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24/05/2022

ANNIE ERNAUX ( 2)  LE JEUNE HOMME INATTENDU

C’était à la fin des années 90. 
Annie Ernaux, cinquante-quatre ans, allait se lancer dans l’écriture de L’EVENEMENT*
quand elle rencontra
 un étudiant de trente ans son cadet.
 
Ensemble, ils vécurent une très émouvante histoire d'amour.
L'histoire est devenu un livre-joyau,
soit la quintessence de son œuvre.

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«Je suis une femme qui écrit, c’est tout».

 

Le jeune homme habitait Rouen, la ville où Annie Ernaux avait étudié dans les années 60 et vécu les faits au cœur de ce roman. Après avoir entamé le récit de cette aventure, elle laissa de côté son manuscrit, embarquée sur d’autres continents littéraires, pour le reprendre par hasard trente ans plus tard.

«Si je ne les écris pas, les choses ne sont pas allées jusqu’à leur terme, elles ont seulement été vécues» écrit l’auteur en exergue de LE JEUNE HOMME.

 

L’écriture dépasse la vie

Sans ce jeune homme, issu d’un milieu populaire, fan de football et de littérature, peut-être Annie Ernaux ne serait-elle  pas retournée à sa vie d’étudiante à Rouen quand elle avait dix-huit ans…L’appartement d’A. donnait sur l’hôpital où l’écrivain avait été hospitalisée durant six jours suite à l’hémorragie consécutive à son avortement clandestin (c’était avant la Loi Veil).

«Il y avait dans cette coïncidence surprenante, quai inouïe, le signe d’une rencontre mystérieuse et d’une histoire qu’il fallait vivre». 

Aux côtés d’A., Annie Ernaux remonte à sa vie d’étudiante désargentée et au milieu populaire de son enfance.

«Avec lui, je parcourais tous les âges de ma vie, de la vie».

De la ferveur 

Ce jeune homme, l’écrivain l’évoque avec infiniment de tendresse et de respect. N’était-il pas «le porteur de la mémoire» de son premier monde? Ne lui avait-il pas voué «une ferveur» qu’elle n’avait jamais connue ?

Alors, elle sourit des regards choqués à la vision de leur couple, marchant librement, main dans la main sur la plage ou dans rues, en France ou sous d’autres cieux. Les «braves gens» sont-ils choqués par cette dame d’âge mûr amoureuse d’un jeune homme qui pourrait être son fils alors que les messieurs accompagnés de jeunes compagnes ne suscitent guère de curiosité?

Avec LE JEUNE HOMME, Annie Ernaux nous offre un véritable joyau et nous dévoile aussi la clé de son écriture. 

Un autre secret, a-t-elle confié l'autre soir à La Grande Librairie à François Busnel, est encore à révéler. Et donc à écrire ou plus probablement à en parachever le manuscrit en chemin.

 

 

* Editions Gallimard, 129 pages (réalisé au cinéma par Audrey Diwan en 2021, le film obtiendra le Lion d'Or à Venise et obtint le  César du meilleur film la même année à Cannes.

 

** Editions Gallimard, 40 p.

 

18:37 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Femmes, France, Lettres, Médias, Monde, Politique, Solidarité | Lien permanent | Commentaires (0) |

04/05/2022

SHEMSI MAKOLLI: ECRIRE L'INEXPRIMABLE

Le poète Shemi Makolli n'a pas oublié l'Albanie de ses origines.
A l'heure où l'Ukraine est en guerre, il vient de publier DEESSES PROFANEES.*  Soit une «Elégie aux vingt mille femmes albanaises violées par l'armée et la police serbes dans la guerre du Kosovo de 1998 à 1999».

 

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Préfacé par Bertil Galland, cet ouvrage trouve une profonde résonance en nous par sa sensibilité et la qualité de son écriture. Du Kosovo à l'Ukraine – n'oublions pas l'Afrique – , chaque guerre a ses victimes. Les femmes sont toujours les premières à subir les crimes de la soldatesque. 

Des femmes violées aux «bâtards» oubliés.
A juste titre, Bertil Galland se dit «très impressionné par le niveau musical et par l'actualité de la poésie de Shemi Makolli» qui signe ici son troisième recueil poétique à L'Aire.

L'auteur, éditeur et grand reporter observe que si, en Albanie, «beaucoup de femmes ont été tuées, d'autres, avec les bâtards d'une armée déchaînée, les enfants du viol, vivent encore ou vivront dans notre Europe, et tairont l'inexprimable».

Du Kosovo à l'Ukraine

Si Shemsi Makolli s'en veut de ne pas avoir su protéger les femmes de sa famille en ces temps obscurs (il était réfugié en Suisse), il a su écrire l'inexprimable. Ainsi a-t-il donné un visage et une voix au victimes du Kosovo et aussi à toutes les femmes violées des guerres et à leurs enfants. 

 

«A quoi sert ce retour?

Je n'apporte de réconfort à personne

Ni mots ni gestes miraculeux

Qui puissent soulager vos douleurs.»

 

D'une guerre à l'autre, n'attendons pas de miracles mais, en dépit des horreurs subies, la poésie qui est toujours salvatrice.

 

 

* Déesses profanées, Edititions de L'Aire, 64 pages.

Autres livres chez le même éditeur:  Elégie d'automne et L'anatomie du rêve.

 

15:42 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Femmes, Lettres, Monde, Politique, Résistance, Solidarité, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0) |