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14/08/2020

LIBAN (2) LA POESIE ET LA CHAINE DU BONHEUR

En ces temps de détresse où nous discernons cependant
des lueurs d’espoir,
je vous proposerai, au fil de ces prochaines semaines,
des poèmes sur le Liban.
A l'heure où le Pays du Cèdre vit la pire tragédie
de son Histoire,
certains les trouveront peut-être dérisoires.
Mais Yannis Ritsos n'a-t-il pas écrit:
«La poésie n'a jamais le dernier mot,
le premier, toujours»?
Après Nadia Tuéni, voici donc quelques extraits
du récit poétique de Laurent Costantini,
Beyrouth Beyrouth publié à Lausanne* en 2013. 

 

Depuis 2005, Laurent Costantini a marché des jours et des nuits, sur les traces de ses grands-parents maternels. Ceux-ci y avaient travaillé et vécu aux temps heureux du Liban. Passionné dès ses jeunes années par leurs récits, le petit-fils a décidé d'aller voir de ses propres yeux ce pays devenu mythique. Avec Laurent, rencontré en 2012 au Foyer de La Sagesse, nous avions aussi parcouru ensemble la capitale libanaise. A pied, de Bourg Hammoud à la Quarantaine, d’Achrafieh à Gemmayzé, de la Corniche à Basta. Tous lieux aujourd’hui plus ou moins anéantis et pour nous méconnaissables. Il nous suffit d'allumer nos écrans pour le constater.

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L'auteur de Beyrouth Beyrouth, Laurent Costantini, poète et photographe niçois.

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Cette maison traditionnelle aura-t-elle échappé à la double explosion ?

copyright: Laurent Costantini

 

Beyrouth Beyrouth*

 

«Beyrouth, tu es le mystère de la mort et de la vie
des hommes, de leur folie et de leur génie…

Beyrouth, tu as tant de visages, tant de profils,
je ne parviens pas à en choisir un;

Beyrouth, je n’aime pas choisir. 
Je te veux tout entière, je caresse tous tes profils,
j’embrasse tous tes visages.

Beyrouth, tu es comme Paris aux cent villages
et, à chaque clocher d’église,
à chaque minaret de mosquée. Je me repère et je me perds.

Beyrouth, tu as dix-huit confessions religieuses
et je n’en ai pas, tu le sais, et je n’aime pas choisir,

Beyrouth, tu le sais, alors je les choisis toutes,
je pénètre dans toutes les églises,
je me déchausse dans chaque mosquée
et je t’écoute respirer au rythme du chant du muezzin
ou des chœurs maronites de la messe de Pâques.

Beyrouth, à force de te piétiner,
je finis par connaître chacune de tes ruelles,
de tes impasses les plus mystérieuses,
bientôt je pourrai conduire un «service»
 dans tes rues.

Beyrouth, tu me parles dans toutes les langues,
le français, l’anglais, l’arabe tout de même,
l’arménien, tu me parles allemand parfois,
espagnol aussi, italien; je sais pourquoi…

Beyrouth, quoi que tu me dises,
je te répondrai dans toutes tes langues.

Beyrouth, tu as la voix de Fairouz
et comment ne pas aimer une ville
qui a la voix de Fairouz?

Beyrouth, tu es pour moi la ville la plus mystérieuse au monde.

Beyrouth, tu es fragile comme un verre phénicien
et pourtant tu survis, sur les ruines de ton histoire
tu bâtis des tours vides
et tu racontes des histoires de princes qui demandent ta main.

Beyrouth, à Bourg Hammoud, tu foisonnes et tu grouilles,
la vie dense explose
comme un feu d’artifice humain aux mille sources,
aux mille éclats de voix.

Beyrouth, sublime lueur d’Orient aux vestiges éparpillés
dans mon cœur.

Beyrouth, ta misère est aussi insolente que ton luxe
et je me demande sans cesse
comment tu peux les faire cohabiter sans ciller».

 

 

* Beyrouth Beyrouth, récit poétique, Editions Z 2013.

En vente dans toutes les bonnes librairies et chez l’éditeur

 www.editionz.ch        zeditions@netplus.ch

 

 

AIDER A SAUVER LE LIBAN

Maintenant, il importe de sauver le peuple libanais et le Liban.
Merci de contribuer à les aider en versant un don
à la Chaîne du Bonheur.
Pas un sou ne sera versé au gouvernement libanais.
Caritas, la Croix-Rouge suisse, l’Entraide Protestante (EPER), Médecins sans Frontières, Medair et Terre des hommes,
qui ont des collaborateurs sur place,
ont la responsabilité d'acheminer vos dons à qui de droit.
L'Ambassadrice de Suisse, Monika Schmutz,
supervisera le tout. 
Lors d’une conférence de presse elle déclaré:
«Aucune aide financière ne sera octroyée
au gouvernement libanais, considéré comme corrompu».
Grâce à elle et à la collaboration de l’ex-Ambassadeur de Suisse au Liban, François Barras,
devenu lui aussi «Libanais de cœur», 
vos dons atteindront directement le peuple libanais. 
Pour sa part, le gouvernement suisse a soutenu la Croix-Rouge libanaise
à hauteur de 500’000 francs. 

 

CHAINE DU BONHEUR

CP 10-15000-6

IBAN: CH82 0900 0000 1001 50000 6 SWIFT: POFICHBEXXX

 

Merci de votre soutien.

 

 

10:03 Écrit par Gilberte Favre | Lien permanent | Commentaires (0) |

07/08/2020

CARNET DU LIBAN 2020 (1) L’HORREUR ET L’ESPOIR

«Ma» ville, celle que je fréquente depuis les années 70
et où j’étais encore en 2015,  est dévastée.
A demi, dit-on…
Et les rues d’Achrafieh, Gemayze, Sassine, Bourj Hamoud,
où j’aimais flâner, rencontrer les amis, boire un petit café,
dans un bistrot ou chez le cordonnier et la fleuriste,
chez le libraire et le coiffeur,
offrent aujourd’hui un spectacle cauchemardesque.
Bien pire que celui qui m’était apparu en 1983,
ap
rès neuf ans d’absence, en pleine guerre.
On pense à Hiroshima, à la Normandie,
à Dresde après les bombardements... 
Le Musée Sursok ne serait plus qu'un «squelette».
Hier, le mari de ma grande sœur «de cœur»
(présente dans La Langue des dieux*)
est mort d’une crise cardiaque.
Il a rejoint son épouse,
l’écrivain et avocate Jacqueline Massabki**
décédée en 2015.
Mon fils me dit que maintenant «là-haut,
ils pourront continuer à s’aimer». 
Il n'a peut-être pas tort.

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Jacqueline Massabki et son mari, Antoine, sur le chemin des Vernys,
près du chalet de Maurice Chappaz.

 

Le Foyer de la Sagesse où j’ai logé en 2012, 2013, 2014 et 2015, est aujourd'hui à moitié démoli. J’y avais sympathisé avec le photographe Nicolas Brodard (www.nicolasbrodard.com), le journaliste Clément Girardot (http://clementgirardot.blogspot.com) et le photographe-poète niçois Laurent Costantini (Beyrouth Beyrouth***). Jusqu’à ce jour, nous avons maintenu des contacts amicaux, nous nous sommes revus. Grâce à La Sagesse où nous partagions petits-déjeuners et discussions interminables en rêvant d’un monde meilleur et plus juste. Son intendante vient de m’apprendre que plusieurs résidents de «notre» Foyer ont été blessés et que deux collaborateurs sont morts, «soufflés» par les éclats de verre.

 

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Reçu de Beyrouth,ce «CÈDRANGE de courage et de solidarité
pour le peuple Libanais» 
réalisé par Jean-Claude de Castelbajac,
qui l'a ainsi dédié «à mes amis du Liban, aux habitants de Beyrouth»

 

Depuis quelques jours, par SMS ou Whatsap, je pose à mes amis une question très laconique: «Etes-vous sains et saufs ? Merci de donner des nouvelles». Et ils me répondent. «Merci de t’inquiéter à notre sujet. Nous sommes sains et saufs. Mais…»

Mais un de leurs proches est mort, leur appartement est détruit. Quant à leur voiture, elle est démolie, voilà un détail bien dérisoire.

Je reste sans nouvelles de plusieurs de mes filleuls et je me demande: «Où sont-ils, sont-ils vivants ?

Mes yeux ne savent plus pleurer. 

Alors j’écris. Je continue Elégie pour le Liban commencé durant le confinement. 

A l’instar de la rue libanaise, je crois qu’un changement de gouvernance à Beyrouth s’impose urgemment. Voici plus de trente ans que ces irresponsables politique ont pillé le Liban et qu’ils l’ont conduit à la ruine. Le temps est venu de s’en débarrasser et de laisser la place à des patriotes compétents et intègres. Ils existent au Liban et dans la diaspora. Grâce à eux, le Liban ressuscitera, une xième fois de plus. La résilience est dans leurs gènes ainsi que l'amour de leur pays.

Parce que la poésie peut nous sauver de trop de malheur, voici un poème de Nadia Tuéni accompagnée de la chanson «Beyrouth» par Fayrouz.

 (www.youtube.com/watch?v=8ayX6ZSpBgg)

 

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Nadia Tuéni.

 

BEYROUTH ****

«Qu'elle soit courtisane, érudite, ou dévote, 

péninsule de bruits, des couleurs, et de l'or, 

ville marchande et rose, voguant comme une flotte 

qui cherche à l'horizon la tendresse d'un port, 

elle est mille fois morte, mille fois revécue.

Beyrouth des cent palais, et Béryte des pierres, 

où l'on vient de partout ériger ses statues, 

qui font prier les hommes, et font crier les guerres.

Ses femmes aux yeux de plages qui s'allument la nuit, 

et ses mendiants semblables à d'anciennes pythies.

À Beyrouth chaque idée habite une maison.

À Beyrouth chaque mot est une ostentation.

À Beyrouth l'on décharge pensées et caravanes, 

flibustiers de l'esprit, prêtresses ou bien sultanes.

Qu'elle soit religieuse, ou qu'elle soit sorcière, 

ou qu'elle soit les deux, ou qu'elle soit charnière, 

du portail de la mer ou des grilles du levant, 

qu'elle soit adorée ou qu'elle soit maudite, 

qu'elle soit sanguinaire, ou qu'elle soit d'eau bénite, 

qu'elle soit innocente ou qu'elle soit meurtrière, 

en étant phénicienne, arabe ou routière, 

en étant levantine, aux multiples vertiges, 

comme ces fleurs étranges fragiles sur leurs tiges, 

Beyrouth est en orient le dernier sanctuaire, 

où l'homme peut toujours s'habiller de lumière».

 

 

* La Mémoire des Cèdres, avec François Porel, Editions Robert Laffont, 1989.

** La Langue des dieux, Editions de L’Aire, Vevey, 2015.

*** Beyrouth Beyrouth, Editions Z, Lausanne, 2013.

**** In Textes poétiques, hommage de Georges Shéhadé, Editions Dar An Nahar, 1986 ou Jardinier de ma mémoire, Flammarion, 1998.