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14/10/2016

ANNIE ERNAUX: NEE POUR ECRIRE

Dans Mémoire de fille*, Annie Ernaux évoque 
cet été 1958 qui la marqua
à tel point qu’elle ne put l’évoquer par écrit
que cinquante-cinq ans plus tard.
Très exactement le 16 août 2013
et après plusieurs tentatives.
Entre-temps (le temps de plusieurs guerres
et révolutions,
d'un nouveau siècle...),
Annie Ernaux avait tenté de l’oublier,
cette jeune fille dont le souvenir la hantait
et qu’elle aurait par instants aimé renier peut-être.

 

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«Chaque instant sans projet d’écriture ressemble au dernier».  

 

Photo J. Sassier © Éditions Gallimard

 

Ecrire sur la vie...

 Comme elle l’écrit elle-même dans le préambule d’Ecrire la vie**, Annie Ernaux ne «travaille pas sur des mots» mais «sur la vie» et l'été 1958, malgré son amertume, en faisait partie intégrante. 

Nous nous sommes souvent retrouvés dans son enfance, ses écoles et ses internats religieux comme nous avons l'avons suivie dans ses drames intimes et familiaux, ses amours, ses liens avec ses fils, le cheminement avec la maladie et la vieillesse. 

Née pour écrire, l’auteur française ne conçoit d’ailleurs pas la vie sans cette respiration qui lui est essentielle.

Dans Mémoire de fille**, elle le précise clairement: «Juste profiter de la vie» est une perspective intenable, puisque chaque instant sans projet d’écriture ressemble au dernier». 

Cet été 1958 où des jeunes Français sont appelés en Algérie, Annie est engagée en tant que monitrice de colonie de vacances, dans l’Orne. 

A part une voyage à Lourdes avec son père, elle n’est jamais sortie de son «trou». Ses parents, qui tiennent un café-épicerie dans une ville de province, la couvent et sa mère la tient à l’écart des garçons «comme du diable». L’élève brillante lit Hugo, Camus, Proust, Prévert et «sa vie la plus intense est dans les livres dont elle est avide depuis qu’elle sait lire». 

 

... et le premier amour

Annie a dix-huit et elle attend de vivre une histoire d’amour.  C’est le moniteur-chef de la colonie, H., qui la séduira avant de la rejeter pour une autre jeune fille. Après, elle fut «dans l’abandon de la perte, dans l’injustifiable de l’abandon». Fut-elle inspirée par l’exemple alors à la mode de B.B., l’événement la jettera dans d’autres (més)aventures. H. le muffle lui collera longtemps à la peau. Des années après, sur Google, elle tentera de découvrir ce qu'était devenu celui qui ressemblait, dans son souvenir, à Marlon Brando...

 

Prix Renaudot en 1984

Heureusement, tempi e passatti… En 1960, de retour d’Angleterre, Annie Ernaux peut écrire: «Je marche vers le livre que j’écrirai comme deux ans auparavant je marchais vers l’amour». Celle qui deviendra agrégée en lettres modernes, en écrira beaucoup dans lesquels beaucoup de ses contemporains se reconnaîtront.
De son premier roman, Les Armoires vides, à La Place, Prix Renaudot 1984, sans oublier Les Années, livre dans lequel elle évoque les années de l’après-guerre à aujourd’hui, son œuvre est couronnée par des Prix importants: Marguerite-Duras et François Mauriac en  2008. La même année, elle obtient le  Prix de la langue française pour l’ensemble de son oeuvre.

 

Des livres courageux et nécessaires

Cette année 2016 lui a valu (en attendant le Goncourt et le Nobel souhaités par Frédéric-Yves Jeannet***) le Prix Strega de la littérature européenne. Au fil de ses livres, Annie Ernaux est demeurée fidèle à son souci de transparence et à son intégrité. La générosité, le courage l’humanisme font partie de ses gènes.

Nous l’aurons notamment constaté voici quatre ans lorsque, suivie par une centaine d’écrivains parmi lesquels Le Clézio,  elle écrivit dans Le Monde Le pamphlet fasciste de Richard Millet déshonore la littérature celui-ci ayant publié un Eloge littéraire d'Anders Breivik…
Assurément, après Mémoire de fille, Annie Ernaux aura encore bien des choses à nous dire sur la vie comment elle va (ou pas) dans le monde d’aujourd’hui confronté à ses démons.
Voilà pourquoi ses livres très personnels et universels nous sont nécessaires.

 

ANNIE ERNAUX DANS LE TEXTE

 «Ecrire la vie. Non pas ma vie, ni sa vie, ni même une vie. La vie, avec ses contenus qui sont les mêmes pour tous mais que l’on éprouve de façon individuelle: le corps, l’éducation, l’appartenance et la condition sexuelles, la trajectoire sociale, l’existence des autres, la maladie, le deuil».

(Journal inédit, juillet 2011 in Ecrire la vie).

 

 «Seuls mes enfants sont capables de me donner cette angoisse viscérale, cette hantise qu’il leur arrive quelque chose:  ce sont les seuls êtres pour lesquels j’ai l’impression que j’accepterais de mourir  à leur place».

 

(Journal inédit, mai 1996, in Ecrire la vie).

 

  

 

* Mémoire de fille, 150 pages, Editions Gallimard, 2016. 

** Ecrire la vie,1088 pages, Quarto, Gallimard, précédé d’extraits d’un Journal intime inédit de 100 pages illustré par des photos personnelles (avec notamment Les armoires vides, L honte, L’événement, La femme gelée, La place, Journal du dehors, Une femme, Je ne suis pas sortie de ma nuit, Passion simple, Se perdre, L’occupation, Les années, 2011. 

*** Auteur notamment de L’écriture comme un couteau (entretiens avec Annie Ernaux), Editions Stock, 2003.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

07/10/2016

POEMES POUR UN AUTOMNE

Octobre

 

A mes amis nés en octobre (Michène, Bertil et Rachel)

 

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Mon mari, Noureddine Zaza, «envolé» le 7 mars 1988.

 

 

Photo: Oswald Ruppen

 

 

 

 «Pour être née en octobre

je vénère

les marrons

les feuilles mortes

et les tons roux

 

Je crois qu'on peut renaître

si on le veut

sur le chemin de la vie

 

Ma seconde naissance !

Elle éclairerait

un matin d'octobre

ou un soir

Personne ne sait quand».

 

 

P.S. Et si c'était déjà fait ? (octobre 2016)