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22/05/2020

ECRIRE: PAR SALAH STETIE

L'immense poète libanais d'expression française 
s'est éteint à Paris le 19 mai. Il avait nonante ans.
Ecrivain engagé et diplomate,
il s'opposa à toutes formes de violence.
Il rêvait d'une société qui aurait donné
«la sécurité économique aux pauvres».
L'état de déliquescence de son pays natal
l'attrista jusqu'au désespoir.
La littérature fut son refuge.

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 Salah Stétié aimait le Japon et admirait la poésie de Basho.

 

Photo: Stéphane Barbery

 

Proche de Georges Schehadé, Yves Bonnefoy, Pierre Jean Jouve et René Char, parmi d’autres poètes, et des artistes Pierre Alechinsky et Antonio Tapiès, Salah Stétié admirait Villon, Rimbaud, Mallarmé et les poètes japonais. De Gallimard à Fata Morgana, il fut édité par les plus grands et traduit en plusieurs langues. 
En 2014, il avait publié ses Mémoires sous le titre 
L’Extravagance chez Robert Laffont. 

 

ECRIRE*

«Ecrire est une entreprise insensée. De cela, au bout de l'âge je suis sûr. L'expérience du Petit Poucet, pourtant très tôt apprise, ne sert de rien à l'écrivain. Il continue de croire avec naïveté que les mots laissés derrière lui sont des traces, qu'il les retrouvera à son retour, qu'ils persisteront dans la patience à lui désigner la maison du père, celle où dort l'origine, – l'œil à demi-ouvert, l'oreille attentive et inquiète comme le chien de toujours. 

Il ne sait pas, ou peut-être l'a-t-il oublié, que les mots sont traîtres, qu'à peine lui parti, ils vont charmer les oiseaux ou bien ils vont se transformer eux-mêmes, je veux dire de l'intérieur, comme si c'était leur vocation éternelle, en oiseaux.

Oui, écrire c'est compter sur le vent qui ne compte que sur lui-même, c'est-à-dire sur personne. Sans doute est-ce la raison pour laquelle bien des écrivains, bien des poètes ont confié leur trésor le plus précieux au vent: lui seul leur est mesure».

 

Le dernier livre de Salah Stétié, «La Méditerranée tragique d'aujourd'hui»**, a été publié en 2018 aux Editions de L'Aire.1702230439.jpg

 

 

 

 

 

 

 

** Extrait de Le calame, Fata Morgana, 2006.

** Editions de L'Aire, collection Le banquet, avant-propos de Louis de Saussure, 2018.

www.editions-aire.ch et dans toutes les bonnes librairies.

 

http://salahstetie.net

10:15 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, France, Lettres, Monde | Lien permanent | Commentaires (0) |

28/04/2020

PHRASES RETENUES (17) CLAUDE LEVENSON

D'un livre à l'autre, des phrases m'agrippent, me hantent
et me poursuivent.
C'est le cas de La montagne des trois temps
de 
Claude Levenson.
L'orientaliste et tibétologue nous a quittés
voici bientôt dix ans
mais elle est toujours parmi nous 
puisque ses livres nous accompagnent.

 

La montagne des trois temps

Dans les années 1990, Claude est en route vers «une montagne  singulière qui fait rêver». Elle se situe au-delà des Himalayas, au Tibet. C’est le Mont Kailash. Elle marche vers lui avec son compagnon de vie et de route Jean-Claude Buhrer.

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La face nord du Mont Kailash

copyright: Ondřej Žváček

 

La marche est rude pour ce couple peu familier de la haute montagne. Mais Claude et Jean-Claude  persévéreront vers cette montagne sacrée, côtoyant les pèlerins tibétains et leurs yacks, sous un ciel souvent limpide et dans les pierriers.

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L'écrivain, auteur d'une cinquantaine de livres sur le bouddhisme et le Tibet,
notamment, traduits en de multiples langues.
Ici, escale bienvenue et dialogue avec des Tibétains au pied du Mont Kailash.

 

copyright: Jean-Claude Buhrer

 

Claude Levenson pressent qu’il y aura un avant et après ce voyage. Avant de prendre le sentier du retour vers la plaine et les rivières, elle nous laisse un message intemporel.

«Ainsi la boucle est-elle bouclée. Il faut désormais repartir, redescendre vers les plaines à travers les grands défilés qui sont aux avant-postes de l’espace et d’une certaine lumière.

Peut-être la Montagne des trois temps m’a-t-elle confié trois secrets: la gratitude envers le passé, la disponibilité envers le présent, la responsabilité envers l’avenir. Mais il n’y a pas vraiment de secret: deux fois né veut simplement dire pleinement né. Etre avec sa raison, sa conscience et son cœur, au-delà des petits riens égoïstes, ouvert à une harmonie nouvelle, clef d’un accord avec le monde».

 

 

* In La montagne des trois temps, Calmann-Lévy (Collection Ligne de vie), 1995.

 

 

 

 

 

 

17:31 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Femmes, France, Histoire, Lettres, Monde | Lien permanent | Commentaires (0) |