ID de suivi UA-65326999-1

06/02/2015

RENE CHAR: CRIER SINON LE MONDE SE TAIT...

Tout est en route, à jamais».

 

 Andrée Chedid

 

LE TERME EPARS

Char.jpg


«Si tu cries, le monde se tait: il s'éloigne avec ton propre monde.

 

Donne toujours plus que tu ne peux reprendre. Et oublie.
Telle est la voie sacrée.

 

Qui convertit l'aiguillon en fleur arrondit l'éclair.

 

La foudre n'a qu'une maison, elle a plusieurs sentiers.
Maison qui s'exhausse, sentiers sans miettes.

 

Petite pluie réjouit le feuillage et passe sans se nommer.


Nous pourrions être des chiens commandés par des serpents,
ou taire ce que nous sommes.

 

Le soir se libère du marteau, l'homme reste enchaîné à son cœur.

 

L'oiseau sous terre chante le deuil sur la terre.

 

Vous seules, folles feuilles, remplissez votre vie.

 

Un brin d'allumette suffit à enflammer la plage où vient mourir un livre.


L'arbre de plein vent est solitaire. L'étreinte du vent l'est plus encore.

 

Comme l'incurieuse vérité serait exsangue s'il n'y avait pas
ce brisant de rougeur au loin où ne sont point gravés le doute
et le dit du présent.


Nous avançons, abandonnant toute parole en nous le promettant».

 

 

 

* In Le terme épars, Le Nu perdu et autres poèmes (1964-1975), Gallimard.

 

04/06/2014

SYRIE: LA MORT DE HAMZA BIS REPETITA

Voici bientôt trois ans, je publiais sous ce blog, un poème dédié à Hamza. Ce jeune Syrien avait été torturé à mort par les sbires de Bachar el Assad  à Deraa. Il fut le premier. Son petit corps portait des traces de tortures immondes. Ses parties génitales avaient été supprimées. 
En 2011, le nombre de morts dus à cette interminable guerre civile comptait 1500 personnes tandis que plusieurs dizaines de milliers d'autres étaient portés «disparus». 

Aujourd'hui, ils sont cent fois plus nombreux, morts et enterrés à la va-vite. Ajoutez-y les réfugiés syriens du Liban, de Jordanie, de Turquie, d'Europe et qui n'auront pas accompli leur devoir de «citoyens»…Pour eux la vie s'est transformée en un cauchemar interminable. Dois-je dire qu'ils ne comptent plus sur une aide «occidentale», qu'ils n'ont plus confiance en nous ?

 

T R E I Z E   A N S,

M I L L E  A N S…


Hamza.jpg

Hamza en 2011 avant d'avoir été torturé à mort par l'armée de Bachar.

 

 

«Le temps

juste le temps

de jouer à la marelle

sur le sol en terre battue

devant la maison à Deraa.

 

Le temps

juste le temps

de humer le parfum

des pistachiers du jasmin

dans les jardins de Deraa.

 

Treize ans…

Le temps

juste le temps

de savourer les galettes de «zatah»

et le hommos de sa mère

qui lui disait si souvent: «aya bibi!»

 

Treize ans

Le temps

juste le temps

d'aimer et d'admirer

ce père qui savait le protéger.

 

Sauf ce jour de folie

où les moukhabarat de Bachar

transformèrent son corps d'enfant

en hématome géant

 

Hamza ne leur avait pourtant rien fait

Il ne leur avait rien dit.

 

Avec les grands, à Deraa

il rêvait seulement de pain

et aussi de liberté

 

A treize ans

Hamza sera parti au Paradis d'Allah

sans avoir eu le temps de voir la Liberté

fleurir dans son pays».