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31/07/2016

GUGGENHEIM: DE LA MISERE A LA GLOIRE

Les lecteurs de 24 Heures étant pour la plupart francophones, 
je vous propose ici, essentiellement en français,
le début du chapitre premier de GUGGENHEIM SAGA. 
Cet essai biographique trilingue
retrace la trajectoire des Guggenheim nés à Lengnau (Argovie) dans la misère.
Et devenus des pionniers, philanthropes et mécènes au rayonnement mondial.

  

«L’amour d’un père est plus haut que la montagne ».

PROVERBE JAPONAIS

 «Un petit garçon marche sur la route, 17 entre la Bodenstrasse et la Vogel- sangstrasse, sa main dans celle de son père.

Nous sommes en 1836, à Lengnau, la seule localité de Suisse, avec Endingen, où les Juifs ont le droit de résider depuis 1776.

Meyer a six ans et sa mère, Charlotte – appelée plus familièrement Schäfeli – Levinger vient d’être transférée dans un hôpital spécialisé, à Königsfelden, pour « fatigue nerveuse »*. Cette maman est fragile. En 1832, elle a donné le jour à son sixième enfant, Zierle.

En dépit de son jeune âge, Meyer est conscient du fardeau qui repose sur les épaules de son père.

Connu pour sa vaillance, celui-ci réussit de plus en plus difficilement à concilier son métier de tailleur et ses responsabilités familiales. La commune juive de Lengnau paie déjà les vêtements, chaussures et frais médicaux de ses enfants, ce qu’il considère comme une humiliation.

 

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Lengnau, Marktgasse, altes Waghüsli vers 1890 (StAAG NL.A-0329 At 30a), Staatsarchiv Aaargau.

 

Simon voudrait tant que Schäfeli guérisse rapidement et qu’elle retrouve sa place au sein du foyer. Ainsi seront- ils tous ensemble, comme avant.

Le temps passe, sans amélioration de la santé de Schäfeli. Les autorités se décident à placer Simon sous tutelle et dispersent les six enfants au sein de familles plus ou moins apparentées de Lengnau. Peut-être Simon songe- t-il que ces temps difficiles seront éphémères. Mais l’état de son épouse s’aggrave et son hospitalisation se prolonge.

Schäfeli a quarante-quatre ans lorsqu’elle décède après deux ans d’internement. Elle sera enterrée au cimetière de Lengnau, et non pas sur la petite île du Rhin, la dénommée « île des Juifs » ** où, jusqu’en 1750, les Juifs de la région devaient enterrer leurs morts, faute de mieux.

Celle-ci était située sur le territoire allemand de la ville de Waldshut- Tiengen, en amont de Coblence. En 1603, la ville de Waldshut l’avait louée aux Juifs du comté de Baden car la Suisse ne les autorisait pas à créer des sépultures sur le sol helvétique. De Lengnau à l’île, le trajet du défunt, posé sur une charrette, durait environ trois heures... Or « l’île des Juifs » était souvent inondée et les familles endeuillées ne retrouvaient parfois plus leurs morts. Ils avaient beau chercher... et encore chercher.

Ils en arrivaient à croire que leurs proches avaient disparu dans le mélange informe de la terre et de l’eau, et ils en étaient inconsolables.

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De Lengnau à New York... Petit-fils de Simon Guggenheim,  Solomon créa la
Fondation Solomon R. Guggenheim en 1937. Le musée éponyme était inauguré en 1959,
dix ans après la mort de son fondateur.

 

copyright: Roland Bettex

 

Mais les temps ont heureusement changé et Schäfeli aura sa tombe au cimetière juif de Lengnau. Simon et ses enfants peuvent désormais prier sur sa tombe. Sans doute pensent-ils qu’elle ne souffre plus et que, de là où elle est, elle les protégera.

Devenu veuf, Simon Meyer est père de cinq filles de deux, sept, dix, onze et douze ans. 19 Son fils unique a huit ans.

Les grandes sœurs sont bien trop jeunes pour remplacer leur mère et tenir un ménage ou encore pour veiller sur Rebecca et Zierle, les deux petites.

Afin d’alléger la tâche de son père, le jeune garçon exercera, parallèlement à l’école, le métier de colporteur. Une caissette sur le dos, il s’en va frapper aux portes des ménages, en Suisse aussi bien qu’en Allemagne voisine, afin de vendre fil, boutons, lacets et autres menues fournitures.

En vérité, Meyer est un enfant aussi pugnace que solidaire. Il souhaite ardemment réunir toute la famille sous le même toit. Il tient à ce que ses sœurs et son père puissent manger à leur faim et se vêtir sans craindre le froid. Et sans rien demander à personne... Les quelques sous qu’il réussit à gagner amélioreront l’ordinaire de son père et de ses sœurs.

À seize ans, il commence son apprentissage de tailleur chez Léopold Pollak, dans le village voisin d’Endingen. Sans que l’on ne puisse attester d’une véritable vocation, il deviendra tailleur. Comme son père...»

 
 

* Dans son Registre, la commune écrira moins subtilement « dérangée de la tête ».

** En 1750, en raison de la recrudescence des inondations du Rhin, la Suisse permit aux Juifs de disposer d’un cimetière à Lengnau et à Endingen. Dans les années 1954-1955, près de quatre-vingt tombes furent exhumées et transférées au cimetière de Lengnau. Les restes de certains corps non-identifiés furent rassemblés dans une tombe commune du cimetière de Lengnau/Endingen qui dispose de deux portes d’entrée (une par village).

 

 
 

GUGGENHEIM SAGA, illustré, 120 pages, illustré, Editions Z, Lausanne est en vente dans toutes les bonnes librairies ou chez l'éditeur: 

zeditions@netplus.ch

tél. 021 616 66 10     079 377 83 50.

 Fr. 34.90  (pour la Suisse, port et emballage gratuits).

€ 31.20 (port et emballage gratuits).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

04/05/2016

SYLVIE BLONDEL: PREMIER ROMAN

Ce que révèle la nuit* 

Le premier roman de Sylvie Blondel 
a d’abord un accent mozartien.
Et ce n'est pas seulement pour la musique des mots. 
Que d'affinités entre Jean-Philippe Loÿs et Wolfgang Amadeus! 
Tous deux furent arrachés à la vie à 
l'âge de trente-trois 
et trente-cinq ans.
Ce n'est pas un âge pour mourir...
 

Le personnage central de ce livre, l’astronome Jean-Philippe Loÿs de Cheseaux, né dans le Pays de Vaud en 1718, décédé à Paris à l’âge de 33 ans, a d’incontestables affinités avec Wolfgang Amadeus Mozart, qui s'est éteint à l’âge de 35 ans. Tous deux furent des génies précocement arrachés à la vie. Tous deux, par leur quête dans l'univers du ciel et de la musique, tentèrent d’accéder à l’Absolu. Tous deux furent rattrapés par la maladie et les angoisses. Leur fin à tous deux fut interminablement douloureuse.

 

Un astronome illustre et méconnu

La littérature, qu'elle a enseignée de longues années avant de se mettre à l'écriture**, est le biotope de Sylvie Blondel.

Pour l'auteure vaudoise, le déclic de ce premier roman fut la révélation d'un destin. Il s'appelle Philippe Loÿs de Cheseaux. Cet astronome plutôt ignoré en Suisse bénéficia d’un prestige international. Il fut en effet l’un des plus grands scientifiques de l’époque. Ses pairs des Académies de Paris et Saint-Pétersbourg, de Göttingen et de Stockholm, sans oublier ceux de la Royal Society de Londres l'avaient d'emblée reconnu. 
Par souci de précision, Sylvie Blondel a questionné d’éminents astronomes. Mais elle n’a pas seulement voulu rendre justice à celui qui a découvert la Grande Comète de 1774, dite Comète de Cheseaux. Pour elle, l'itinéraire tortueux de ce scientifique n'est qu'un prétexte à une méditation sur le sens de la vie.

 

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Sylvie Blondel a signé un ambitieux premier roman.

Photo: Philippe Pache

 

Un double contemporain

L'astronome n'est pas seul à captiver le lecteur. Ce que révèle la nuit est aussi habité par un autre personnage: Hector Lenoir. Cet homme d’aujourd’hui pourrait ressembler à Sylvie Blondel car il est tout aussi intrigué qu’elle par Jean-Philippe Loÿs de Cheseaux. Et il a le temps d'y songer. Sa femme vient de l'abandonner abruptement. Il décide aussitôt d’écrire un roman sur le scientifique et de revisiter sa trajectoire.

Depuis le temps, où tout petit, il voulait approcher les étoiles, Hector est fasciné par le mystère qui se cache derrière la nuit et surtout par les étoiles.

En ce temps-là on lui avait dit que les étoiles ne sont rien d’autre que les «apparences des âmes défuntes» et que leur vocation est de protéger les vivants.

Ce que révèle la nuit nous interroge sur un thème intemporel. Tant qu’il y aura des étoiles, nos questions quant à l’Au-delà seront sans fin.

Situé aux frontières de la poésie et du roman scientifique, le livre de Sylvie Blondel n'est pas dénué de suspense. Et ses nuits étoilées sont porteuses de lumière plus que d’obscurités...

 

 

 

 

 

 

Ce que révèle la nuit, roman, Pearlbooksedition, 150 pages.

* Le Fil de soie, nouvelles, Editions de L'Aire, 2010.