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10/09/2021

MA VIE DE KURDE: UN LIVRE INTEMPOREL

  Après avoir été publiée en 1982
aux Editions Pierre-Marcel Favre,
puis rééditée chez Labor et Fidès, en 1993,
 
Ma vie de Kurde*
,
de Noureddine Zaza, était en rupture de stock.

Cet ouvrage demeuré intemporel 
vient d'être réédité 
en Suisse aux Editions du Tigre.
Il nous aide notamment à mieux comprendre
le Moyen-Orient.

Si l'autobiographie de l’écrivain et leader politique kurde Noureddine Zaza est un témoignage personnel implacable, il nous éclaire aussi sur l'Histoire de cette région du monde où l'auteur a vécu de l'Empire ottoman au kémalisme, de l'Irak sous la tutelle britannique à la Syrie et au Liban sous le Mandat français. En relisant Ma vie de Kurde, nous découvrons que ces Etats portaient déjà en germe les guerres et soubresauts qui n'ont pas fini d'agiter le Moyen-Orient actuel.

Un Kurdistan sur le modèle suisse

Trente-trois ans après le décès de son auteur, ce récit demeure intemporel.
En effet, Noureddine Zaza y retrace non seulement la question des Kurdes – le plus grand peuple au monde sans Etat dont il voyait la réalisation calquée sur le modèle helvétique – mais encore toute l'Histoire du Moyen-Orient où il a vécu et subi les persécutions jusqu'à une condamnation à la peine de mort à Damas. Alors ses amis de Suisse, où il avait accompli ses études, se mobilisèrent pour le faire échapper à la potence. Leurs pétitions déployèrent leurs effets et Noureddine Zaza eut la vie sauve. En 1970, il obtiendra l'asile politique et huit ans plus tard la nationalité suisse.

Un modèle d'intégrité
Docteur en pédagogie de l’Université de Lausanne et premier Président du Parti démocratique kurde de Syrie, Noureddine Zaza n’accepta jamais l’humiliation et lutta sans cesse pour l’accès aux libertés les plus élémentaires de son peuple et de toutes les minorités discriminées en Syrie et dans le monde.

Décédé d'un cancer en 1988 à Lausanne, il repose au cimetière de Bois-de Vaux où les Kurdes sont nombreux aujourd'hui encore à venir réciter ses poèmes, chanter et déposer fleurs et messages sur sa tombe où un proverbe kurde attend les visiteurs.

«Le monde est une rose sens-la

et passe-la à tes amis».

 

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Noureddine Zaza en 1982

photo: O. R.

 

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MA VIE DE KURDE vue par

HINER SALEEM, réalisateur

«MA VIE DE KURDE est un texte magistral, un engagement dans le plus noble sens pour la cause de son peuple. Une soif de liberté qui concerne tous les hommes et pour cela, il est universel».

HAMIT BOZARSLAN, politologue

«Engagement militant et distance critique, défense d’un peuple, d’une langue et d’une culture menacés, universalisme et humanisme enjambant les siècles et les continents… La «vie de Kurde» de Noureddine Zaza témoigne de la brutalisation du Moyen-Orient tout au long du XX me siècle, mais invite aussi à en envisager l’avenir dans le respect de ses pluralités ethniques, religieuses et politiques».

BERTIL GALLAND, écrivain et journaliste

«Ses arrestations, ses fuites, ses prisons, les tortures qu'on lui inflige font de Ma vie de Kurde un livre d’aventure qui couple le souffle…Dans cet excès de violence, ne semblent jamais s’effacer en ce livre la tendresse et le goût des noisettes, des raisons et des figues».

 

MICHEL VERRIER, Le Monde diplomatique

«Ma vie de Kurde relate une grande aventure humaine: le parcours d’un homme, écrivain et leader politique, qui a tout sacrifié à la cause kurde, qui a souffert dans son esprit et dans sa chair afin que son peuple puisse jouir des droits politiques, culturels et humains les plus élémentaires».

 

 Enrichie de photographie inédites et d'une chronologie du Moyen-Orient dans sa globalité, cette troisième édition sera présentée le samedi 16 octobre à l'Institut kurde de Paris en présence de la famille de Noureddine Zaza et du politologue Hamit Bozarslan.

 

 

 

 

 

 

 

 

* Disponible dans toutes les bonnes librairies et chez l'éditeur:

https://editionsdutigre.com    editionsdutigre@gmail.com

** Revoir l'entretien réalisé par Gérald Mury sur la TSR 

www.rts.ch/archives/tv/culture/visiteurs-du-soir/10353430-ma-vie-de-kurde-noureddine-zaza.html

 

18/05/2021

ISRAËL-PALESTINE: YEHUDA ET MAHMOUD

Mon coeur se déchire à la vision des scènes de violence
qui défigurent aujourd'hui Israël et la Palestine. 
Rappel de quelques dates gravées dans ma mémoire.

En septembre 1967, trois mois après la Guerre des Six Jours, à Jérusalem Est, j’avais sympathisé avec des Palestiniens chrétiens qui devinrent Israéliens après avoir été Jordaniens. J’avais aussi cueilli des pommes au kibboutz de Kfar HaMacaby au-dessus de Haïfa. 
En 1969, à Beyrouth, sous la houlette de l’UNRWA, j'ai «visité» des camps de réfugiés palestiniens où la plupart croupissaient depuis 1948. 
Ils se demandaient s'ils reverraient un jour la maison qu’ils avaient dû abandonner en quelques heures.
En juin 1970, à Jérusalem, j'étais allée interviewer Golda Meir, alors Premier Ministre. Au terme d'un long entretien, je lui avais rapporté ce que j’avais vu «de l’autre côté» (Liban, Jordanie). Elle avait demandé à un officier de me conduire au kibboutz de Kiryat Shmona, près de la frontière libanaise. Les enfants logeaient dans les abris souterrains quand les fedayin les attaquaient du sud-Liban qu’ils avaient occupé. 
Vers 1989, à Flüeli Ranft, le village de Sant-Nicolas de Flüe, j’avais participé à un colloque réunissant Juifs et Arabes de Suisse et d’Israël. Tous croyaient à la paix et y œuvraient concrètement. Un Israélien avait même fondé un kibboutz réunissant Juifs et Arabes.
En ce mois de mai 2021, le projet de deux Etats, Israël et Palestine, cohabitant harmonieusement s’est temporairement évanoui. 
Deux poètes, l’Israélien Yehuda Amichaï et le Palestinien Mahmoud Darwich, tous deux disparus, ont lutté inlassablement pour que la Paix règne enfin sur cette terre à la fois juive, musulmane et chrétienne. Il faut les lire pour saisir que la connivence entre eux fut, est et qu'elle renaîtra.

 

UN BERGER ARABE

par Yehuda Amichaï*

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«Un berger arabe cherche sa chèvre sur le Mont Zion

Sur la colline d’en face je suis à la recherche

de mon petit garçon

 

Un berger arabe et un père juif

tous deux dans leur perte provisoire…

Nos deux voix se rencontrèrent au-dessus

de la Piscine du Sultan dans la vallée qui nous séparait

 

Aucun de nous ne veut que son garçon ou la chèvre

ne soit pris dans les rouages de la Had Gayah.

Après nous les trouvâmes au milieu des buissons

et nos voix rentrèrent en nous,

 

Rires et pleurs.

Chercher une chèvre ou un fils

a toujours été le commencement

d’une nouvelle religion dans ces montagnes.»

 

(1980, traduction Anne Loiseau d’après l’anglais, in Anthologie personnelle Actes Sud, hors collection 1992).

* Yehuda Amichaï (1924, Wurtzbourg, Allemagne-22 septembre 2000, Jérusalem).

 

 

LA PALESTINE EST BELLE – OUI LA PALESTINE EST BELLE

par Mahmoud Darwich**

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«Variée riche – riche en histoire

C'est une terre de mythes

de pluralismes

et elle est fertile malgré le manque d'eau

elle est modeste aussi

la nature y est modeste

c'est un pays simple

 

Voici la terre de mon poème

et dans ces terres je me sens un peu étranger

il est vrai que l'on peut se sentir étranger

même dans son propre miroir

il y a quelque chose qui me manque

et ça me fait mal

je me sens comme un touriste

sans les libertés du touriste.

 

Etre en visite me mine,

quoi de plus éprouvant que se rendre visite à soi même…»

 

Extrait d'un documentaire «Mamhoud Darwich : Et la terre comme une langue» de Simone Bitton. Les livres de Mahmoud Darwich, dans leur traduction en français, ont été publiés chez Gallimard et Actes Sud.

** Mahmoud Darwich (1941, Al-Birwa, Palestine– 2008, Houston)