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02/09/2020

L’AIRE: UN ETE RADIEUX

«Que le risque soit ta clarté» est l'axiome 
de Michel Moret, directeur des Editions de L'Aire
et inconditionnel de René Char. 
Une citation poétique qui lui sert d'éperon.
A ce propos, la rentrée littéraire est à nos portes.
Mais les Editions de L’Aire ont déjà de quoi sourire
avec trois livres publiés cet été.

Alain Bagnoud

Le premier, La vie suprême*, roman d'Alain Bagnoud, vient de se voir attribuer le Prix Edouard Rod.

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Dans un style ramuzien, le Valaisan de Genève nous entraîne dans une histoire palpitante. Où l’on découvre la vraie vie des paysans et paysannes de montagne d’autrefois, et l'époque où la femme était considérée comme quantité négligeable. Ces éléments ne relèvent pas de la fiction: Bagnoud les a recueillis de la bouche de sa grand-mère.

Si Besse, le héros de ce livre, s’est laissé embarquer dans l’aventure de Farinet- le beau parleur, c’est en raison de la misère qui était son quotidien. Or, il aspirait à «La vie suprême». Farinet promettait de la lui offrir.
A lire Bagnoud, le sympathique Valdôtain dit Farinet apparaît comme un personnage peu reluisant et indigne des hommages qu'on a pu lui rendre ici et là. Alain Bagnoud a eu le courage de le démystifier. Farinet n’était de loin pas un héros mais un exploiteur habile dans l’art de faire travailler très dur ses ouvriers tout en abusant de leurs épouses et autres femmes de la région.
Ce roman remet en place des idées reçues et nous plonge dans un Valais réel, celui du XIX me siècle.
Les promoteurs de Farinet et de sa vigne auraient pu consulter les archives historiques concernant ce Valdôtain avant de lui dédier un culte immérité.

 

* Alain Bagnoud, Editions de L’Aire, 152 pages.

 

Serge Bimpage  

 

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Avec Déflagration**, le très intuitif auteur genevois nous propose une préfiguration du confinement que nous continuons de vivre de part en part de la planète.

Son personnage principal, le professeur Corderey baigne dans le confort douillet de son appartement genevois lorsqu'il doit brusquement se replier dans son village d’origine.
Tout cela, par la faute d’un volcan devenu turbulent, au Petit-Pays. 
Le professeur doit brusquement changer de vie, comme certains après le Covid 19 ou la double explosion de Beyrouth. Mais, chose surprenante, le grand voyageur Serge Bimpage a écrit ce livre avant ces événements. 

«Le couchant commençait à rosir les toits du village qui se rapprochait maintenant... Toutes choses que le touriste ne pouvait percevoir. Pour cela, il lui aurait fallu lire dans l’âme des citoyens. Et qu’y aurait-il vu ? Une crainte sourde et fiévreuse, celle d’une apocalypse qui pourrait se déclencher à tout moment si Dieu, soudain, devait cesser d’aimer le Petit-Pays et le détruire avant de tout recommencer depuis le début.»

Savoir que Serge Bimpage a accompli un tour du monde de deux ans en auto-stop. Et que cette expérience – « Les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent pour partir», écrivait Baudelaire –, inaugurera de très nombreux voyages. Et des livres dont le plus surprenant est Déflagration car en phase avec une actualité inattendue.

** Serge Bimpage, Editions de L’Aire, 544 pages.

 

Antoine Jaccoud

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(Juste) Avant***, suivi de Le sexe c'est dégoûtant et Venus pour te chercher inaugurent la nouvelle Aire théâtrale sous la houlette de la comédienne et metteur en scène Ariane MoretEt cette Première est réussie. 
A l'heure de franchir la porte de l'abattoir, voici qu'une vache et un taureau, appelés Marthe et Furioso, sont habités par l'inquiétude et rêvent d'immortalité. Mais la condition animale (comme la condition humaine) étant ce qu'elle est, il n'y a plus d'échappatoire. Les émotions et sentiments de Marthe et  Furioso face à la mort pourraient être nôtres.
«Vous vous voyez à 80 ou 100 ans, traînant la patte, la tête basse, incapable de suivre le rythme du troupeau»? demande Marthe à son «frère humain». Mais Furioso, refusant cette échéance ne cesse de lui répéter: «Il aurait fallu mugir. Il aurait fallu se révolter.» 

Contre l'inéluctable qui le pourrait?

 

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Antoine Jaccoud entouré de Marthe Keller et Mathieu Amalric
au Théâtre de Vidy à Lausanne
le 29 avril 2017 dans l'interprétation de (Juste) avant. 
La pièce sera rejouée les 20 et 21 novembre 2020
au Théâtre du Rond-Point à Paris.

 

Humour et respect

Même si le titre de l'une des pièces de Jaccoud, Le sexe c'est dégoûtant, peut sembler très coquin, il est aux antipodes de son contenu. Le texte de cette pièce, plein d'humour et de tendresse, ne côtoie jamais la vulgarité. Quant à Venus pour te chercher, il aborde avec pudeur un thème plutôt délicat: celui d'un père que ses enfants retrouveront à un âge certain dans les bras d'une dame légère. «Si maman savait ça» se répètent-ils en attendant que leur père, profondément endormi, se réveille. Antoine Jaccoud concilie à merveille humour et profondeur.

 

 

 

*** Antoine Jaccoud, (Juste) avant, Editions de L'Aire, 140 pages.

 

 

 

 

13/03/2019

DECOUVERTE POETIQUE: ARTHUR BILLEREY

Pour sa flamme  et son allant, on pense
 à Maïakovski et à Rimbaud, bien sûr. 
Mais non, c'est Arthur Billerey. 

 

Qui est cet Arthur B. dont la poésie est à la fois penchée sur lui et tournée vers les autres ?

Il y a de la fraîcheur et de la profondeur, du rythme et de la musicalité, dans ses textes. On ne s’étonnera pas de savoir qu’Arthur Billerey aime Prévert autant qu’Aragon.
Car ce poète généreux aime jouer avec les mots et observer le monde et la vie  comme ils vont ou pas. Assurément, il ne passe pas son temps à méditer sur son ego. Bien heureuse de l'avoir rencontré.

Mais lisez plutôt! 

 

«En y réfléchissant un peu

je me suis dit tête en l'air

les airs sont dans la nature

en soufflant dessus ils vont

d'une capitale à une campagne

franchissant champs et routes

en respirant certains c'est fou

la montée de la sève en nous

ne s'arrête jamais de monter».

 

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Arthur Billerey, poète et responsable éditorial à L'Aire,

les yeux brûlant de Poésie.

 

 

«Je suis ce que je rencontre

au fil des jours mais aussi

ce que je rencontre éteint

en dormant j’ai un nom d’emprunt

 

que le matin récupère

souvent à couteaux tirés

quand je n’ai plus d’identité

j’en cherche une étrangement…

 

chaque jour a sa bousculade

de rencontres sa montre oubliée

au poignet de l’éternité qui va

rien que de roulade en roulade

 

je suis ce que je prends à l’un

et à l’autre ce que je rends

ce qu’il reste à mi-chemin

est un immense feu de camp

 

solitude cousue de fils blancs

qui entièrement se défileront

aux quatre coins du firmament

brille la sueur de nos fronts

 

Je suis ce que j’ai du mal

à comprendre la raison

de la guerre et la paix

de raison l’âme enfouie…»

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

* A l’aube des mouches, Editions de L’Aire, collection Métaphores, préface Corinne Desarzens, 104 p.

 

 

  

 

18:08 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, France, Humour, Lettres, Monde, Musique, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0) |