ID de suivi UA-65326999-1

02/10/2013

PHRASES LUES (10) LE BONHEUR EXISTE

Dans une récente interview accordée à une journaliste suisse,
mon confrère Alain Campiotti m'a bousculée par la brutalité
d'une phrase
:

«Je ne sais pas ce que c'est le bonheur»... 

Or, relisant  Fontaine blanche*, le livre dont il est le co-auteur, je l'ai saisi en plein délit de contradiction.

Il y a quelques années, le grand reporter était à Maaloula. «Sans l'avoir cherché», il arrive au monastère de Mar Takla. «Des nonnes, sur un toit blanc, nettoient de grands tapis multicolores. Il les regarde faire d'en haut, accoudé à un muret, séduit par leur grâce, sans qu'elles le voient…
De l'autre côté, le chemin monte à gauche jusqu'à une petite route qui longe le bord de la falaise à laquelle est accroché le village, jusqu'à Saint-Serge, l'autre couvent.


Un coeur gros comme une pomme


Pas un chat. Dans la minuscule chapelle sombre, il fait pour la première fois de sa vie ce qu'on semble lui demander, prend deux cierges et les plantes allumés dans le sable en pensant à elle (ndla: son épouse, restée en Suisse). Il  a l'intense sentiment de sa solitude, presque étourdi par ce geste mélancolique quand il voit sur le sol un coeur extraordinairement lumineux, gros comme une pomme, qui paraît, dans cette obscurité, purement impossible. C'est le soleil qui tombe par un trou dans le toit…»


Quelques mois plus tard, au Liban, Alain Campiotti prend la route en lacets et entourée de cèdres vers Bcharré, la patrie de Khalil Gibran.


Cèdres.jpg

Aux Cèdres, vue sur le Mont Sannine.

 

Photo: copyright: gf



L'expérience d'une magie

«Après un replat, le dernier tronçon est une longue transversale vers le sommet. Au col, il n'en croit pas ses yeux.

D'un côté, la montagne descend en vagues vers la mer, de l'autre, en contre-bas, la Bekaa fertile est immensément plate sous une brume transparente. Le vent est coupant sur l'arête rocailleuse, le soleil éblouissant.

Bouleversé par ce spectacle, il l'appelle (ndlda: son épouse) pour lui dire qu'elle devrait – qu'ils devraient faire ensemble l'expérience de cette magie. Il éprouve la même émotion qu'au couvent Saint-Serge de Maaloula…»

 

Tu vois, contrairement à ce que tu as dit, le bonheur existe, Alain. Il suffit d'ouvrir ses yeux et son coeur…

 

 

 

* Par Myriam Meuwly et Alain Campiotti, Editions de L'Aire, Vevey.






12/06/2013

SYRIE-SUISSE : COMBAT POUR LA DIGNITE

 Comme on aimerait pouvoir s’éloigner des injustices de la planète 
et n’en rester qu’à la beauté des paysages et aux sourires des enfants !
Mais l’actualité est impitoyable et rattrape les êtres pas tout-à-fait déshumanisés encore que nous sommes.
Deux livres récents et un événement théâtral nous le rappellent. 
Le fanatisme et l’intolérance n’appartiennent pas au passé.

 

ATTENTAT EXPRESS

Qui a tué Gilles Jacquier

Par Caroline Poiron, Sid Ahmed Hammouche et Patrick Vallélian

Ils étaient quatre, ce 11 janvier 2012 à Homs où ils accomplissaient leur métier : Caroline Poiron, son mari, Gilles Jacquier, les Suisses Sid Ahmed Hammouche et Patrick Vallélian. Afin de voir la «réalité» telle qu’elle est vécue du côté de l’armée de Bachar el Assad, ces reporters avaient accepté l’invitation d’une étrange religieuse, ex-hippie, suppôt du régime baasiste. 
Ils se sont retrouvés dans un guet-apens. Caroline, Sid Ahmed et Patrick ont vu le mari de Caroline se faire tuer sous leurs yeux. Ils évoquent leur combat pour que le corps de Gilles ne soit pas récupéré par le régime de Damas. Dans ce livre rédigé à trois, ils parlent simplement de ce jour funeste qu’ils n’ont pas oublié, qu’ils n’oublieront pas. Leur constat est implacable. Ces pères et mère de famille ont essayé de surmonter la tragédie afin de «rendre hommage au courage d’un peuple qui tente de se débarrasser d’une dictature sans foi ni loi».

Ils parlent de ce qu’ils ont vu, de ce qu’ils continuent à voir dans leurs nuits. Les auteurs d’Attentat express dédient ce témoignage aux enfants victimes de la guerre, aux journalistes morts sur le terrain en faisant leur métier et aux générations à venir. Après avoir vécu l’enfer de Homs, l’épouse de Gilles Jacquier, Sid Ahmed Hammouche et Patrick Vallélian n’auraient pas pu se taire. Leur «devoir de mémoire» mérite notre respect et notre partage.

  * Le Seuil, 289 pages.

 

La petite monnaie des jours 

Par Janine Massard

La première édition de ce récit autobiographique avait paru en 1985 déjà. Il a touché les esprits par sa véracité et sa qualité. Née «dans le peuple»,  Janine Massard ne l’a jamais oublié. «Elle se soucie moins de plaire que de dire» écrit son préfacier Gaston Cherpillod qui précise: «Elle voit clair et frappe juste… Elle n’a pas «la bosse du respect et ne pratique pas souvent le culte des idoles !»

C’est tant mieux! Traduit en russe, le livre fut édité à Moscou onze ans plus tard. La nouvelle édition de ce récit d’une enfance et d’une jeunesse à Rolle, dans une famille plus que modeste, est accompagnée d’un document rédigé par l’avocat Eugène Kaupert. Il nous rapporte l’exécution de Jacob Lausselet, à Rolle, le 9 septembre 1846 sur fond de misère affective. 

Ses Quelques réflexions sur la peine de mort ne peuvent que nous interroger : «… La civilisation a marché à grands pas, elle marche toujours : l’éducation des peuples s’est faite, elle se fait toujours et au développement tout physique et tout brutal des nations a succédé un développement essentiellement intellectuel et moral : ainsi voyons-nous aujourd’hui les mœurs de guerre remplacées par des mœurs de paix et le spectacle d’une exécution, qui naguère animait une foule criarde et insouciante, est aujourd’hui un sujet de deuil assez général, un sujet de sérieuses et profondes méditations pour un grand nombre».

Hélas, les mœurs de paix rêvées par l’avocat qui prônait l’abolitionnisme de la peine de mort en 1846 ne se sont pas encore généralisées sur l’ensemble de la planète. Les «leaders» du monde, et nous avec, devront encore méditer quelques millénaires pour atteindre au respect des êtres et à la compassion.

«N’est-ce pas Caroline, Janine, Sid Ahmed et Patrick ?


* Editions d’En Bas.