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01/03/2018

EDITION SUISSE: LES 40 ANS DE L’AIRE

L’événement tient du miracle.
La maison d’édition que Michel Moret a fondée en 1978
sur les vestiges d’une coopérative agonisante (Rencontre)
fête cette année ses quarante ans.
Plus de mille titres ont déjà été publiés.
D’autres sont à paraître
 avec notamment un livre collectif:
Célébration de la naissance. 

Avec des poèmes de Vahé Godel, des œuvres de Monique Saint-Hélier et des traductions d’André Bonnard, des essais, des récits et le premier roman de Didier Burkhalter: Là où lac et montagne se parlent, l'année 2018 de L'Aire nous réserve bien des émotions.*

 

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«Les livres m’ont beaucoup aidé à vivre,
j’essaie de leur rendre ce qu’ils m’ont donné».

 

Autant de genres littéraires qui illustrent l’ouverture d’esprit d’un éditeur qui est d’abord une belle personne totalement dénuée d'ego. Il faut avoir vu Michel Moret offrir  discrètement un café à un musicien ambulant  – c'était au Salon du livre de Genève,  – pour discerner son humanité.
Par ses qualités personnelles, il a su gagner l'estime et l’amitié  de plusieurs grands écrivains. Ainsi  Maurice Chappaz dont il ne manquait pas un anniversaire, Yvette Z'Graggen et d'autres sur lesquels il a veillé lors des bons et mauvais jours.

Le sens de la vie par les livres

Il se trouve que l'éditeur est habité par la littérature depuis son adolescence. Les livres ont véritablement donné un sens à sa vie. Ce pur littéraire tient sa devise du poète-résistant René Char: «Que le risque soit ta clarté». Et des risques, il en a pris. 
A sa manière, l'amoureux de la poésie et citoyen engagé est aussi un résistant. Cet incurable optimiste continue, en dépit de temps difficiles et de la tiédeur des médias, à défendre ardemment la cause des livres.
Le 26 janvier, avec Daniel Margot et Pascal Holenweg, il lançait la collection intitulée Les grands matins (en réponse au mythique Grand soir). Le 21 février,  il était à la Bibliothèque Chauderon de Lausanne avec Bertil Galland où il présentait le livre  du poète Shemsi Makolli. Le 28 février, il était avec Didier Burkhalter à Vevey. En vérité, que les temps soient radieux ou pas, Michel Moret et l'équipe de L'Aire ne tournent pas au ralenti. Leur agenda de ce mois de mars pullule de séances de dédicaces et autres activités littéraires.  

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De 1978 à 2018

Cette année confirme les choix éditoriaux de Michel Moret qui, en 1978, à l’occasion du centenaire de Ramuz, rééditait huit titres de Ramuz dont Raison d’être
Quarante ans plus tard, à l’enseigne de L’Aire bleue, collection de poche fondée en 1995, il propose Aline, Besoin de Grandeur, Souvenirs sur Stravinsky et aussi Raison d’être, «un titre symbolique». 
Nous n'avons pas oublié que, la même année
, Moret publiait Requiem pour une révolution perdue de Claude Jaquillard (dix ans après mai 68…). Toujours aussi intéressé par la marche de la planète, l'éditeur poursuit sur sa lancée avec Les grands matins

Découvreur de talents

Pour mémoire, l’éditeur a révélé entre autres écrivains dont il a publié les premiers livres, Frédéric Pajak, Pascale Kramer, Corinne Desarzens, Adrien Pasquali, Marie-Claire Dewarrat, Rose-Marie Pagnard…tout en étant le fidèle éditeur  d’Yvette Z’Graggen et de Jacques Mercanton. Fier de la richesse du patrimoine de son pays, Michel Moret est un un passeur entre les différentes cultures helvétiques. En 1982, il éditait le premier livre traduit du romanche publié en langue française: Une Jeunesse en Engadine de Cla Biert.

Si de nombreux livres de L’Aire  ont été couronnés par d’importants prix littéraires et sont devenus des best-sellers, d’autres ont été injustement ignorés par la critique. C’est notamment le cas de Mort en Arabie de Thorkild Hansen, de La Postérité du Soleil d’Albert Camus (photos d'Henriette Grindat)  et de Feuilles orientales de Carsten Niebuhr qui auraient mérité une audience internationale. 

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Le directeur des Editions de L’Aire n’en conçoit pas de ressentiment comme il ne connaît pas la mesquinerie ni l'envie. L'homme n'a pas de temps à perdre en futilités.

Il est un Sage transcendé par la poésie.

«André Chénier ne disait-il pas que le poète a toujours le dernier mot 

Amis, un dernier mot !

Toi, vertu, pleure si je meurs !»

 

A quoi nous ajouterons ces mots de Yannis Ritsos:

«La poésie n’a jamais le dernier mot

Le premier, toujours».

 

Et aussi que lui-même doué d’une belle plume, Michel Moret publiera cette année son septième ouvrage.**  

 

* A découvrir sur: www.editions-aire.ch.

 ** Vevey et Lavaux vus par les écrivains avec Claudio Fedrigo.

 

18:13 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, France, Lettres, Médias, Monde, Nature, Vaud, Voyages | Lien permanent | Commentaires (0) |

10/12/2017

UNE CHANSON POUR CLAUDE ROY

 Vingt ans que je n’ai pas entendu la voix de Claude Roy.* 

Le téléphone sonne dans le vide à la rue Dauphine. 

  «D’entretiens en amitié», nous nous étions liés 

au nom des livres, de la poésie, des voyages

et d’une certaine idée de l’humanité.

 «On écrit pour être aimé et pour aimer»

affirmait celui qui fut l'ami d'Eluard et d'Aragon, 

d'Octavio Paz et de Nazim Hikmet.

Et aussi: «La chaîne de l’amitié fait la ronde autour du monde».

Sans doute parce qu’il me manque,

une chansonnette est née ce dix décembre 2017.

En somme quelques nouvelles dans l’Au-delà

pour le Poète qui dialoguait avec les oiseaux.

Et qui aimait la Suisse où ses livres avaient été publiés**

au temps de la France obscure.

 

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 Le poète en compagnie de Luna.

Copyright: Gallimard.

 

Cher Claude Roy je vous rassure

si j’ai perdu mon innocence 

j’ai gardé l’esprit d’aventure.

Les fanatiques n’auront pas ma peau.

 

Je n’irai pas à Zanzibar 

ni à Bobo Dioulasso

pas plus qu’à Macao

ou à Sarajevo.

 

Mais j’irais bien à Saint-Malo 

à Séville et à Bilbao 

et d’abord à Peredelkino 

vous savez pourquoi et pour qui.

 

J’irai à Sienne et Hossegor

à Olomouc et  Boukhara

pourquoi pas à Oulan-Bator

à Pampelune et Ascona.

 

Je n’irai plus à Palmyre 

ni à Damas et Maaloula

pas plus qu’à Homs et Diyarbakir

et encore moins à Ankara.

 

Les petits et grands rescapés

du Proche-Orient martyrisé

ont trop longtemps hanté mes nuits.

Voilà c’est dit et c’est écrit. 

 

Cher Claude Roy le savez-vous   

oui j’irais bien à Cordoue

à Reykjavik et Samarcande 

à Séville et à Padoue.

 

Mais je ne retournerai pas en Iran

où Chiraz et Isfahan

Naqs-e-Rostam Persépolis

m’avaient comblée j’avais vingt ans.

 

Je ne suivrai pas non plus Rimbaud 

sur les routes d’Abyssinie

J’irai plutôt à l’île Maurice

pour les dodos de Le Clézio.

 

Cher Claude Roy depuis que vous êtes parti

le monde n’est pas devenu meilleur

ni plus équitable et d’ailleurs

Sais-tu si la mer est encore loin ?

 

La Méditerranée aimée

est devenue le tombeau 

de ces désespérés en quête de pain

et de paix serait-ce trop demander?

 

Autant dire que votre Permis de séjour

a de beaux jours devant lui.

Et que L’Etonnement du voyageur 

sera toujours d’actualité.

 

Quant à Désiré Bienvenu 

sachez qu’il fait le bonheur

de mes petits voisins-amis.

Et Le chat qui parlait malgré lui aussi.

 

Cher Claude Roy, sur Le Rivage des jours

votre Ami lointain m’apparaît toujours

comme si c’était le mien. 

Mais il n’est pas si loin…

   

* Poète, critique d’art, grand reporter, romancier et auteur de livres pour enfants, Claude Roy est décédé le 13 décembre 1997. 
La plupart de ses livres (romans, poèmes, récits de voyages, mémoires autobiographiques, critiques d’art, livres pour enfants, essais) ont été édités chez Gallimard (www.gallimard.fr) et sont aujourd'hui disponibles en collection de poche. 

J'ai indiqué en italiques les titres de plusieurs des ouvrages de Claude Roy.

 ** Notamment à la Guilde du Livre, chez Skira, Cailler,  à Clairefontaine, aux Editions Gonin.