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23/06/2015

PHRASES LUES (14) PAROLES DE SAGES

Ces temps nous interrogent sur des points essentiels:
la surconsommation est-elle compatible avec le bonheur,
la mondialisation avec la démocratie ?
Dans la riche Bibliothèque d'une maison-amie,
au cœur de l'arrière-pays niçois,
nous avons trouvé de bienfaisantes paroles de sagesse.

 

KAMAL JOUMBLATT (politicien, philosophe druze, Liban, 1917-1977).   

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«J’estime qu’il faut vivre modestement car, finalement,

c’est la vie simple qui fait la joie…

Je ne crois pas en cette société absurde et laide de consommation.

L’argent devient un microbe pernicieux

s’il ne contribue pas à aider les autres».

 

PIERRE RABHI (agriculteur et philosophe, 1938).

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« Il nous faudra répondre à notre véritable vocation,

qui n'est pas de produire et de consommer jusqu'à la fin de nos vies,

mais d'aimer, d'admirer et de prendre soin de la vie sous toutes ses formes».

 

 

 

Ghassan Tuéni (éditeur, écrivain et politicien libanais, 1926-2012).

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«En ces temps de mondialisation, ne nous faut-il pas réinventer la démocratie
pour sauver «l'espérance de l'Humanité» ? 

Une démocratie des peuples à l'échelle universelle,
et que guidera 
une science inspirée par la philosophie de l'esprit
et non par les arithmétiques de la matérialité».


 

Roger Godel* (médecin et penseur français 1898-1961).

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Ici avec son épouse, Alice Godel, poète et mère d'Andrée Chedid.

 

 

«Il n'y a pas d'autre science, au sens vrai du terme,

que la science de l'amour»…

 

Des livres

Kamal Joumblatt: Pour le Liban, Editions Stock, 1978.

Pierre Rabhi: Vers la sobriété heureuse, Actes Sud, 2010.

Ghassan Tuéni: Enterrer la haine et la vengeance, Ed. Albin-Michel, 2009.

Roger Godel: Un compagnon de Socrate, Éditions Flammarion, 1992.

 

 

* Roger Godel aura une influence prépondérante sur la pensée et le vie de Kamal Joumblatt.  Né en 1898 à Londres,  il fut médecin-chef de la Compagnie du Canal de Suez. Ce philosophe fut passionné par Platon et par l’Inde où il séjourna à de multiples reprises avec Kamal Joumblatt ainsi qu'avec l'orientaliste français Jean Herbert.

Le Dr Roger Godel a en outre préfacé l'ouvrage de Robert Linssen intitulé De l'amour humain à l'amour divin et dont l'avant-propos fut signé Jean Herbert, un proche ami de Nikos Kazantzaki...

 

26/05/2015

CLAUBE B. LEVENSON: LE SECRET

Elle  avait écrit vingt-cinq livres dont une quinzaine sur le Tibet
et deux sur le bouddhisme
qui furent traduits en une vingtaine de langues.

Elle était une proche amie du dalaï-lama.

Disparue en 2010, Claude B. Levenson était à la fois érudite – maîtrisant une dizaine de langues – et modeste, douce et obstinée.
Nous qui l'avons aimée et admirée découvrons aujourd'hui

que l’amie des poètes avait un  secret.
Son mari, Jean-Claude Buhrer, nous le révèle dans l’avant-propos de
Ainsi parle le dalaï-lama* qui vient d’être réédité.

 

 

Paru une première fois en 2003, aux Editions Balland, Ainsi parle le dalaï-lama est le fruit de longs entretiens que Claude B. Levenson, cette «imprégnée de bouddhisme», a poursuivis avec le défenseur de la cause tibétaine durant près de trente ans. La première fois, ce fut à Paris, en 1984. L’écrivain fut d’emblée conquise par cette personnalité rayonnante qui prônait inlassablement, pour les Tibétains et pour le monde, la voie de la non-violence. Elle dialogua avec lui à Dharamsala et à Genève, mais encore à Rome, Londres, Assise, Paris et Strasbourg.

Dès 1985, avec son mari, l’auteur et journaliste Jean-Claude Buhrer, elle se rendit une douzaine de fois au Tibet. Jusqu'au jour où, en 2006, le couple fut soudain déclaré persona non grata sous le prétexte de «proximité avec les séparatistes tibétains».

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 Claude B. Levenson, «l'amie sûre du Tibet», selon les mots du dalaï-lama.

 

 

Le Tibet découvert à Moscou

Mais comment cette Parisienne a-t-elle connu le Tibet et le bouddhisme ? Pupille de la nation, elle bénéficia d’une bourse qui l’amena à l’Université Lomonosov de Moscou.

C’est là, dans les années 50, qu’elle se lia à de jeunes Bouriates et Kalmouks qui l’initièrent au bouddhisme tibétain dont ils étaient des adeptes. A la même époque, rencontrant des rescapés du Goulag, Claude Levenson découvrit la véritable face du communisme qui était encore méconnue en Europe. On ne voulut pas la croire, à Paris. Claude apprit à se taire comme elle l’avait fait dans son enfance.




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Claude B. Levenson parmi les Tibétains: sereine, heureuse.


photo: Jean-Claude Buhrer

 


A trois ans, elle cesse de pleurer

Un jour de 1941, à Paris, Claude avait trois ans quand, informée par un voisin, la milice frappa à la porte du domicile familial. Son père fut arrêté. La petite fille ne le revit jamais. L'ingénieur fut transféré à Drancy et assassiné à Auschwitz le 20 avril 1942.

Claude fut cachée dans une famille de paysans de la Niève tandis que sa mère s’engageait dans la Résistance. 

«Depuis l'âge de trois ans, écrit son mari dans sa préface, Claude n’avait plus jamais pleuré…» 

 

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Le dalaï-lama serrant dans ses bras
Claude B. Levenson  accompagnée de son époux, Jean-Claude Buhrer.
C'était lors d'un voyage commun en Croatie, en 2002.


A la source d’un déni

A quelques rarissimes exceptions, elle n’avait plus jamais évoqué ce drame familial comme elle avait caché son origine juive.

Tout juste disait-elle: « J’ai été une enfant de la guerre…»

 

Dans les archives de son épouse, Jean-Claude Buhrer a trouvé plusieurs textes inédits. L'un d'eux évoque cette époque de la disparition du père et de la vie clandestine dans la Nièvre. Buhrer, qui l'avait épousée en 1964, en ressorti bouleversé.
Sans doute cette douleur fut-elle trop insoutenable pour être dicible et partagée.

 

Devenue sinologue et tibétologue, Claude B. Levenson s'imprégna peu à peu du bouddhisme.

Elle disait, rappelle son mari: «Une fois saisi, compris et accepté que tout ce qui existe est sujet à la naissance, la transformation et l’extinction, c’est-à-dire l’impermanence, la vie devient une expérience dont nul, certes, ne sort indemne, mais qui vaut certainement d’être vécue…»


Claude B. Levenson trouva-t-elle dans le bouddhisme une réponse à l'Inconsolable ?

Peut-être son témoignage inédit sera-t-il un jour publié. Ce livre-là nous donnerait enfin les clés d’un déni assumé quasiment jusqu’à la fin. Après les ouvrages de Jorge Semprun et de Boris Cyrulnik, le livre de Claude B. Levenson nous éclairerait aussi sur les réactions complexes de l'être humain confronté à l'Horreur.


 

 

 

 

* Albin Michel (collection spiritualités vivantes), 273 p.