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20/09/2014

POEMES CHOISIS (41) LAURENT TERZIEFF

Les années se suivent et la Poésie continue à nous habiter. 
Comme l'air que nous respirons, elle nous sera toujours vitale. 
Au fil des jours et des saisons, voici des textes qui répondent parfaitement aux interrogations du 21 me siècle 
et à notre humaine condition. 

Tout est en route, à jamais».

 

 Andrée Chedid 

 

Terzieff.jpg

Laurent Terzieff, à Paris, dans les années 60, peu après avoir créé
sa propre compagnie avec 
Pascale de Boysson. 



 

«Paris s'ignore

 

Paris est à vendre

Ici s'efface une histoire

 

Ici commence une ville

Où les enfants se couchent à l'aube

Remontant à l'envers les célestes façades

Qui mènent au sommeil

 

Ici s'efface une histoire

 

Ici commence une ville

 

Où les enfants s'étalent

La gorge pleine de sang

Les yeux pleins de nuit

Aux mornes vapeurs de la lumière

 

Dans ses rues couvertes d'oubli

Où la roulotte s'égare vers la plaine

 

Paris s'ignore

 

Paris est à vendre».

 

 

* In Cahiers de vie, Gallimard.

Laurent Terzieff avait quinze (15) ans lorsqu'il écrivit ce poème.

 

La poésie avait une importance primordiale pour lui. Dans son livre, nous rencontrons Slawomir Mrozec, Aragon,  Jean-Pierre Siméon...

05/09/2014

POEMES CHOISIS (40): JERÔME MEIZOZ

L'auteur et Professeur de littérature
Jérôme Meizoz 
est aussi un citoyen.
Il avait aimé Les maquereaux des cimes blanches 
de son compatriote Maurice Chappaz. 
 
Quelques décennies plus tard, face à l'intolérance,
à l'étroitesse d'esprit, au racisme
et à toutes les formes d'injustices,
il
 prend la plume et dénonce.* 
Les «saintes colères»** qu'il nous propose sont saines. 
Voici sa Supplique du vieux gamin.

Meizoz ©Y. Boehler 2012.jpg

             Jérôme Meizoz: Lucide comme «un vieux gamin»...


Photo: Yvonne Böhler


«La face du pays, hélas,

change plus vite que le coeur alenti

du gosse resté seul

dans la cour de l'école,

sous le frisson des marronniers!


Sainte Implenia, priaient les promoteurs,

bénis cette fleur surnaturelle!

Amen

Saint Lobby du ciment, criaient les bâtisseurs,

que ton règne de béton vienne!

Amen


La place du parvis, hélas,

semble une place d'appel

pour les soldats de guerres à venir


Saint Lobby du ciment, criaient les bâtisseurs,

que ton règne de béton vienne!

Amen


Noire comme la mélancolie,

vide comme le cœur d'un cité minière

Sèche comme les veines

d'un centenaire


Sainte Implenia, priaient les promoteurs,

bénis cette fleur surnaturelle!

Amen


Quelle place, mes amis: quel placement!

Quel plus beau monument

quel cimetière de rêve

pour une religion qui meurt

 

Sainte Implenia, priaient les promoteurs,

bénis cette fleur surnaturelle!

Amen

Saint Lobby du ciment, criaient les bâtisseurs,

que ton règne de béton vienne!

Amen».


* Entre autres objets de colère: Le Pen, l'UDC, les aberrations d'une dite «politique culturelle», certaines rubriques littéraires, un avocat médiatique, l'hypocrisie sous toutes les latitudes...

** Editions d'autre part, 148 pages, Préface d'Annie Ernaux.