ID de suivi UA-65326999-1

04/10/2014

KURDES DE SYRIE: L'EXODE ETERNEL

Vingt-cinq ans après la mort de mon mari, Noureddine Zaza,
«
Le monde n'est pas devenu meilleur, écrivais-je le 7 octobre 2013,
mais nous continuons à espérer». 

J'étais loin de me douter que le pire était à venir...

En effet, de par l'irruption des fanatiques de Daech,
le Moyen-Orient est aujourd'hui un Enfer.
De l'exécution d'un innocent à l'autre,
il nous faut entendre sans fin ces mots
qui n'appartenaient pas à notre vocabulaire quotidien:

décapitation, crucifixion, exode...

 

Avec-Chango.jpg

L'une des plus grandes joies de sa vie fut la naissance de son fils en 1973.

 


D'un 7 octobre à l'autre, un an plus tard, alors que le Moyen-Orient* est à feu et à sang et que les Kurdes connaissent un xième exode, que pourrais-je ajouter ? Que devrais-je faire pour secourir les enfants kurdes de Syrie – où j'étais encore en 2009 –  séparés de leurs parents ?


Que dirait Noureddine Zaza de ce monde en folie ? 

Lui qui avait connu la torture dans les prisons de Syrie et d'ailleurs. Lui qui en avait gardé des séquelles, physiques et psychiques vingt ans après les séances de tabassage. Lui qui avait été trahi et spolié de tous ses biens par sa propre famille...

Lui dont je n'ai pas oublié les nuits de cauchemars ni les cicatrices ni la joie de vivre et d'aimer les autres. Lui qui ne s'est jamais abaissé à la vulgarité ni à dénigrer qui que ce fût.


Je sais qu'il aurait continué à plaider en faveur de la non-violence et du dialogue.
A rêver d'un Moyen-Orient calqué sur le modèle de la Suisse qu'il vénérait.

Tout récemment, sur un des sites Internet qui lui ont été consacrés**, j'ai découvert un de ses poèmes inédits que le Kurde syrien*** responsable de la page avait placé en exergue:

 

«Li ser vê rêya dijwar

Min jî kire pir hewar

Da jibo we jî rojekê

Dinya bibe gulbehar»



«Sur ce chemin si difficile
J'ai tant appelé à l'aide
Afin qu'un jour pour vous
Le monde devienne
un jardin de roses».
 

 (trad. Institut kurde de Paris):

 

Des lignes que Noureddine Zaza avait écrites lorsqu'il croupissait dans la prison de Mezzé, à Damas.


C'était avant Bachar et avant le père de Bachar mais sous un régime bassiste déjà qui déniait tous droits aux Kurdes (dont celui de parler leur langue) et aux non-Arabes.

 

 

1977.jpg

 «Quand j'étais emprisonné et que la Syrie demandait ma tête,
je me suis rendu compte que l'opinion publique peut faire beaucoup
même dans des pays soumis à des régimes barbares et irresponsables. 

Tant que l'être humain continuera à être piétiné et persécuté,
un peu partout à travers le monde, l'humanité ne pourra pas
rêver de jours meilleurs».
****

Malgré les insultes et les coups des bourreaux, Noureddine Zaza n'avait gardé aucun ressentiment. La haine lui était un sentiment étranger et il n'a jamais justifié la violence. Pas plus celle des mouvements terroristes que celle pratiquée par les Etats.

Grâce à son exemple, nous continuerons, quoi qu'il arrive, à ne pas désespérer et à rêver d'un Moyen-Orient pacifié et d'une planète devenue «humaine». 

 



* Sans oublier d'autres régions de la planète, l'Afrique, l'Asie.


** www.facebook.com/pages/Dr-Nûredîn-Zaza-د-نورالدين-ظاظا/216680471682353)  


**** Et dont je ne sais, à l'heure qu'il est, où il est et s'il est toujours vivant. A Erbil, sa fille ne répond pas...


**** Dernières phrases de son autobiographie Ma vie de Kurde (1982) aujourd'hui traduite en turc, kurde et arabe dans des éditions souvent piratées…comme c'est l'usage au Moyen-Orient.






05/09/2014

POEMES CHOISIS (40): JERÔME MEIZOZ

L'auteur et Professeur de littérature
Jérôme Meizoz 
est aussi un citoyen.
Il avait aimé Les maquereaux des cimes blanches 
de son compatriote Maurice Chappaz. 
 
Quelques décennies plus tard, face à l'intolérance,
à l'étroitesse d'esprit, au racisme
et à toutes les formes d'injustices,
il
 prend la plume et dénonce.* 
Les «saintes colères»** qu'il nous propose sont saines. 
Voici sa Supplique du vieux gamin.

Meizoz ©Y. Boehler 2012.jpg

             Jérôme Meizoz: Lucide comme «un vieux gamin»...


Photo: Yvonne Böhler


«La face du pays, hélas,

change plus vite que le coeur alenti

du gosse resté seul

dans la cour de l'école,

sous le frisson des marronniers!


Sainte Implenia, priaient les promoteurs,

bénis cette fleur surnaturelle!

Amen

Saint Lobby du ciment, criaient les bâtisseurs,

que ton règne de béton vienne!

Amen


La place du parvis, hélas,

semble une place d'appel

pour les soldats de guerres à venir


Saint Lobby du ciment, criaient les bâtisseurs,

que ton règne de béton vienne!

Amen


Noire comme la mélancolie,

vide comme le cœur d'un cité minière

Sèche comme les veines

d'un centenaire


Sainte Implenia, priaient les promoteurs,

bénis cette fleur surnaturelle!

Amen


Quelle place, mes amis: quel placement!

Quel plus beau monument

quel cimetière de rêve

pour une religion qui meurt

 

Sainte Implenia, priaient les promoteurs,

bénis cette fleur surnaturelle!

Amen

Saint Lobby du ciment, criaient les bâtisseurs,

que ton règne de béton vienne!

Amen».


* Entre autres objets de colère: Le Pen, l'UDC, les aberrations d'une dite «politique culturelle», certaines rubriques littéraires, un avocat médiatique, l'hypocrisie sous toutes les latitudes...

** Editions d'autre part, 148 pages, Préface d'Annie Ernaux.