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18/07/2022

LES PAROLES D’ALPHONSE LAYAZ

Lorsqu’il était jeune rédacteur à la Feuille d'Avis du Valais,
Alphonse Layaz 
était déjà fou de peinture.
Quant à la poésie, d’Apollinaire à Prévert,
elle l’habitait en  permanence. 
 Layaz a déjà publié neuf livres
(romans, poèmes, nouvelles, contes) aux Editions de L’Aire. 
Voici son dernier-né intitulé Des paroles et des histoires*.

 

«On apprend à lire comme on apprend à parler, à marcher, à rouler à bicyclette» écrit d'emblée le journaliste et poète devenu critique d’art, écrivain et artiste-peintre.

 

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Le regard malicieux d'Alphonse Layaz

 

Au Pays des artistes

Autant dire que dans son livre, l'auteur nous fait voyager au Pays des artistes (de Pierro della Francesca à Giacometti, Degas, Douanier-Rousseau et Pietro Sarto auquel il consacra un livre**). De la Suisse à l’Italie et à Prague, tant d’autres lieux, Layaz nous convie à des rencontres avec ses frères et sœurs écrivains.
Avant tout, il y eut une enfance dans la campagne fribourgeoise et l’apparition de la radio. «Mon père fixait l’appareil comme si ce de ce contact visuel dépendait la qualité du son. C’était un rite, presque une prière: René Layaz écoutait les pulsations du monde transmises par une curieuse boîte à paroles».
Alors, le petit Alphonse avait-il la prémonition de son avenir à la Radio suisse romande ? Il fut en tout cas très ému lorsque son père écouta le premier roman de Ramuz, Aline, à la radio.

La révélation de la radio

Des années plus tard, Alphonse Layaz se souvient. «Je crois que ce jour-là j’aurais été capable de sauter au cou de mon paternel pour le remercier, pour lui dire que je l’aimais, pour lui dire: «Tu vois, on y arrive tôt ou tard à ces choses essentielles qui sont la poésie, qui sont l’âme, qui sont la vie». Mais quand on naît parmi «les gens de la terre», les mots ont de la peine à surgir. Question de pudeur.

Contre l'injustice

Si l'intérêt pour les arts fait partie de son ADN, Layaz a depuis toujours été sensible aux injustices. D’un chapitre à l’autre de son livre, nous percevons sa révolte. C’est le cas dans Silence on prie où l’on voit Marcel, soumis à la tragique destinée des Enfants perdus. Il fut placé comme d'autres petits malheureux dans un orphelinat tenu par des curés-tortionnaires intéressés par les jeunes garçons plus que par la pédagogie». En ce temps-là, des coups aux abus sexuels, il fallait fermer les yeux, les bouches et les oreilles car «Silence, on prie!» Les choses ont-elles vraiment changé?
«La litanie des tourments, à la manière des chapelets, se passait de main à main» nous dit l’auteur dont le ton se fait parfois, et on le comprend, anti-clérical. 
Aujourd'hui, Alphonse Layaz est demeuré révolté contre toutes les injustices, qu'elles se nomment guerres ou agressions des enfants. 

Ecrire sur rien

Et puis, un jour, suivant l’exemple de Flaubert dans Un cœur simple, Layaz songe à «écrire sur rien». 
«Ecrire sur rien: les mots isolés ou mis mot à mot sont lourds de sens, de couleurs, d’odeurs».

Lisez le dernier ouvrage de Layaz ne serait-ce que pour côtoyer la Beauté. Une notion qui a dû trouver une profonde résonance chez ses enfants Michel, devenu écrivain, et Corinne, danseuse. Entre les paroles et les histoires, entendez aussi la gratitude envers un père et la vie.

 

 

 

 

* Editions de L’Aire, collection Le Banquet, 218 pages.

** Pietro Sarto, homme de métier, entretiens, Bibliothèques des Arts, 2003.

16:05 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Fiction, Humour, Lettres, Médias, Monde, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0) |

05/11/2020

SYLVIE DELEZE: PREMIER LIVRE ET REVELATION

Avec son premier livre, Sylvie Délèze aura réussi
son entrée en littérature.

Sa Toccata (pour personnages) en italique* 

frappe tant par l'originalité de son écriture
que de son propos.

Et le tout est enveloppé sous l'élégante jaquette
de la collection le banquet. 

 

Cet ouvrage aurait pu s’intituler Fantasia tant il déborde de joie et de vivacité. Tendresse et humour y cohabitent afin de cacher certaines duretés de l'existence. Sous son air de légèreté, Toccata  recèle une grande sensibilité et une indéniable profondeur. 

Ce premier livre de Sylvie Délèze est l’œuvre d’une poète. A lire à haute voix et avec délectation, ce que j’ai fait. En attendant avec impatience le prochain livre de cet écrivain prometteur.

 

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Sylvie Délèze: les livres sont au cœur de son existence.

 

Afin de vous inciter à cette belle lecture, j'ai choisi quelques extraits de ce premier livre:

 

«A Etry, je saluais les hérissons et les vermisseaux, les scarabées de bronze et les nerveuses sauterelles.

Je m’endormais au son un peu éteint du cri d’un rapace nocturne, une de ces chouettes qui fait un bruit de balançoire rouillée.

Je ne pensais à rien sous des voûtes étoilées qui me laissaient aussi incrédule que sans souffrance.

Du frêne au bouleau gris, du chêne nain à l’érable montagnard, je m’enfonçais  dans les mousses claires pour humer l’humble humus et croire un peu m’y fondre».

 

*

«Et dans ce mouvement d’éveil particulier que constitue le prompt sursaut naturel d’une conscience, il ne veut plus rien. Le désir l’a, semble-t-il, déserté.

Mais il sent qu’il doit lire. Car lire, avant, quand ? Il ne sait plus, lire était sa drogue dure. 

Voici qu’elle se rappelle à lui et vient à lui manquer. Où la trouver aujourd’hui ? Des livres, ses yeux n’en croisent presque plus. Où sont les livres ?

Ils ont quitté le quotidien où n’est plus que l’Ecran-Dieu qui disloque le design de l’objet livre, ruine la lecture suivie, la rend impossible.

Retrouver des livres. Des bibliothèques.

Cette révélation lui advient dans la contemplation d’une image païenne. Antique. Archéologique».

 

*

«Dimanche, il s’en fait la promesse, il ira là-haut, dans le refuge à l’orée des bois où, enfant, il lisait des volumes aux pages cornées, parsemées de taches, d’annotations, à la tranche reconnaissable entre toutes, souvent endommagée, mais qui maintiennent encore ensemble, on ne sait trop comment, tous ces feuillets chargés d’odeurs acides comme un café, autant de pages peuplées d’enfants libres et abandonnés, moutards sans contrainte aucune qui, à l’aube, sortent sur la terrasse de leur cabane perchée dans les troncs d’arbres le long du fleuve et, de là-haut, pissent dans les méandres à la santé de Parménide sans le connaître.

Retrouver des êtres de liberté dans les livres d’une bilbiothèque, voilà son projet pour la fin de la semaine, lui qui n’en avait plus un seul».

 

* Editions de L’Aire, collection le banquet, 166 pages, 2020.

 

11:22 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Femmes, Fiction, Humour, Jeux de mots, Lettres, Loisirs, Monde, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) |