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26/08/2019

LA CINQUIEME SAISON: PRESENCE D'YVES VELAN

Du printemps à l’été, de l’automne à l’hiver,
les jours et les nuits sont si riches
qu’il fallait bien créer une saison supplémentaire. 
Cédric Pignat, Julien Sansonnens, Christophe Gaillard
et Arthur Billerey l’ont fait avec leur revue littéraire romande
LA CINQUIEME SAISON.

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Chaque numéro, qui paraît à un rythme trimestriel, a son thème. Consacrée au Retour à la terre, la dernière et septième édition est finement accompagnée par les dessins de Pierre-Yves Gabioud. Un artiste dont Maurice Chappaz admirait le talent. M’attardant précisément sur un dessin de Gabioud, je me rappelle que Chappaz me disait entamer chaque journée par la lecture d’un poème – un haïku, par exemple. Après quoi, le petit-déjeuner et la promenade, avec l'observation de la nature et des rencontres, pouvaient succéder, et le temps sacro-saint de l'Ecriture. 

LA CINQUIEME SAISON permet cet instant d’intimité que chacun vivra en beauté, au matin ou au coucher, c’est selon. Il suffit de se laisser guider par son instinct, par un nom ou un prénom, la musique des mots, un titre, pour choisir de déguster une nouvelle, un poème ou une critique littéraire (et celles de cette revue sont exigeantes et de qualité).  

Si, du Pays retrouvé à La critique introuvable, les textes de Pierre Jourde ont été pour moi une révélation, j'ai aimé changer d’air avec le poète Arthur Billerey.

«Parfois, une plume suffit

qui l’eût cru pour s’envoler

les miracles et les fées 

ne sont jamais ensevelis».

 

Comme j'ai aimé redécouvrir le bouleversant Joseph** de Marie-Hélène Lafon, sous la plume de Jean-Charles Zay. Puis vagabonder avec Ivan Salamanca, Elisa Shua Dusapin, Eric Bulliard et tous leurs co-auteurs, que je ne nomme pas mais n'oublie pas, du Retour à la terre.

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Yves Velan, voix originale entre toutes.

 

Cette édition était illuminée par la présence d’un écrivain trop peu connu, Yves Velan, dont les deux premiers romans, Je et La statue de Condillac retouchée ****  furent édités aux Editions du Seuil, à Paris, et le percutant Soft Goulag, chez Bertil Galland, en 1977.

Après avoir été injustement et stupidement rejeté par l’Instruction publique vaudoise, en raison de ses opinions politiques, cet écrivain si peu vaudois mais universel enseigna la littérature française à La Chaux-de-Fonds et aux Etats-Unis.

J'ai eu la chance de rencontrer Yves Velan, en 1975, sur la place de la Palud à Lausanne, lors d'une cérémonie dédiée à Corinna Bille lors de l'attribution du Goncourt de la Nouvelle. Habité par l'écriture, son regard irradiait de bonté et de générosité.

C’était bien avant le décès de sa fille unique en 1992. Florence avait vingt-neuf ans. Alors, il choisit de se reclure dans une sorte de désert littéraire, continuant d'écrire mais refusant de publier. Peu avant sa mort, en 2017, il accepta cependant de publier son dernier livre.**** 

C’est avec ces lignes d’Alain Bagnoud, fin connaisseur de Velan, que j’aimerais conclure:

«Il faut dire que pour lui, écrire n’était pas un jeu, une posture, une manière de s’attirer les suffrages, mais un acte qui mettait en jeu l’individu et la cité, c’est-à-dire un acte éminemment politique – en même temps qu’une obsession de chaque instant».

 

 

* La Cinquième saison,186 p., dans toutes les bonnes librairies ou case postale 697 1800 Vevey. 

https://5emesaison.ch

** Joseph, Marie-Hélène Lafon, Buchet-Chastel.

*** Aux Editions du Seuil en 1959 et 1973.

****Le Narrateur et son énergumène, Zoé, 2018.

16:40 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Fiction, France, Lettres, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0) |

12/07/2019

PHRASES RETENUES (14) BERNARD OLLIVIER

D'un livre à l'autre, des phrases m'agrippent, me hantent
et me poursuivent quand elles ne m'incitent pas au voyage
et au vagabondage de l'esprit.
Comme la Longue marche de Bernard Ollivier,
qui le conduisit d'Istanbul au Sinkiang.
Seul et à pied...ce dont je serais totalement incapable.

 

Ecrivain et journaliste normand, Bernard Ollivier a 51 ans quand il perd à la fois son épouse, sa mère et son travail. Dix ans plus tard, encouragé par ses enfants, il part vers la mythique Route de la Soie. C’était l’un l’un des rêves de sa compagne trop tôt disparue. Mais l’Amour donne des ailes. Plusieurs livres sont nés de cette longue marche. En voici un passage extrait de Le vent des steppes.

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«La marche exige du temps».

 

«Je marche sur cette route plate, uniforme, sans surprise. Entre les montagnes abruptes au nord et le désert sans limites au sud, je comprends Teilhard de Chardin qui écrivait: «Le Sinkiang est probablement la région la plus fermée de la Terre***». Pour ma part, par mon ignorance des langues qu’on y pratique, je suis enfermé dans une solitude profonde. Aussi, faute de parler aux autres, je me parle à moi-même.

Que suis-je venu chercher dans ce désert ?

Et j’essaie de répondre à cette question qu’on m’a posée si souvent et à laquelle il m’est si difficile de répondre: que suis-je venu chercher dans ce désert et sur les hauteurs de Pamir, au prix de grandes joies et de belles rencontres, certes, mais aussi de peurs et de souffrance ? La sagesse, d’accord. Mais laquelle ? Est-ce cette sérénité ancestrale qu’on prête aux ascètes qui font retraite puisque, après tout, je suis «retraité» ?

 

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Bernard Ollivier accompagné d'Ulysse, le précieux porte-bagages qu'il s'est fabriqué.

Je n’en suis pas sûr pour ce qui est de mon destin. Lentement, au rythme de ma marche d’escargot, grâce aux songeries et à la solitude, la réponse émerge à petits pas. Elle n’est peut-être pas conforme, mais c’est la mienne, celle qui s’est construite au fil des paysages, de la réflexion et des rencontres.

Il est donc urgent de ralentir

Il est bien vrai que je cherche à m’extraire de la folie qui semble envahir nos sociétés. Notre monde va trop vite, comme un fou.

Il est donc urgent de ralentir. Mais je ne veux pas fuir, encore moins cesser d’avancer. 

Je veux juste tenter de vivre au rythme de la pensée. Et la pensée freine cette course à la mort – que l’on confond avec la vie – qui s’est emparée de nos sociétés dites civilisées…»

 

 

 

 

 

* In Longue marche (tome III Le vent des steppes, Ed. Phébus, Paris) retraçant la marche de Bernard Ollivier, seul et à pied, de la Méditerranée jusqu’en Chine par la route de la Soie, 1994. Le livre est disponible dans un coffret Libretto avec les deux premiers tomes:Traverser l’Anatolie et Vers Samarcande.

 

 

** In Lettres de voyage 1923-1939, Grasset, rééducation. Les Cahiers rouges, Paris, 1956.