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19/09/2015

J. MASSABKI: FEMME DE TETE ET DE COEUR

Elle était légendaire pour sa générosité, son enthousiasme et sa faculté à aider les autres. Mais encore pour sa pugnacité en tant qu'avocate.

Coauteur de La mémoire des Cèdres*, Jacqueline Massabki aura puissamment contribué au rayonnement du Liban à travers le monde. Son engagement en faveur de sa patrie et de la Paix lui aura aussi valu de nombreuses distinctions.

Avocate, écrivain et journaliste, cette femme de tête et de coeur s’est endormie le 1 er septembre chez elle, à Beyrouth, après une dizaine d’années au Pays d’Alzheimer.

Son mari, Antoine Abi Ghosn, qui fut son indéfectible Ange gardien, était auprès d’elle.

 

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Jacqueline Massabki et son mari sur un sentier du vallon de Réchy (automne 2002).

 

photo: rb

 

 

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 Dialoguant avec Maurice Chappaz, le poète qu'elle avait connu au Liban en 1974, et qui y était revenu en 1982, dans son chalet des Vernys.

 

photo: rb 

 

 

De Jacqueline à  «La Langue des dieux».

Jacqueline fut pour moi, dès 1967, la «grande soeur naturelle» que j’évoque, sous le prénom de «Marie» dans La langue des dieux.** Elle m'a tout appris du Liban. De la vie confrontée à l'aléatoire – la maladie, la mort, l'amour –, du Monde qu'elle a sillonné de part en part. Elle savait tout car elle avait tout affronté: la mort de son père, la pauvreté. C'est grâce à son obstination et à  son intelligence qu'elle réalisa des études universitaires tout en travaillant pour subvenir aux besoins de sa mère et de son jeune frère.


A la sortie de La langue des dieux, au printemps de cette année, il m'avait été demandé de le présenter au prochain Salon francophone du livre de Beyrouth. Des temps heureux à aujourd'hui, en passant par la guerre, le Liban y est en effet omniprésent.

Mais au début de tout, il y eut ma tentative désespérée de communiquer avec Jacqueline, qui, confinée à son fauteuil et ne pouvant plus marcher, ne parlait plus depuis plusieurs années. Je ne pouvais (voulais) pas m'avouer vaincue sur cette terra incognita.

Mais est-il possible de dialoguer avec un être  réduit au silence ?

En ce qui me concerne et expérience vécue, la réponse est: oui.
Je pense qu'«il suffit de beaucoup d'amour et de patience» pour apprendre «la langue des dieux», cette langue où les regards et les silences peuvent cohabiter avec la tendresse. 

J'ai la certitude que Jaqueline Massabki aura vibré très longtemps à la beauté de la musique, des images, comme elle aura apprécié le parfum du gardénia que  son mari posait chaque jour sur son coeur. Ses yeux nous l'ont exprimé.

De même, elle aura, jusqu'au bout, vécu en symbiose avec  son compagnon. 

A l'ère où certains donnent des séminaires et autres cours  sur l'«humanitude», c'est ce que je veux croire pour avoir simplement suivi ce que me dictait mon instinct.

 

Jacqueline Massabki avait noué des liens très amicaux avec plusieurs écrivains de la sphère francophone et fut une proche d’Andrée Chedid, Nadia Tuéni, Yves Berger, Corinna Bille et Maurice Chappaz. L'ancienne ministre Simone Veil avait aussi beaucoup d'estime et de sympathie pour elle.

 

 

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Dans le parc de la Fondation Gianadda, à Martigny, en 2002.

 

photo: rb

 

 

Jacqueline Massabki a été la première femme du Moyen-Orient à avoir été élue à un Conseil de l’Ordre des avocats, ce qui lui valut une mention dans Le Monde et de nombreuses distinctions.

En tant qu’avocate, elle a représenté son pays sur tous les continents. Elle était aussi membre de l’Association internationale des femmes juristes. Au Liban, elle aura beaucoup œuvré afin d’améliorer la situation de la femme, notamment dans le domaine des «délits d’honneur». 

 

 

L’écrivain Alexandre Najjar, bâtonnier de l’Ordre des avocat, et l’Association des avocats libanais, rendront  hommage à cette femme d’exception, qui était ma «grande soeur naturelle», le 27 octobre à 18 heures au Salon du livre francophone de Beyrouth.

 J'y serai.

 

 

* Avec François Porel, Editions Robert Laffont, 1989.

** Editions de L'Aire, 2015

15:24 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Femmes, Lettres, Monde, Voyages | Lien permanent | Commentaires (0) |

29/05/2015

SARAH CHARDONNENS:L'AVENTURE EST POSSIBLE!

Bien que non-adepte des deux-roues, je me suis un peu retrouvée
dans la très courageuse équipée de
Sarah Chardonnens qu'elle restitue
dans Parfum de jasmin dans la nuit syrienne*.
Autres temps, autres guerres...

Pour nous, ce fut en 2 CV, durant quatre mois, à travers tout le Moyen-Orient, Iran, Syrie, Liban, y compris, peu après la Guerre éclair, camps de réfugiés palestiniens en Syrie et Palestiniens dans Jérusalem occupée...  Depuis, le monde n'est pas devenu meilleur. Israël n'a toujours pas respecté les déclarations des Nations Unies l'enjoignant de quitter les Territoires occupés. Des dictatures se sont éternisées. Des mouvements terroristes sont apparus. D'autres conflits sont apparus. Le Kurdistan d'Irak a émergé. D'autres dangers sont nés et le Moyen-Orient ne s'est toujours pas métamorphosé en une oasis de paix.


Le défi de Sarah

En 2011, les terroristes de Daech ne sont qu’à une vingtaine de kilomètres d’Erbil, la capitale du Kurdistan d'Irak, lorsque Sarah Chardonnens décide de s'en aller, au guidon de sa petite moto rouge, sous les applaudissements des Kurdes de la région autonome d'Irak. Son équipée de 6000 kilomètres la  conduira à travers  la Syrie, la Turquie, la Grèce, l’Italie pour s'achever par un accident  à La Tour-de-Peilz.

La jeune Suissesse a réussi son pari et se met à rédiger ce qui deviendra: Parfum de jasmin dans la nuit syrienne. Un livre écrit sans prétention littéraire mais si humain qu'il nous donne aussitôt envie de prendre la route...
Il est vrai que l'enthousiasme de Sarah est contagieux et que nous sommes viscéralement attachés à cette région du monde si malmenée.

Sarah Chardonnens le savait pour avoir travaillé dans cette zone «chaude» voici quelques années  pour les Nations Unies et la Confédération. Disposant d'une solide connaissance du terrain, elle n'a donc pas accompli ce qui reste une Aventure dans une joyeuse inconscience.

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Sarah Chardonnens et sa moto-compagne de voyage, qui ne lui aura pas souvent fait défaut, au Kurdistan d'Irak.

 

 

 

Parfum de jasmin dans la nuit syrienne est un livre formidablement stimulant et même nécessaire par les temps qui courent.
Il nous 
prouve que l’Aventure (avec de vraies rencontres humaines) est encore possible dans une société aussi matérialiste que la nôtre.


Une démarche humaniste

Mais attention, un tel voyage n’est pas à la portée de n’importe qui! Ne devient pas «aventurière» qui veut!

En 2009, après avoir terminé ses études en sciences politiques, Sarah  décide de relier Le Caire à Jérusalem avec les moyens du bord. D’autres voyages suivront en Transsibérien, au Caucase, sur le Mékong, à la manière d'une routarde et non pas des voyages formatés où il n'y a pas de place pour l'imprévu et la rencontre avec les autres.

 

La démarche de la jeune voyageuse est essentiellement humaniste. Ce sont les êtres humains qui l'intéressent et c'est pour les rencontrer qu'elle prend la route.


Et après ? 

Après, plus rien n'est comme avant.

Au terme de ce voyage au Proche-Orient, Sarah Chardonnens se sent un peu plus «écorchée» qu'avant, un peu plus «remplie» aussi. 

Elle repartira, c'est sûr, le cœur et les yeux toujours grand ouverts.


Un précieux viatique 

Membre du Corps suisse d'aide en cas de catastrophe, ex-collaboratice humanitaire, Sarah Chardonnens continuera d'arpenter la planète non pas seulement pour découvrir ses beautés mais afin d'aider ceux que la guerre a touchés. La tâche est infinie


Sarah le fera, accompagnée par un viatique irremplaçable qu'elle a lu dans l'inoubliable Léon L'Africain** d'Amin Maalouf et qu'elle a placé en exergue de son site: http: //parfumjasminnuitsyrienne.ch

 

 

 

«Où que tu sois, certains voudront fouiller ta peau et ta prière.

Garde-toi de flatter leurs instincts, mon fils, garde-toi de ployer sous la multitude! Musulman, juif ou chrétien, ils devront te prendre comme tu es, ou te perdre. Lorsque l’esprit de l’homme te paraîtra étroit, dis-toi que la terre de Dieu est vaste (…) N’hésite jamais à t’éloigner au-delà de toutes les mers, au-delà de toutes les frontières, de toutes les patries, de toutes les croyances».

  

Bons voyages, Sarah, et peut-être à bientôt sur une route, entre Erbil et Beyrouth, dans un Proche-Orient enfin apaisé!

 

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* Editions de L’Aire, 261 pages. 

 

Disponible chez l'éditeur  www.editions-aire.ch et dans toutes les bonnes librairies.

 

 

 ** Léon l'Africain, Jean-Claude Lattès et Le livre de poche.

 

15:33 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Femmes, Lettres, Monde, Société - People, Voyages | Lien permanent | Commentaires (0) |