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05/09/2014

POEMES CHOISIS (40): JERÔME MEIZOZ

L'auteur et Professeur de littérature
Jérôme Meizoz 
est aussi un citoyen.
Il avait aimé Les maquereaux des cimes blanches 
de son compatriote Maurice Chappaz. 
 
Quelques décennies plus tard, face à l'intolérance,
à l'étroitesse d'esprit, au racisme
et à toutes les formes d'injustices,
il
 prend la plume et dénonce.* 
Les «saintes colères»** qu'il nous propose sont saines. 
Voici sa Supplique du vieux gamin.

Meizoz ©Y. Boehler 2012.jpg

             Jérôme Meizoz: Lucide comme «un vieux gamin»...


Photo: Yvonne Böhler


«La face du pays, hélas,

change plus vite que le coeur alenti

du gosse resté seul

dans la cour de l'école,

sous le frisson des marronniers!


Sainte Implenia, priaient les promoteurs,

bénis cette fleur surnaturelle!

Amen

Saint Lobby du ciment, criaient les bâtisseurs,

que ton règne de béton vienne!

Amen


La place du parvis, hélas,

semble une place d'appel

pour les soldats de guerres à venir


Saint Lobby du ciment, criaient les bâtisseurs,

que ton règne de béton vienne!

Amen


Noire comme la mélancolie,

vide comme le cœur d'un cité minière

Sèche comme les veines

d'un centenaire


Sainte Implenia, priaient les promoteurs,

bénis cette fleur surnaturelle!

Amen


Quelle place, mes amis: quel placement!

Quel plus beau monument

quel cimetière de rêve

pour une religion qui meurt

 

Sainte Implenia, priaient les promoteurs,

bénis cette fleur surnaturelle!

Amen

Saint Lobby du ciment, criaient les bâtisseurs,

que ton règne de béton vienne!

Amen».


* Entre autres objets de colère: Le Pen, l'UDC, les aberrations d'une dite «politique culturelle», certaines rubriques littéraires, un avocat médiatique, l'hypocrisie sous toutes les latitudes...

** Editions d'autre part, 148 pages, Préface d'Annie Ernaux.

18:14 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Lettres, Monde, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) |

27/08/2014

POEMES CHOISIS (39) ALAIN BOSQUET

Tout est en route, à jamais».

 

 Andrée Chedid 

Défense du poète

bosquet.jpg

 «Ecrire son poème, est-ce une trahison

comme devant la mise à mort d'un innocent 

on détourne les yeux ? Aligner quelques mots 

qui lâchent le réel pour un gramme d'azur

est-ce dresser un paravent contre le monde

affolé dans son bain, parmi l'écume noire ? 

Traiter sa fable favorite en libellule


par-dessus la rivière, est-ce oublier le pain


qui manque à l'homme ? Remplacer le vrai printemps


par un printemps verbal aux toucans invisibles


qui sont peut-être un peu de feu, est-ce insulter


notre nature ? Aimer une voyelle blanche


comme on aime sa fille, est-ce être dédaigneux


de notre amour universel, qui nous saccage ?»

 

 

 

 

Sonnet pour une fin de siècle,  Editions Gallimard

17:17 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Lettres, Monde | Lien permanent | Commentaires (0) |