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06/07/2022

L'UKRAINE SECRETE DE CATHERINE AZAD

 Ukraine, mère secrète*, publié en 2005,
est demeuré intemporel.
Il importe de le lire maintenant
car ce récit nous éclaire
sur cette région du monde
depuis les années 90.

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Catherine Azad, chanteuse, musicienne, écrivain.

 

Née à Lausanne, Catherine Azad est fille d’immigrés russes. Avec son mari, le réalisateur Frédéric Gonseth, elle a sillonné dès 1991 et à de multiples reprises l’Ukraine et la Russie. Son récit s’étend sur plusieurs décennies depuis la Chute du Mur. Il comporte trois dimensions qui se rejoignent et se répondent.

Josiane et sa mère ukrainienne cinquante ans après

C'est d'abord l'histoire incroyable de Josiane, née à Bordeaux de mère ukrainienne inconnue. Un jour, après avoir vu sur une chaîne française un documentaire de Frédéric Gonseth (sur le thème des prisonniers soviétiques durant la Deuxième Guerre mondiale en Allemagne), elle lui écrivit une lettre comme on jette une bouteille à la mer. La Française le suppliait de l’aider à retrouver sa mère.
Josiane avait attendu la mort de ses parents adoptifs pour partir à la recherche de sa mère biologique ukrainienne. Catherine Azad et son mari disposaient d'un large réseau en Ukraine. Grâce à leurs amis, ils finirent par retrouver la mère qui, malgré ses recherches, n'avait pas revu sa fille depuis cinquante ans. L''empathie et la générosité du couple produisirent un miracle que nous ne vous révélerons pas ici.
Savoir que 
Catherine Azad n'a jamais oublié l’instant où Maria Chevtchenko retrouva sa fille.
L'’image de cette mère courant vers son enfant» la suppliant: «Pardonne-moi, pardonne-moi» l'hypnotisa.

«Les images qui suivirent m’habiteront pour toujours» écrit-elle dans Ukraine mère secrète.

Pour des raisons dues aux revirements de Josiane et Maria, les réalisateurs décidèrent de laisser leur film dans des cartons. Si ce documentaire laissé en plan a laissé un goût amer pour eux, un livre est né: Ukraine, mère secrète précieux à tous égards.

Catherine Azad l'artiste russe

La deuxième histoire est celle de Catherine Azad, dont le père russe l'abandonna à sa naissance. Lui aussi, ex-prisonnier de guerre, avait été abandonné à Moscou par sa mère.
Catherine le rencontra pour la première fois* à l'âge de sept ans. 
A Lausanne, où sa mère et sa grand-mère, russes elles aussi, avaient émigré, Catherine baigna jusqu’à l'âge adulte dans le carcan de la diaspora slave. Son grand- père maternel avait été victime de la répression bolchevique.

Les anciens prisonniers soviétiques

La troisième histoire est celle des anciens prisonniers soviétiques souvent méconnue. Lors de leur séjour en Ukraine, accompagnant Josiane, Catherine et Frédéric poursuivent le montage de leur film sur Les missions sanitaires suisses au Front de l’Est. Ils y soulignent le rôle peu glorieux que la Suisse joua en soutenant notamment la Wehrmacht. Ils aimeraient que l'on n'oublie pas qu'Hitler extermina 3.3 millions de prisonniers soviétiques. Un film leur rendit hommage: Mission en enfer** qui sortit dans les salles suisses en 2003.

L’Ukraine dès 1990

L'histoire immuable qui habite le récit de Catherine Azad est celle de l'Ukraine. L'auteur se souvient «des larges artères de la capitale complètement désertes et des miliciens qui siphonnaient leur réservoir pour leur propre compte». C’était au début des années nonante. Dix ans plus tard, «tout a bien changé. Aux heures de pointe, la cité est engorgée de véhicules comme partout ailleurs dans le monde».

L'auteur ajoute: «La corruption suinte de partout et gangrène les idéaux des poètes les plus purs…».

Mais aussi: «Les Ukrainiens ont cette compassion instinctive des peuples habitués à la souffrance».

En 2005, Catherine et Frédéric sont à nouveau à Kiev. Ils y effectuent un repérage pour un nouveau film sur la révolution orange en Ukraine.
Huit ans plus tard, soit deux semaines avant le deuxième Maïdan, les deux réalisateurs viennent présenter à Kiev leur film Baguette Magique au festival Molodist.

Ce mois de juillet 2022, Catherine Azad nous dit: « Et tout comme la guerre d’Ukraine aujourd’hui, personne n’aurait imaginé l’imminence de cette deuxième révolution la veille…»

Nous ne ressortons pas indemnes de la lecture de ce récit. Il nous interpelle longtemps après que nous l'ayons terminé. Par les mots: «abandonner», «mère», «père», «Russie», «Ukraine», «prisonnier», qui nous ébranlent plus que jamais en ces temps de guerre.

 

 

 

* Ukraine, mère secrète, Editions de L’Aire, 234 pages, 2005.

** www.fgprod.ch/textesetsons.html. (pour mieux connaître les films de Frédéric Gonseth et Catherine Azad.

*** Des années plus tard, c'est la fille de Catherine et Frédéric, Sémira, qui renoua les liens avec le grand père émigré dans l’ouest canadien. Et sa mère, Catherine, elle aussi retrouva son père.

18:11 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Femmes, France, Lettres, Médias, Monde, Solidarité, Suisse, Vaud, Voyages | Lien permanent | Commentaires (0) |

27/06/2022

MICHEL PETROSSIAN: PREMIER LIVRE ET GRAND PRIX

C’est un jour de 2020 que le compositeur français
d’origine arménienne est devenu écrivain.

Plus précisément le 21 septembre, au moment
où la guerre éclata dans le Haut-Karabakh (Artsakh). 

 Appuyés par la Turquie, les Azéris
décidèrent de récupérer
une région peuplée à 80% d’Arméniens.

Alors ce natif d’Erevan, commença un Journal polyphonique qui est devenu Chant d’Artsakh*, son premier livre.

 

Un livre profond et original qui, le 12 juin, s’est vu décerner à Paris le Prix  littéraire de l’œuvre d'Orient 2022. Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuel de l'Académie française et présidente du Jury le qualifia «d’œuvre extraordinaire» à la fois littéraire, musicale, scientifique», en somme d’«une sorte d’oratorio».
Le lecteur y ressent la fierté de l’Arménien et aussi son amertume face à l’indifférence de la communauté internationale à l'égard des Arméniens.

Extraits d'un récit pas comme les autres

Voici quelques extraits de ce livre que j’ai aimé.

 21 septembre 2020, Michel Petrossian écrit:

«L’Arménie n’est peut-être pas grand-chose. Ce n’est pas une puissance économique, et l’œil avide d’un commercial glisse avec indifférence sur ses courbes frêles…

L’Arménie, c’est la rose mystique, celle qui est sans pourquoi».

1er octobre: «Les faits sont terribles: l’Arménie, le plus vieux pays chrétien du monde, est attaquée par l’amicale internationale djihadistes, coordonnée par la Turquie en Azerbaïdjan».

4 octobre: «L’Arménie est massacrée, personne ne bouge».

11 octobre: «Depuis deux semaines tout en moi pleure».

27 novembre: «Les Assyriens, les Yézidis, et même les Kurdes n’intéressent pas grand monde. Pas assez glamour, n’ayant ni masse critique, ni puissance de frappe, sans diaspora bien installée, ils sont piétinés tranquillement, priés de mourir sans bruit et de patienter en attendant, car il y a autre chose à la télé. Il n’y a surtout personne».

9 décembre:

«Je suis à Stepanakert. Si je vous racontais tout ce que j’ai vu et vécu, vous pleureriez en continu…je ne pourrai pas dire le centième  de ce que j’ai vu et vécu ici».

18 décembre:

«Bien que portant, chacun de nous, un univers fait de joies et de blessures, nous approchons du monde avec bienveillance et ouverture».

19 décembre:

«L’Arménie.

L’ignominie du temps et la lâcheté du monde ont fait que ce pays ancestral et ancien, beau et digne, dépecé moultes fois, ait été amputé d’une grande parte de son territoire historique».

Artsakh est un récit poétique et de réflexion traversé par Aram Khatchatourian et le peintre martyr Martiros Sarian. 

Par Chopin, la Suède, le Danemark, Ingmar Bergman, Andersen, Kierkegaard, Soulages, Char, Debussy et Baudelaire.

Mais encore, parce que  Michel Petrossian n'est pas confiné à l'Arménie, par  l’Egypte et la Terre Saint, tant d'autres horizons que le compositeur-auteur a bien connus et dont il a appris les langues.

Chant d’Artsakh vous emmènera bien au-delà de l’Arménie et c'est un grand enrichissement. 

 

Photo Petrossian.jpeg

Lauréat de nombreux prix internationaux dans le domaine de la musique,

Michel Petrossian a obtenu, avec son premier livre, un important prix littéraire français.

 

 

 

 

 

 

 

* Editions de L’Aire, 2021, 171 pages.

14:52 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Fiction, France, Lettres, Monde, Résistance, Solidarité | Lien permanent | Commentaires (0) |