas fini de m’interpeller…

Ce sont de rares et précieux moments d’intimité qu’Erling, «envolé» le 14 janvier, a su immortaliser et partager avec nous. A déguster-méditer avec émotion.

 

 

* RENCONTRES,  Portraits de 35 ans de photo-journalisme, dédié à Björka et Rea (en souvenir de leur mère, Verena), Editions Benteli, 126 p., préfaces  de Bertil Galland et Charles-Henri Favrod.

15:24 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Images, Lettres, Médias, Monde, Vaud, Voyages | Lien permanent | Commentaires (0) |

10/12/2017

UNE CHANSON POUR CLAUDE ROY

 Vingt ans que je n’ai pas entendu la voix de Claude Roy.* 

Le téléphone sonne dans le vide à la rue Dauphine. 

  «D’entretiens en amitié», nous nous étions liés 

au nom des livres, de la poésie, des voyages

et d’une certaine idée de l’humanité.

 «On écrit pour être aimé et pour aimer»

affirmait celui qui fut l'ami d'Eluard et d'Aragon, 

d'Octavio Paz et de Nazim Hikmet.

Et aussi: «La chaîne de l’amitié fait la ronde autour du monde».

Sans doute parce qu’il me manque,

une chansonnette est née ce dix décembre 2017.

En somme quelques nouvelles dans l’Au-delà

pour le Poète qui dialoguait avec les oiseaux.

Et qui aimait la Suisse où ses livres avaient été publiés**

au temps de la France obscure.

 

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 Le poète en compagnie de Luna.

Copyright: Gallimard.

 

Cher Claude Roy je vous rassure

si j’ai perdu mon innocence 

j’ai gardé l’esprit d’aventure.

Les fanatiques n’auront pas ma peau.

 

Je n’irai pas à Zanzibar 

ni à Bobo Dioulasso

pas plus qu’à Macao

ou à Sarajevo.

 

Mais j’irais bien à Saint-Malo 

à Séville et à Bilbao 

et d’abord à Peredelkino 

vous savez pourquoi et pour qui.

 

J’irai à Sienne et Hossegor

à Olomouc et  Boukhara

pourquoi pas à Oulan-Bator

à Pampelune et Ascona.

 

Je n’irai plus à Palmyre 

ni à Damas et Maaloula

pas plus qu’à Homs et Diyarbakir

et encore moins à Ankara.

 

Les petits et grands rescapés

du Proche-Orient martyrisé

ont trop longtemps hanté mes nuits.

Voilà c’est dit et c’est écrit. 

 

Cher Claude Roy le savez-vous   

oui j’irais bien à Cordoue

à Reykjavik et Samarcande 

à Séville et à Padoue.

 

Mais je ne retournerai pas en Iran

où Chiraz et Isfahan

Naqs-e-Rostam Persépolis

m’avaient comblée j’avais vingt ans.

 

Je ne suivrai pas non plus Rimbaud 

sur les routes d’Abyssinie

J’irai plutôt à l’île Maurice

pour les dodos de Le Clézio.

 

Cher Claude Roy depuis que vous êtes parti

le monde n’est pas devenu meilleur

ni plus équitable et d’ailleurs

Sais-tu si la mer est encore loin ?

 

La Méditerranée aimée

est devenue le tombeau 

de ces désespérés en quête de pain

et de paix serait-ce trop demander?

 

Autant dire que votre Permis de séjour

a de beaux jours devant lui.

Et que L’Etonnement du voyageur 

sera toujours d’actualité.

 

Quant à Désiré Bienvenu 

sachez qu’il fait le bonheur

de mes petits voisins-amis.

Et Le chat qui parlait malgré lui aussi.

 

Cher Claude Roy, sur Le Rivage des jours

votre Ami lointain m’apparaît toujours

comme si c’était le mien. 

Mais il n’est pas si loin…

   

* Poète, critique d’art, grand reporter, romancier et auteur de livres pour enfants, Claude Roy est décédé le 13 décembre 1997. 
La plupart de ses livres (romans, poèmes, récits de voyages, mémoires autobiographiques, critiques d’art, livres pour enfants, essais) ont été édités chez Gallimard (www.gallimard.fr) et sont aujourd'hui disponibles en collection de poche. 

J'ai indiqué en italiques les titres de plusieurs des ouvrages de Claude Roy.

 ** Notamment à la Guilde du Livre, chez Skira, Cailler,  à Clairefontaine, aux Editions Gonin.