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02/11/2013

CAMUS: CENT ANS ET LA POSTERITE DU SOLEIL

S'il n'avait pas trouvé la mort, en 1960, lors d'un accident de voiture
sur la route de Lourmarin, trois ans après avoir reçu
le Prix Nobel de littérature, 
Albert Camus aurait eu cent ans le 7 novembre 2013. 
Face aux inégalités croissantes du monde et aux guerres,
l'auteur de
L'Homme révolté ne serait assurément pas resté les bras croisés.

 Camus 01.jpg

La tombe de Camus, à Lourmarin. 

photo: copyright rb


Aujourd'hui, des Etats-Unis au Japon, de L'Etranger à La Peste, de Caligula à Le Premier Homme, les oeuvres de Camus sont étudiées, lues et relues dans le monde entier. Mais qui connaît sa poésie ? Voici quelques diamants en souvenir d'un écrivain qui aimait la Lumière et les êtres parmi lesquels les plus humbles des humbles, ses frères.

 

LUMIERE… SILENCE...

«Dans cette lumière et ce silence,
des années de fureur et de nuit fondaient lentement. 
J'écoutais en moi un bruit presque oublié,
comme si mon coeur, arrêté depuis longtemps,
se remettait doucement à battre. 
Et maintenant éveillé, je reconnaissais un à un les bruits imperceptibles
dont était fait le silence: la basse continue des oiseaux, l
es soupirs légers
et brefs de la mer au pied des rochers, la vibration des arbres,
le chant aveugle des colonnes, les froissements des absinthes,
les lézards furtifs.

J'entendais cela, j'écoutais aussi les flots heureux qui montaient en moi. 
Il me semblait que j'étais enfin revenu au port, pour un instant au moins,
et que cet instant,désormais, n'en finirait plus».

In L'Eté, Gallimard, 1954.

 

 Postérité du soleil

Dans les années 50, la photographe vaudoise Henriette Grindat se promenait dans le Vaucluse où elle fit la connaissance de René Char et d'Albert Camus. En 1952, Camus choisit trente photos qu’il accompagna de poèmes. Un titre fut trouvé pour ce «livre de l'amitié» que Camus voulut  dédier à René Char: Postérité du Soleil. Albert Camus tenait à ce livre qui ne ressemblerait pas aux autres... Quelques années avant sa mort, il le redit à René Char: «René, quoi qu'il arrive, faites que notre livre existe!»

Le poète de L'Isle-sur-Sorgue a tenu parole. Postérité du Soleil parut en 1965, chez Edwin Engelberts et aux Editions de L'Aire.
Avec une présentation de René Char, ce livre posthume, i
llustré par les photos noir-blanc d'Henriette Grindat, contient les rares poèmes-aphorismes d'Albert Camus.

 

«Ici vit un homme libre. Personne ne le sert»

 

«Des vieux troncs de saules jaillissent des gerbes de branches fraîches.

C'est le premier jardin du monde.

A chaque aurore, le premier homme».

 

Toute l'oeuvre de Camus est publiée aux Editions Gallimard.

 

 

 

02/10/2013

PHRASES LUES (10) LE BONHEUR EXISTE

Dans une récente interview accordée à une journaliste suisse,
mon confrère Alain Campiotti m'a bousculée par la brutalité
d'une phrase
:

«Je ne sais pas ce que c'est le bonheur»... 

Or, relisant  Fontaine blanche*, le livre dont il est le co-auteur, je l'ai saisi en plein délit de contradiction.

Il y a quelques années, le grand reporter était à Maaloula. «Sans l'avoir cherché», il arrive au monastère de Mar Takla. «Des nonnes, sur un toit blanc, nettoient de grands tapis multicolores. Il les regarde faire d'en haut, accoudé à un muret, séduit par leur grâce, sans qu'elles le voient…
De l'autre côté, le chemin monte à gauche jusqu'à une petite route qui longe le bord de la falaise à laquelle est accroché le village, jusqu'à Saint-Serge, l'autre couvent.


Un coeur gros comme une pomme


Pas un chat. Dans la minuscule chapelle sombre, il fait pour la première fois de sa vie ce qu'on semble lui demander, prend deux cierges et les plantes allumés dans le sable en pensant à elle (ndla: son épouse, restée en Suisse). Il  a l'intense sentiment de sa solitude, presque étourdi par ce geste mélancolique quand il voit sur le sol un coeur extraordinairement lumineux, gros comme une pomme, qui paraît, dans cette obscurité, purement impossible. C'est le soleil qui tombe par un trou dans le toit…»


Quelques mois plus tard, au Liban, Alain Campiotti prend la route en lacets et entourée de cèdres vers Bcharré, la patrie de Khalil Gibran.


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Aux Cèdres, vue sur le Mont Sannine.

 

Photo: copyright: gf



L'expérience d'une magie

«Après un replat, le dernier tronçon est une longue transversale vers le sommet. Au col, il n'en croit pas ses yeux.

D'un côté, la montagne descend en vagues vers la mer, de l'autre, en contre-bas, la Bekaa fertile est immensément plate sous une brume transparente. Le vent est coupant sur l'arête rocailleuse, le soleil éblouissant.

Bouleversé par ce spectacle, il l'appelle (ndlda: son épouse) pour lui dire qu'elle devrait – qu'ils devraient faire ensemble l'expérience de cette magie. Il éprouve la même émotion qu'au couvent Saint-Serge de Maaloula…»

 

Tu vois, contrairement à ce que tu as dit, le bonheur existe, Alain. Il suffit d'ouvrir ses yeux et son coeur…

 

 

 

* Par Myriam Meuwly et Alain Campiotti, Editions de L'Aire, Vevey.