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15/09/2013

GHASSAN TUENI: DU LIBAN AU COLLEGE DE FRANCE

Il nous a quittés il y a un peu plus d'un an. C'était le 8 juin 2012.
Un colloque vient très opportunément nous rappeler l'itinéraire
de ce «Libanais d'exception».
 
Organisé par la Fondation Ghassan Tuéni,
en collaboration avec le Collège de France et le Fondation Farès,
ce colloque se tiendra le 26 septembre au Collège de France. 

 

Pour nous, ce grand intellectuel et humaniste, qui fut journaliste, éditeur, écrivain, député et ministre était beaucoup plus qu'un «Libanais d'exception». Il fut surtout la conscience incorruptible de ce pays victime de «la guerre des autres» et qu'il aurait pu conduire sur le chemin de la démocratie et subsidiairement le sauver ce qui ne serait pas rien.


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La conscience incorruptible du Liban.


Photo: An Nahar

 

Seule son appartenance à la religion grecque-orthodoxe l'aura empêché, de par une Constitution obsolète, d'accéder à la Présidence de la République. Alors – et les Libanais de toutes classes le disent sans hésitation –, les choses auraient pu être différentes. Le Liban et le Moyen-Orient ne seraient pas dans un état de déliquescence. Car Ghassan Tuéni était un «Monsieur» raffiné mais toujours proche des humbles. Il n'appartenait pas à la race des politiciens aussi vulgaires qu'opportunistes et corrompus. Légendaire, son intégrité était absolue.

 

Les vertus du dialogue

L'homme de l'incessant dialogue qui plaida pour la «convivence» entre les différentes communautés n'aura malheureusement pas été écouté. Mais il ne sera pas dit qu'il se sera battu pour rien.

La Fondation Ghassan Tuéni continuera à marteler sans fin son message de paix et de tolérance. Son épouse, Chadia Tuéni, consacre une belle énergie à celui qu'elle aima et admira et dont elle partage les valeurs.

Ses petites-filles, Nayla et Michèle, n'ont pas oublié la vie de l'homme d'honneur que fut leur grand-père. Quant à Marwan Hamadé, frère de la poète Nadia Tuéni, rescapé d'un attentat commis en 2004 – drame qui meurtrit profondément Ghassan Tuéni –, il ne semble pas qu'il soit prêt à capituler face à ceux qui ont voulu le faire taire* et qui ont tué son neveu, Gibran, en 2005.

 

Les deux facettes d'un colloque

Le colloque Ghassan Tuéni, qui sera présenté par Henry Laurens, professeur au Collège de France, et par l'historien Gérard D. Khoury, sera composé de deux séances suivies de débats.

La première, qui durera de 10 à 13 heures, présidée par Gérard D. Khoury, traitera de Ghassan Tuéni homme politique et diplomate.

Karim Bitar, directeur à l'IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques, Paris) évoquera l'itinéraire de Ghassan Tuéni en politique et Leila Chahid de son rapport avec la Palestine. Pour sa part, Nassif Hitti, porte-parole du Secrétaire général de la Ligue arabe traitera de la diplomatie multilatérale au service du Liban et plus particulièrement de la résolution 425** du Conseil de Sécurité due à Ghassan Tuéni. La même résolution sera aussi traitée par Henry Laurens.

 

L'homme de culture et de foi

Dans l'après-midi, c'est un autre aspect de la personnalité de Ghassan Tuéni qui sera examiné, sous la présidence d'Henry Laurens: L’homme de culture et de foi. Sans doute la spiritualité et la culture auront-elles permis à ce père, orphelin de ses trois enfants, veuf de Nadia Tuéni, de transcender une vie marquée par la tragédie.


Tarek Mitri, représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies parlera de l'homme de culture et Carol Saba, avocat à la Cour, s'attardera sur l'homme de foi. Eugene Rogan, qui enseigne l'histoire moderne du Moyen-Orient à Oxford, émettra les réflexions sur Ghassan Tuéni émanant de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis.

Le député et ex-ministre Marwan Hamadé retracera le combat de l'homme de presse que fut son beau-frère si intimement fraternel.

Quant à Andréa Ricardi, fondateur de la Communauté de Sant’Egidio, et qui a connu Ghassan Tuéni, il apportera un témoignage personnel qui devrait apporter un précieux éclairage sur ce grand Libanais que nous pouvons toujours relire, puisque les livres ne meurent jamais.

 

 Le Dialogue de l’avenir

 «Ce qu'il nous faut, c'est de véritables cités communes, bâties autour du dialogue perpétuel; un dialogue dans la convivialité de l'esprit, où nous pourrions nous comprendre, nous faire confiance et nous orienter vers une même transcendance.Tel sera le Dialogue de l'avenir, ou ne sera pas». (Ghassan Tuéni lors d'un colloque tenu le 30 mai 2000 à Paris).

 

Des livres

Laissez vivre mon peuple! Librairie d’Amérique et d’Orient Jean Maisonneuve, 1984.
Une guerre pour les autres, Éditions JC Lattès, 1985. Réédité par les Editions Dar An-Nahar, 2004.

 

Un siècle pour rien (dialogue à trois voix avec Jean Lacouture et Gérard D. Khoury) Éditions Albin Michel, 2002.

Enterrer la haine et la vengeance, Éditions Albin Michel, 2009.


 

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Ghassan Tuéni est estimé et aimé par tous les milieux de la société libanaise. En automne 2012, des écoliers de Beyrouth lui avaient rendu hommage par le texte et l'image.

Photo, copyright: gf

 

* Neuf ans après la tentative d'assassinat dont il fut victime, le procès devrait reprendre le 14 janvier 2014 à La Haye de même que celui qui a visé Rafic Hariri. 

 

** Adoptée le 19 mars 1978, cinq jours après le déclenchement par Israël de son Opération Litani sur le territoire du Liban, cette résolution créa la Force intérimaire des Nations unies au Liban. Il s'agissait de s'assurer du retrait des forces israéliennes  et de permettre la sécurité à la frontière tout en aidant le gouvernement libanais à restaurer son autorité effective dans le sud de son territoire.

 

 

Pratique

11, place Marcelin Berthelot, Paris V.

 

 

13/04/2013

GHASSAN TUENI: L'HUMANITE EST UNE ET MONDIALE

 Ghassan Tuéni nous a quittés il y a bientôt un an, le 8 juin 2012.
Mais il nous accompagne toujours.
A l'initiative de l'Institut du monde arabe et de la Fondation Ghassan Tuéni, un colloque lui sera consacré le vendredi 26 avril à Paris.*
Modéré par l'historien Gérard D. Khoury cet hommage sera animé
par
 Amin Maalouf de l’Académie française, l’ambassadeur Nassif Hitti, 
porte-parole du secrétaire général de la Ligue Arabe
et par l’ancien ministre
Marwan Hamadé. 
En prélude à ce colloque, voici quelques citations** de celui qui était 
«la conscience incorruptible du Liban» et un visionnaire.

 

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Pour Ghassan Tuéni, «les sociétés les plus diverses sont dans la recherche de la liberté, du bonheur et de la justice».

 

«La civilisation n'est pas tributaire de puissance, mais d'un esprit, d'une contribution au temps qui lui assure une pérennité dans l'espace historique. Confondre puissance et civilisation, c'est ignorer que l'être – l'exister – n'est ni facteur de force, ni son synonyme ontologique»

 

«Face aux guerres de religion – expression extrême mais combien illusoire du choc des civilisations –, il y a la communion constante des sociétés les plus diverses dans la recherche de la liberté, du bonheur et de la justice. Seule cette recherche exprime la beauté de l'être, puisqu'elle le préserve en chacun de nous au lieu d'aspirer à le détruire. Car l'être, c'est aussi le miroir de l'autre».

 

 «Au-delà du pouvoir, l'héritage culturel perdure quand s'effrite la puissance. Les cultures ne s'annulent jamais: bien au contraire, elles s'enrichissent l'une l'autre perpétuellement. Elles nous mènent vers la sereine conviction que l'humanité est une et mondiale».

 

«Oui, donc, à une mondialisation de la culture, mais non à une brutalisation du patrimoine spirituel qui enrichit l'humanité. Oui, au dialogue vecteur de synthèse, mais non à l'absolutisme fanatique, destructeur des aspirations, de l'esprit et de l'intelligence de l'autre. Tout dialogue qui ne relève pas d'une phénoménologie de l'unité humaine est un péché contre le sens même de la raison».

 

«Pour éclairer la société internationale dans sa recherche de la paix et la nécessité d'y accéder, je ne trouve de meilleure lecture que l'opuscule d'Emmanuel Kant intitulé Zum ewigen Frieden: un traité pour la Paix perpétuelle. Un livre souvent ignoré, qui définissait prophétiquement, en 1795, la paix perpétuelle comme un impératif moral catégorique.»

 

«En ces temps de mondialisation, ne nous faut-il pas réinventer la démocratie pour sauver «l'espérance de l'Humanité» ? 
Une démocratie des peuples à l'échelle universelle, et que guidera
une science inspirée par la philosophie de l'esprit et non par les arithmétiques de la matérialité».

 


A lire

Une guerre pour les autres, Paris, Éditions JC Lattes, 1985.
Un siècle pour rien. Le Moyen-Orient arabe de l'Empire ottoman à l'Empire américain, avec Jean Lacouture et Gérard Khoury (Albin Michel), 2002. 
Enterrer la haine et la vengeance : une vie pour le Liban, Paris, Albin Michel, 2009.

 


1, rue des Fossés Saint-Bernard - Place Mohammed V (5 me arrondissement). 

Entrée libre dans la limite des places disponibles. 


** In Dialogues et péchés d'empire, ESPRIT, mai 2003.