ID de suivi UA-65326999-1

26/07/2017

2017: ANNEE KAZANTZAKI

  Nikos Kazantzaki
disparaissait
il y a soixante ans
après une vie entière 
dédiée à la recherche de l'Absolu.


De Alexis Zorba à La Dernière Tentation, de la Lettre au Gréco à Le Pauvre d'Assise,  l’œuvre de cet écrivain et penseur,  traduite en plus de cinquante langues, n’en a pas fini de nous interpeller. A l’instigation de la Société internationale des amis de Nikos Kazantzaki, plusieurs dizaines de manifestations ont déjà commémoré le 60 me anniversaire de sa mort. D’autres seront encore organisées sur tous les continents. L'occasion de relire et méditer ce Géant de la littérature mondiale au message intemporel.

 thumb_20150506_120823_resized_1024 (1).jpg

Sur la placette Kazantzaki, à Antibes.
Nikos et Eleni Kazantzaki vécurent plusieurs années dans cette ville.

Photo: gf

   

ASCESE 

Je vous propose quelques extraits de son essai philosophique

publié pour la première fois en 1927.

 

«Serein et lucide, je contemple le monde et dis : 

Tout ce que je vois, entends, goûte, flaire et touche est création de mon esprit.

 

Dans mon crâne, le soleil se lève et se couche.

A l’une de mes tempes est l’Orient, à l’autre l’Occident.

  

J’interroge, j’interroge encore, je cogne dans les ténèbres : 

Qui nous a plantés sur la terre sans nous en demander la permission ? 

Qui nous a déracinés de cette terre sans nous en demander la permission ?

 

 

Où allons-nous ?

Ne le demande pas. Monte et descends.

Il n’y a pas de commencement, il n’y a pas de fin.

Il n’y a que le moment présent, débordant d’amertume et de douceur,

et je le savoure jusqu’à la lie.

 

 

Je me donne à tout: à l’amour, à la souffrance, à la lutte.

Le monde est, m’apparaît-il, plus vaste que le cerveau, 

et mon coeur est un mystère tout-puissant, ténébreux.

 

 

Je choisis le chemin qui monte. Pourquoi ?

C’est sans logique, sans certitude, car je sais combien sont impuissants,
dans ces moments capitaux, le cerveau et les étroites certitudes de l’homme.

Je choisis le chemin qui monte, parce que c’est vos le haut que me pousse mon coeur.

Plus haut, plus haut, plus haut! crie mon coeur, et je le suis avec confiance.»

 

 

Le rôle de Zorba

Serait-ce aussi grâce à Anthony Quinn, Alexis Zorba fut incontestablement le livre le plus populaire de Kazantzaki. Mais ses nombreux lecteurs savent-ils que Zorba a réellement existé ?
«Si Nikos avait dû choisir un gourou, c’est Zorba qu’il aurait choisi» m’avait confié son épouse, Eleni Kazantzaki*, en 1968 à Genève où elle a résidé jusqu’en 1989. 
Et elle avait précisé: «Zorba, Joseph de son prénom et ouvrier, avant Homère, Bouddha, Nietzsche et Bergson…»

 

 

 

 

 

* In Ascèse, Editions Aux forges de Vulcain. 

** Eleni Kazantzaki s’est éteinte à Athènes en 2004 à l’âge de 101 ans.

 

 

 

20/04/2017

DE MICHEL A GREGOIRE: LE DON DE RESILIENCE

 Deux récits parus à L'Aire 
sont reliés par un même fil rouge: celui de l’enfance
et
 des familles «complexes»... 
ainsi que le goût de l’Ailleurs.

L'Ailleurs a sauvé Michel et Grégoire.


Les mères et les pères, quand ils existent concrètement, ne sont qu’intermittents. 
Si Michel Volger et Grégoire Müller n’ont pas vécu dans le même milieu, l’un à Genève, en pouponnière puis chez des parents adoptifs, l’autre à Morges, chez ses grands-parents maternels, tous deux avaient trois ans quand ils connurent le premier et le plus brutal arrachement.

 

Etoile de mère

Vogler_couv.jpg

Michel Volger à l'assaut d'un sommet. 

 

 «Mis au monde dans je ne sais quel amour», Michel Volger n’a jamais connu celle qui lui donna le jour, âgée de seize ans, et qui mourut trois ans plus tard. Elle est l’Etoile de mère qui orientera toute sa vie. Une succession d’abandons, d’humiliations et de maltraitances conduiront le garçon à se dépasser. La résilience serait-elle sa vocation? Plus simplement, c’est pour sa mère inconnue qu’il vivra.

Du Mont-Blanc à l’Himalaya en passant par l’Alaska, il conquiert les sommets les plus hauts, dirige des expéditions, devient musicien, construit des bateaux, crée le Centre aérostier du Léman – l’univers lacustre lui est aussi familier que celui de la haute montagne –, voyage dans les Balkans à la recherche de son père puis sillonne le Proche-Orient à bord d’une 2 CV.
«Rêveur épris de liberté, je ne crois pas en Dieu mais aux hommes et aux femmes».
S’il se retrouve dans la pensée fraternelle de Camus, Vogler ne se lasse pas de contempler la nature qu’il connaît de près. En fin de compte, écrit-il, une fois devenu père et grand-père, «Je pas
serais ma vie à regarder le ciel»…


 L’Aire, 376 pages.

  

La Maison de Morges 

1540-1.jpg

Rien d’étonnant si Grégoire Müller ouvre son livre avec ce poème de René Char: 

 

«Maison mentale.

Il faut en occuper toutes les pièces,

les salubres comme les malsaines,

et les belles aérées,

avec la connaissance prismatique

de leurs différences».

 

C’est avec avec une précision d’entomologiste que l’artiste-peintre installé aujourd’hui à La Chaux-de-Fonds (après avoir vécu à Paris et New York) évoque la demeure de ses grands-parents maternels. Lui parle plutôt de topographie…
De pièce en pièce, le voilà qui nous entraîne dans La Maison de Morges de la Bibliothèque aux corridors habités par les œuvres de grands maîtres, des salons à la galerie qui héberge les œuvres de son père sculpteur, lauréat de la Biennale de Venise, attachant mais trop souvent absent. 
Et que dire de cette mère, mystérieuse et intermittente qui se consacre aux «autres» et oublie son fils ?


Grégoire Müller avait trois ans, comme Michel Vogler, lorsque ses parents, fraîchement divorcés, le déposèrent à Morges où il demeura jusqu’à ses seize ans. Gênes et Zurich ne sont plus que de lointains souvenirs. Le nonno est un notable, avocat à Lausanne, et la nonna de nature très affectueuse. Il n’empêche qu’un mystère plane sur La Maison de Morges. L’enfant aimerait comprendre la rupture de ses parents, leur éloignement. Afin de compenser leur absence, il dévore les livres et se met à écrire. Puis il dessine et il peint avec talent et inlassablement. Ses grands-parents lui permettront de réaliser sa vocation d’artiste-peintre. Si Grégoire Müller s’est finalement décidé à écrire La Maison de Morges, ce n’est pas tant pour s’auto-analyser que pour répondre aux interrogations de ses enfants et petits-enfants. Car les cinquante années qu’il a vécues après le temps de  La Maison de Morges «ont été entièrement conditionnées par les premières années formatrices», écrit-il.

Il écrit probablement comme il peint et sculpte, au burin. Un style très sobre et dense raconte l'enfance d’un peintre et sculpteur qui n’aura pas connu la tendresse d’une mère et d'un père. Comme Michel Volger, il fut aussi incité à écrire par sa fille et ses petits-enfants...
L’un et l’autre auront su transformer les manques affectifs et les obstacles en créativité. Respect pour leur courage!

L’Aire, 231 pages.


Tous deux signeront leurs ouvrages au Salon du livre de Genève (stand E561 les 26, 27, 28, 29 et 30 avril).

 

www.salondulivre.ch/fr

 

 

 

 

 

www.gregoiremuller.ch   (pour découvrir l’œuvre de l’artiste).