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06/02/2015

RENE CHAR: CRIER SINON LE MONDE SE TAIT...

Tout est en route, à jamais».

 

 Andrée Chedid

 

LE TERME EPARS

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«Si tu cries, le monde se tait: il s'éloigne avec ton propre monde.

 

Donne toujours plus que tu ne peux reprendre. Et oublie.
Telle est la voie sacrée.

 

Qui convertit l'aiguillon en fleur arrondit l'éclair.

 

La foudre n'a qu'une maison, elle a plusieurs sentiers.
Maison qui s'exhausse, sentiers sans miettes.

 

Petite pluie réjouit le feuillage et passe sans se nommer.


Nous pourrions être des chiens commandés par des serpents,
ou taire ce que nous sommes.

 

Le soir se libère du marteau, l'homme reste enchaîné à son cœur.

 

L'oiseau sous terre chante le deuil sur la terre.

 

Vous seules, folles feuilles, remplissez votre vie.

 

Un brin d'allumette suffit à enflammer la plage où vient mourir un livre.


L'arbre de plein vent est solitaire. L'étreinte du vent l'est plus encore.

 

Comme l'incurieuse vérité serait exsangue s'il n'y avait pas
ce brisant de rougeur au loin où ne sont point gravés le doute
et le dit du présent.


Nous avançons, abandonnant toute parole en nous le promettant».

 

 

 

* In Le terme épars, Le Nu perdu et autres poèmes (1964-1975), Gallimard.

 

30/12/2014

LA CHAINE DE L'AMITIE FAIT LA RONDE AUTOUR DU MONDE

Il  bien de la chance, notre ami Georges, le photographe animalier. Après avoir connu la vie citadine, ponctuée d'innombrables expéditions alpines, il vit  désormais à l’année entre vignes et montagnes.

L’hiver, m’écrit-il, «des petites mésanges à longue queue viennent nous rendre visite». Et il ajoute: «Ces oiseaux-là sont très fragiles...» 

Mais il veille sur eux, comme son épouse, la bien-nommée Rosemonde, pratique l'amour des autres. Elle le fait avec autant de délicatesse que de discrétion.

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Mésange à longue queue photographiée par Georges Laurent.

 

 

C'est ce que le poète Maurice Chappaz, qui était de leurs amis, appréciait chez elle, la générosité silencieuse. Comme Georges et Rosemonde, l'écrivain aimait les mésanges et les grives, tous les oiseaux, avec une préférence pour les petits, les humbles, les musiciens.


De Maurice Chappaz à Claude Roy

Un autre ami poète avait un faible pour les mésanges, charbonnières, celles-là. Entre la rue Dauphine, à Paris, et sa campagne de Haut-le-Bout, Claude Roy a pris le temps de les observer, de les écouter. Afin de mieux les comprendre – mais est-ce possible ? –, il s'était initié à l'ornithologie. Au Pays de la poésie et de la peinture, des droits de l'homme et du septième art, sans oublier le théâtre, nous nous étions découvert des amis communs entre Paris, Suisse et Proche-Orient. Car, Claude Roy l'a écrit: «La chaîne de l'amitié fait la ronde autour du monde». J'ai eu la chance de vérifier plus d'une fois cet adage...


Roy fut le premier à évoquer le premier livre de Maurice Chappaz, la merveille que fut Les Grandes Journées de printemps. C’était en 1944 dans Les Nouvelles littéraires.


L'éternité des oiseaux

Depuis, Claude Roy nous a quittés (en 1996) et Maurice Chappaz s’en est allé dans la blancheur d'un jour de janvier froid et ensoleillé, le 14 janvier 2011. Je les ai tous deux beaucoup aimés et je les ai pleurés.

Mais leurs petits amis me consolent. Les oiseaux que ces deux auteurs aimaient, que nous aimons, sont et seront toujours là car ils sont de tous temps destinés à l'éternité. En esprits pragmatiques, (in)dignes fils de banquiers, vous me demandez une preuve ?

 

«Où vont les chants d’oiseaux

quand les corps ne les enveloppent plus ?»

 

s'interrogeait  Maurice Chappaz tandis que Claude Roy écrivait:


«Je voudrais toucher une à une chaque note du chant

de la mésange avec mes doigts pour être sûr

que ce qu’elle chante c’est pour de vrai…»

 

 

Je vous souhaite une année 2015 très éloignée des tumultes du monde et remplie de chants d’oiseaux!