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24/03/2019

PROTHESE DE LA HANCHE: MON EXPERIENCE

Le sujet n'est en rien littéraire mais peut-être utile.
Deux ans et demi après avoir été opérée de la hanche,
en Suisse et non pas au bout du monde,
le temps est venu  pour moi de lancer une mise en garde.
Un chirurgien-orthopédiste incompétent,
pratiquant en indépendant dans le canton de Vaud,
 a bousillé deux ans de ma vie.
Son irresponsabilité m'a valu quatre opérations 
et plusieurs mois d'hospitalisation et de rééducation
entre 2016 et 2019. 

J'
émerge tout juste de ce tunnel interminable. 
Si je me suis résolue à écrire ces lignes,
c'est avec l'espoir que mon témoignage
épargnera à d'autres le calvaire qui fut le mien
et aussi celui de mes proches,
bien que la douleur soit indicible 
et heureusement incommunicable.

 

2016: Deux opérations en trois jours

En automne 2016, j'ai été opérée de la hanche dans une clinique privée vaudoise par un médecin que j'avais choisi par hasard en consultant le bottin téléphonique. Ce fut ma première erreur. Deux jours après cette intervention, le chirurgien-orthopédiste m'annonça qu'il devait me réopérer la tête de la prothèse étant «mal orientée»...
Je subis une deuxième narcose générale en quelques jours dans l'espoir (mais ai-je le choix, clouée à mon lit) que cette opération-là sera la bonne. Je suis ensuite transférée  dans un établissement romand de rééducation où je demeure deux semaines. Une longue physiothérapie s'ensuit. Une nouvelle facture (pour la reprise de l'opération ratée) parvient à mon assurance à laquelle j'aurai bien involontairement coûté très cher et pour laquelle j'aurai aussi beaucoup investi en argent, en temps et en «qualité» de vie.

2017: Le déni

En janvier 2017, suite à une chute, je suis victime d'une fracture du fémur. En dépit de ma première mauvaise expérience, je fais stupidement confiance à mon chirurgien qui me réopère. Trois semaines de rééducation suivent à nouveau dans une clinique. La physiothérapie au cabinet de mon médecin lausannois, elle, s'accomplit jusqu'en juin 2018... Comme d'autres personnes, je prends mon mal en... patience car «il faut du temps...», me répète-t-on. 
Me regardant marcher (ou plutôt boitiller) dans son cabinet, mon chirurgien- orthopédiste me  propose d'acheter une petite semelle de compensation dans un commerce spécialisé en équipement sportif. Il ne motive pas sa suggestion. J'obtempère mais, l'hiver venu, je constate que l'insertion de cette semelle est impossible dans des bottes. L'hiver et le printemps passent sans amélioration. 
En dépit de mes plaintes incessantes et des signaux de ses physiothérapeutes, mon médecin  ne m'entend pas. Son avis importe davantage que celui de ses collaborateurs. Ce docteur en médecine ne veut pas voir mes douleurs incessantes, diurnes et nocturnes. Refusant de se remettre en question, il se contente de prescrire des infiltrations à la cortisone lesquelles aggravent mon état. 

De mon côté, je consulte des ostéopathes (il y est hostile) et même un guérisseur. J'achète à mes frais toutes sortes d'onguents, baumes. Et je m'inscris à Exit. 

Finalement, et un peu tardivement je le reconnais, je demande à ma doctoresse généraliste de me fixer un rendez-vous avec un spécialiste d'un hôpital universitaire afin d'obtenir un deuxième avis. Il était temps!

Un raccourcissement de 3 centimètres 

Au terme de sérieuses investigations, le médecin-orthopédiste relève que la jambe opérée est plus courte de 3 cm. par rapport à l'autre. D'où ma boiterie et mes douleurs au niveau du dos, du bassin et de la jambe. Il me prescrit une semelle de compensation adaptée qui sera confectionnée sur mesure par un orthopédiste professionnel.  Deux paires de chaussures sont transformées avec une semelle gauche plus haute de 3 cm. L'adaptation coûte à chaque fois 180 Frs...heureusement remboursés par la Lamal. Je réapprends à marcher avec ces chaussures augmentées. Mais les douleurs persistent.

Parcours du combattant

Le jeune médecin orthopédiste de l'hôpital universitaire me conseille d'apprendre «à donner un sens à ma douleur»... ce qui me rappelle les enseignants de mon enfance nous recommandant de «penser à Jésus» lorsque nous souffrions. Ses mots me hérissent et je proteste en haut lieu.
Un autre médecin est chargé de mon cas qui procède à de nouvelles recherches et décèle une mystérieuse inflammation. Quand je lui suggère une
 éventuelle infection, mes douleurs étant de plus en plus aigües, il ordonne une ponction dans la hanche. Celle-ci révèle une bactérie à «évolution lente» (Cutibacterium acnes)... 
A la bonne heure, je n'étais donc pas une malade imaginaire!  Je suis confiée au service de chirurgie septique. Un mois plus tard, je suis opérée par le Professeur qui a la surprise de découvrir que ma prothèse était descellée... Il est dans la nécessité de remplacer la prothèse et la plaque du fémur. Il me met sous antibiotiques. Ainsi est-ce avec une prothèse quasiment en morceaux que j'ai marché (ou plutôt titubé) dans mon quartier durant des mois et des mois. Mon quotidien ne fut pas toujours facile et j'ai souvent caché ma douleur.
Si j'ai tenu bon, c'est qu'au fond de moi, j'avais le désir de vivre des jours qui seraient meilleurs. J'avais la volonté de ne pas finir ma vie en souffrant. Je pensais ne pas encore être parvenue au bout de mon chemin.

 

Un Professeur m'a sauvée 

Ce mois de mars 2019, je reviens de trois semaines de rééducation dans une clinique de la Côte vaudoise où les kinésithérapeutes m'ont réappris à marcher. Grâce à eux, j'ai retrouvé le goût de vivre et le sommeil. Mon visage n'est plus crispé par la douleur.

Je revis. Certes, le temps n'est plus où je partais en expédition en 2CV au Moyen-Orient (qui n'existe plus d'ailleurs à en croire Amin Maalouf et d'autres...) et je ne suis pas tentée par l'escalade. Mais je sais maintenant que le jour viendra où je pourrai accueillir chaque journée avec le sourire que j'avais perdu.  Et me remettre à flâner, ici et ailleurs. Car certaines destinations m'attirent comme des aimants. Les projets auxquels je ne croyais plus vont peut-être se réaliser même si j'ai appris à me contenter de peu, c'est-à-dire de l'Essentiel. Ainsi la contemplation de la Nature au printemps...

 

Quelques conseils

Ne choisissez jamais un médecin au hasard. Informez-vous auprès de votre médecin, de vos connaissances et amis, et aussi des hôpitaux  universitaires.

Ne vous habituez jamais à la souffrance permanente sous le prétexte que «c'est long»...
La vie est trop courte pour s'accommoder d'une douleur parfaitement inutile.

En dépit du lien qui peut se créer avec votre médecin, n'hésitez pas à le quitter et à demander un deuxième avis. N'attendez pas des mois avant de prendre cette décision.

Les hôpitaux universitaires, qui regorgent des spécialistes les plus pointus, sont là pour cela. 

Si un chirurgien-orthopédiste incompétent a bousillé deux ans de ma vie, je dois à un Professeur de l'hôpital universitaire (que certains ont tendance à snober au profit des  cliniques privées) de m'avoir tout simplement sauvée. De surcroît, lors de son opération, il m'a rendu les 3 centimètres dont on m'avait privée... Ainsi puis-je jeter sans nostalgie les chaussures compensées et retrouver les chaussures d'avant ce cauchemar.*

Comment cela a-t-il pu arriver?

La faute à «pas de chance» ? Selon mes discussions avec de vrais spécialistes, dans mon cas, une prothèse de la hanche mal placée puis reprise aurait pu fragiliser la jambe et provoquer la fracture du fémur. Si la prothèse a été retrouvée descellée c'est qu'elle avait été initialement mal insérée.

Reste le mystère de la bactérie – Cutibacterium acnes – qui aurait pénétré dans ma hanche lors d'une des trois opérations réalisées par mon chirurgien-orthopédiste en 2016 et 2017...

 

 * Je les ai finalement gardées et j'ai bien fait. Le médecin-conseil de mon assurance juridique prétend qu'un tel raccourcissement lors de ces opérations orthopédiques est «hautement improbable» et «irréaliste»...

 

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                                      Chaussure gauche avec compensation ... et droite sans.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

16:04 Écrit par Gilberte Favre dans Lettres, Médias, Science, Société - People, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0) |

24/12/2018

LE REGARD DE BERTIL GALLAND SUR ICI...

Après nous avoir emmenés,
des
Pôles magnétiques aux régions cardinales 
(les Etats-Unis et la Chine), puis sur les chemins
de la poésie
et de la littérature romande, 
sans oublier au royaume
des choses, des langues et des bêtes,  
Bertil Galland nous avait passionnés avec 
L'Europe des surprises.
Cette fin d'année 2018, 
voici que l'écrivain-éditeur
et grand reporter nous offre le huitième tome
de son autobiographie originale: Destins d'ici.* 

Nous en redemandons.
 

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Habité par la poésie, le regard de Bertil Galland
est grand ouvert sur le monde. 
  

 

On  apprend beaucoup (non seulement sur la politique vaudoise, suisse, européenne et sur les médias) en lisant Destins d'ici.  Fidèle en amitié, Galland l'a dédié à ses amis le photographe Marcel Imsand et  l'ethnologue Paul Hugger.

L'humanité en toile de fond

Ce livre-là, atypique par sa forme, est d'abord «un salut» au Chappaz d'A rire et à mourir. Au chapitre de la poésie et de la tendresse, tout est dit. Bertil Galland l'a écrit à la manière de Kokoscha («sautillant autour de l'homme qu'il peint») et en écoutant Mahler. 
Le premier récit de Trois histoires pour pénétrer en Suisse m'a rappelé Le malentendu de Camus. L'on  y voit un père,  Jacob Vallotton, planter une lime rougie au feu dans l'oeil de son fils qui le guignait à travers un judas, le malheureux. Un fait divers devient tragédie. 
Erudit, Galland n'est jamais pédant et la sobriété de sa tendresse ne l'empêche pas d'exister. 
A  propos de Jean et Marie-Thérèse Ceppi, de Lutry, Galland cite ces mots révélateurs jetés par Jean sur un papier: «Trop courte fut l'allégresse de votre enfance».

Quelques pages plus loin, c'est Frida, «la petite maman de la grande famille Chevallaz» qui surgit au Pays d'Enhaut, avec son énergie et son franc-parler. La mère de Madeline l'impétueuse et d'un Georges-André parfois colérique et qui «aimait les enfants».

Des politiques aux médias

Des turbulences politiciennes émanant de tous bords, Galland passe aux médias. Qui était mieux placé que lui pour évoquer la presse ? Durant vingt-six ans, il fut grand reporter à 24 Heures, le quotidien vaudois pour lequel il parcourut la planète, de l'Amérique au Cambodge, de la Chine au Moyen-Orient, interviewant les grands de ce monde comme les plus humbles. Puis durant sept ans, il vécut de l'intérieur les débuts et la fin du Nouveau Quotidien. Aucun ressentiment dans ces pages qui évoquent des succès et des échecs dus aux éditeurs de temps nouveaux et à une nouvelle catégorie de lecteurs plus «addicts» à leur téléphone portable qu'au papier. Dont acte. 

Le Prince des arts

Pour notre bonheur, Bertil Galland évoque l'époque des pionniers à la Radio suisse romande et à la TSR. Des noms, des voix, des regards resurgissent: Benjamin Romieux, Jean-Pierre Moulin (avec père, soeur, beau-frère et fils...), Jean-Pierre Goretta (et «Les sentiers du monde»), René Payot. Tous étaient écoutés au-delà des frontières suisses et Claude Torracinta est resté jusqu'à ce jour, avec notamment Temps présent, l'honneur de la TSR.
Galland nous rappelle la fameuse traversée de la Suisse à ski avec la complicité de la Radio romande, de Paul Hugger, Chappaz, Marcel Imsand et Maurice Baquet et d'autres, artistes et journalistes, que les auteurs suivaient fiévreusement jour après jour.

Et puis voici qu'un enfant d'Aubonne émerge aussi rayonnant qu'un Gérard Philippe. Un Prince que Bertil Galland nomme «arbitre des arts». Il a fondé rien de moins que La Gazette littéraire (comme Walter Weideli La Semaine littéraire du Journal de Genève) avant de créer et diriger le Théâtre de Vidy. Diane fut sa Fée. Tous deux, les auteurs et artistes français les admiraient. Frank et son épouse furent  d'ailleurs immortalisés  dans l'œuvre de Corinna Bille et par Edgar Morin.

Adieu au XX me siècle

Dans le dernier chapitre de son livre, Galland nous révèle  une personnalité étonnante, plutôt méconnue en Suisse romande: Jean-Rodolphe de Salis qui fut l'une des voix de la Suisse durant la Deuxième Guerre mondiale. Ce pianiste et professeur d'histoire, ex-président de Pro Helvetia fut un proche d'Elias Canetti, entre autres grands écrivains.
Autant dire qu'avec Destins d'ici, Bertil Galland nous emmène bien au-delà d'ici... D'ailleurs, nous aimerions bien en sa compagnie aller plus loin encore. Un neuvième tome peut-être nous éclairerait quant à l'avenir de la Suisse, du monde, de l'humanité. Car en ce siècle de régression culturelle et morale, nous sommes en quête de repères...

 

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* Editions Slatkine,   www. slatkine.com/fr

Les livres de Bertil Galland sont tous disponibles dans les bonnes librairies. 

 

 

 

 

 

18:27 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Lettres, Médias, Monde, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0) |