ID de suivi UA-65326999-1

18/07/2022

LES PAROLES D’ALPHONSE LAYAZ

Lorsqu’il était jeune rédacteur à la Feuille d'Avis du Valais,
Alphonse Layaz 
était déjà fou de peinture.
Quant à la poésie, d’Apollinaire à Prévert,
elle l’habitait en  permanence. 
 Layaz a déjà publié neuf livres
(romans, poèmes, nouvelles, contes) aux Editions de L’Aire. 
Voici son dernier-né intitulé Des paroles et des histoires*.

 

«On apprend à lire comme on apprend à parler, à marcher, à rouler à bicyclette» écrit d'emblée le journaliste et poète devenu critique d’art, écrivain et artiste-peintre.

 

images (1).jpeg

Le regard malicieux d'Alphonse Layaz

 

Au Pays des artistes

Autant dire que dans son livre, l'auteur nous fait voyager au Pays des artistes (de Pierro della Francesca à Giacometti, Degas, Douanier-Rousseau et Pietro Sarto auquel il consacra un livre**). De la Suisse à l’Italie et à Prague, tant d’autres lieux, Layaz nous convie à des rencontres avec ses frères et sœurs écrivains.
Avant tout, il y eut une enfance dans la campagne fribourgeoise et l’apparition de la radio. «Mon père fixait l’appareil comme si ce de ce contact visuel dépendait la qualité du son. C’était un rite, presque une prière: René Layaz écoutait les pulsations du monde transmises par une curieuse boîte à paroles».
Alors, le petit Alphonse avait-il la prémonition de son avenir à la Radio suisse romande ? Il fut en tout cas très ému lorsque son père écouta le premier roman de Ramuz, Aline, à la radio.

La révélation de la radio

Des années plus tard, Alphonse Layaz se souvient. «Je crois que ce jour-là j’aurais été capable de sauter au cou de mon paternel pour le remercier, pour lui dire que je l’aimais, pour lui dire: «Tu vois, on y arrive tôt ou tard à ces choses essentielles qui sont la poésie, qui sont l’âme, qui sont la vie». Mais quand on naît parmi «les gens de la terre», les mots ont de la peine à surgir. Question de pudeur.

Contre l'injustice

Si l'intérêt pour les arts fait partie de son ADN, Layaz a depuis toujours été sensible aux injustices. D’un chapitre à l’autre de son livre, nous percevons sa révolte. C’est le cas dans Silence on prie où l’on voit Marcel, soumis à la tragique destinée des Enfants perdus. Il fut placé comme d'autres petits malheureux dans un orphelinat tenu par des curés-tortionnaires intéressés par les jeunes garçons plus que par la pédagogie». En ce temps-là, des coups aux abus sexuels, il fallait fermer les yeux, les bouches et les oreilles car «Silence, on prie!» Les choses ont-elles vraiment changé?
«La litanie des tourments, à la manière des chapelets, se passait de main à main» nous dit l’auteur dont le ton se fait parfois, et on le comprend, anti-clérical. 
Aujourd'hui, Alphonse Layaz est demeuré révolté contre toutes les injustices, qu'elles se nomment guerres ou agressions des enfants. 

Ecrire sur rien

Et puis, un jour, suivant l’exemple de Flaubert dans Un cœur simple, Layaz songe à «écrire sur rien». 
«Ecrire sur rien: les mots isolés ou mis mot à mot sont lourds de sens, de couleurs, d’odeurs».

Lisez le dernier ouvrage de Layaz ne serait-ce que pour côtoyer la Beauté. Une notion qui a dû trouver une profonde résonance chez ses enfants Michel, devenu écrivain, et Corinne, danseuse. Entre les paroles et les histoires, entendez aussi la gratitude envers un père et la vie.

 

 

 

 

* Editions de L’Aire, collection Le Banquet, 218 pages.

** Pietro Sarto, homme de métier, entretiens, Bibliothèques des Arts, 2003.

16:05 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Fiction, Humour, Lettres, Médias, Monde, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0) |

27/06/2022

MICHEL PETROSSIAN: PREMIER LIVRE ET GRAND PRIX

C’est un jour de 2020 que le compositeur français
d’origine arménienne est devenu écrivain.

Plus précisément le 21 septembre, au moment
où la guerre éclata dans le Haut-Karabakh (Artsakh). 

 Appuyés par la Turquie, les Azéris
décidèrent de récupérer
une région peuplée à 80% d’Arméniens.

Alors ce natif d’Erevan, commença un Journal polyphonique qui est devenu Chant d’Artsakh*, son premier livre.

 

Un livre profond et original qui, le 12 juin, s’est vu décerner à Paris le Prix  littéraire de l’œuvre d'Orient 2022. Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuel de l'Académie française et présidente du Jury le qualifia «d’œuvre extraordinaire» à la fois littéraire, musicale, scientifique», en somme d’«une sorte d’oratorio».
Le lecteur y ressent la fierté de l’Arménien et aussi son amertume face à l’indifférence de la communauté internationale à l'égard des Arméniens.

Extraits d'un récit pas comme les autres

Voici quelques extraits de ce livre que j’ai aimé.

 21 septembre 2020, Michel Petrossian écrit:

«L’Arménie n’est peut-être pas grand-chose. Ce n’est pas une puissance économique, et l’œil avide d’un commercial glisse avec indifférence sur ses courbes frêles…

L’Arménie, c’est la rose mystique, celle qui est sans pourquoi».

1er octobre: «Les faits sont terribles: l’Arménie, le plus vieux pays chrétien du monde, est attaquée par l’amicale internationale djihadistes, coordonnée par la Turquie en Azerbaïdjan».

4 octobre: «L’Arménie est massacrée, personne ne bouge».

11 octobre: «Depuis deux semaines tout en moi pleure».

27 novembre: «Les Assyriens, les Yézidis, et même les Kurdes n’intéressent pas grand monde. Pas assez glamour, n’ayant ni masse critique, ni puissance de frappe, sans diaspora bien installée, ils sont piétinés tranquillement, priés de mourir sans bruit et de patienter en attendant, car il y a autre chose à la télé. Il n’y a surtout personne».

9 décembre:

«Je suis à Stepanakert. Si je vous racontais tout ce que j’ai vu et vécu, vous pleureriez en continu…je ne pourrai pas dire le centième  de ce que j’ai vu et vécu ici».

18 décembre:

«Bien que portant, chacun de nous, un univers fait de joies et de blessures, nous approchons du monde avec bienveillance et ouverture».

19 décembre:

«L’Arménie.

L’ignominie du temps et la lâcheté du monde ont fait que ce pays ancestral et ancien, beau et digne, dépecé moultes fois, ait été amputé d’une grande parte de son territoire historique».

Artsakh est un récit poétique et de réflexion traversé par Aram Khatchatourian et le peintre martyr Martiros Sarian. 

Par Chopin, la Suède, le Danemark, Ingmar Bergman, Andersen, Kierkegaard, Soulages, Char, Debussy et Baudelaire.

Mais encore, parce que  Michel Petrossian n'est pas confiné à l'Arménie, par  l’Egypte et la Terre Saint, tant d'autres horizons que le compositeur-auteur a bien connus et dont il a appris les langues.

Chant d’Artsakh vous emmènera bien au-delà de l’Arménie et c'est un grand enrichissement. 

 

Photo Petrossian.jpeg

Lauréat de nombreux prix internationaux dans le domaine de la musique,

Michel Petrossian a obtenu, avec son premier livre, un important prix littéraire français.

 

 

 

 

 

 

 

* Editions de L’Aire, 2021, 171 pages.

14:52 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Fiction, France, Lettres, Monde, Résistance, Solidarité | Lien permanent | Commentaires (0) |