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07/04/2021

LOUIS CHEDID A RETROUVE ANDREE

Le 6 mars dernier, Louis Chedid a rejoint son épouse,
Andrée, au cimetière de Montparnasse.
L'écrivain l'y attendait depuis le 6 février 2011.
 Biologiste et professeur honoraire
à l'Institut Pasteur,
auteur de Mémoires vagabondes* –,
 Louis (Antoine, Selim) Chedid
aurait fêté ses 99 ans en juin prochain. 
Il était le père du chanteur Louis Chedid
et le grand-père de Matthieu.

 

La famille de Louis et Andrée Chedid était familière de la Suisse. La mère de Louis repose à Montreux où elle a vécu de nombreuses années. Quant à Alice Godel, mère d'Andrée, elle avait découvert très tôt Loèche-les-Bains incitant sa fille et son beau-fils à y séjourner chaque été. Pour Louis, ce fut la dernière fois en 2015 alors que les signes avant-coureurs de la maladie étaient déjà apparus.

Le couple Chedid venait souvent en Suisse. C'était à Genève et à Lausanne, où ils avaient un neveu. Mais aussi en Valais, plus particulièrement à Sarreyer. Deux étés successifs, ils y rencontrèrent Maurice Chappaz et son épouse, Michène.
Leur petit-fils, Matthieu, a chanté à Sion sous les étoiles en 2009.

 

DEUX POEMES DE LOUIS ANTOINE ET ANDREE

Anticipant le voyage qui nous attend tous, Louis Chedid, lui aussi écrivain, avait publié ce poème dans une revue scientifique**.

 

Ce voyage qui approche

«Créature née dans le ventre du temps

Comment entendre des messages d’éternité?

Dans l’aveuglante lumière de ta nuit la plus obscure

Dans le vacarme assourdissant de son silence

Les mots muets sonnent plus juste par leur absence.»

 

Pour sa part, dans un de ses derniers livres de poèmes, Rythmes***, comme lui répondant, Andrée Chedid évoquait son amour pour Louis. Un amour qui remontait à leur adolescence sous le ciel égyptien.

 

De cet amour ardent je reste émerveillée

«Je reste émerveillée

Du clapotis de l’eau

Des oiseaux gazouilleurs

Ces bonheurs de la terre

 

Je reste émerveillée

D’un amour

Invincible

Toujours présent

 

Je reste émerveillée

De cet amour

Ardent

Qui ne craint

Ni le torrent du temps

Ni l’hécatombe

Des jours accumulés

Dans mon miroir

Défraîchi

Je me souris encore

 

Je reste émerveillée

Rien n’y fait

L’amour s’est implanté

Une fois

Pour toutes.

De cet amour ardent je reste émerveillée.»

 

 

 

ALBUM DE FAMILLE

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Andrée et Louis Chedid âgés de 16 et 18 ans dans le désert égyptien.
Tous deux d'origine libanaise, ils étaient nés en Egypte
puis
 s'étaient installés à Paris,
qu'ils connaissaient depuis leur enfance, en 1946.

Photo: Archives famille Chedid.

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En 2004, à Sion, près de Valère, dédicaçant 
«Babel, fable ou métaphore»***** paru aux Editions Z.
Après Le cœur demeure**** , ce fut leur deuxième livre écrit à quatre mains.

photo: Roland Bettex

 

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Andrée et Louis Chedid à Loèche-les-Bains en 2008.

photo: Roland Bettex

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Louis Chedid et son petit-fils, Matthieu, en 2011 à Paris,
quelques semaines après le décès d'Andrée Chedid.

photo: Gilberte Favre

 

* Mémoires vagabondes, Editions Anne Carrière, 2009.

** In ANTEMNAE, 2003, Rome (revue scientifique).

*** In Rythmes, Editions Gallimard 2003.

**** In Le cœur demeure, Editions Stock, 1999.

***** In Babel, fable ou métaphore, Editions Z, 2004

www.editionsz.ch      editions@netplus.ch 

 

15:30 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Fiction, France, Images, Lettres, Monde, Musique, Suisse, Vaud, Voyages | Lien permanent | Commentaires (0) |

12/07/2019

PHRASES RETENUES (14) BERNARD OLLIVIER

D'un livre à l'autre, des phrases m'agrippent, me hantent
et me poursuivent quand elles ne m'incitent pas au voyage
et au vagabondage de l'esprit.
Comme la Longue marche de Bernard Ollivier,
qui le conduisit d'Istanbul au Sinkiang.
Seul et à pied...ce dont je serais totalement incapable.

 

Ecrivain et journaliste normand, Bernard Ollivier a 51 ans quand il perd à la fois son épouse, sa mère et son travail. Dix ans plus tard, encouragé par ses enfants, il part vers la mythique Route de la Soie. C’était l’un l’un des rêves de sa compagne trop tôt disparue. Mais l’Amour donne des ailes. Plusieurs livres sont nés de cette longue marche. En voici un passage extrait de Le vent des steppes.

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«La marche exige du temps».

 

«Je marche sur cette route plate, uniforme, sans surprise. Entre les montagnes abruptes au nord et le désert sans limites au sud, je comprends Teilhard de Chardin qui écrivait: «Le Sinkiang est probablement la région la plus fermée de la Terre***». Pour ma part, par mon ignorance des langues qu’on y pratique, je suis enfermé dans une solitude profonde. Aussi, faute de parler aux autres, je me parle à moi-même.

Que suis-je venu chercher dans ce désert ?

Et j’essaie de répondre à cette question qu’on m’a posée si souvent et à laquelle il m’est si difficile de répondre: que suis-je venu chercher dans ce désert et sur les hauteurs de Pamir, au prix de grandes joies et de belles rencontres, certes, mais aussi de peurs et de souffrance ? La sagesse, d’accord. Mais laquelle ? Est-ce cette sérénité ancestrale qu’on prête aux ascètes qui font retraite puisque, après tout, je suis «retraité» ?

 

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Bernard Ollivier accompagné d'Ulysse, le précieux porte-bagages qu'il s'est fabriqué.

Je n’en suis pas sûr pour ce qui est de mon destin. Lentement, au rythme de ma marche d’escargot, grâce aux songeries et à la solitude, la réponse émerge à petits pas. Elle n’est peut-être pas conforme, mais c’est la mienne, celle qui s’est construite au fil des paysages, de la réflexion et des rencontres.

Il est donc urgent de ralentir

Il est bien vrai que je cherche à m’extraire de la folie qui semble envahir nos sociétés. Notre monde va trop vite, comme un fou.

Il est donc urgent de ralentir. Mais je ne veux pas fuir, encore moins cesser d’avancer. 

Je veux juste tenter de vivre au rythme de la pensée. Et la pensée freine cette course à la mort – que l’on confond avec la vie – qui s’est emparée de nos sociétés dites civilisées…»

 

 

 

 

 

* In Longue marche (tome III Le vent des steppes, Ed. Phébus, Paris) retraçant la marche de Bernard Ollivier, seul et à pied, de la Méditerranée jusqu’en Chine par la route de la Soie, 1994. Le livre est disponible dans un coffret Libretto avec les deux premiers tomes:Traverser l’Anatolie et Vers Samarcande.

 

 

** In Lettres de voyage 1923-1939, Grasset, rééducation. Les Cahiers rouges, Paris, 1956.