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28/05/2014

XOCHITL BOREL: LE GOUT DES MOTS

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Xochitl Borel: Elle écrit, chante, joue du piano, le tout avec joie et talent.

  Photo: Alois Gutiérrez

 

C'est un étrange petit livre, rempli de poésie et de tendresse, que nous avons de la peine à abandonner. La magie n'est pas loin.

L'auteur assurément aime les enfants, la poésie et les mots, qui sont pour elle des sons et des couleurs.

 

Dans une autre vie, Xochitl Borel était musicienne, chanteuse à texte et à la voix d'or.

Cette idéaliste, qui a de qui tenir puisque son père exerça la médecine en Amérique latine et qu'elle y était, est révoltée par les injustices, Que les choses soient dites: elle n'accepte pas le monde tel qu'il est. Un jour à Vevey, un jour à Istanbul, un jour au Mexique, elle essaie, avec ses mots, de rendre le monde plus humain.

 

Voici le premier roman de cette fin lectrice: L'alphabet des anges. Mais où est-elle allée chercher sujet aussi délicat sans être triste ?

Le sujet est en effet  très étonnant pour une jeune fille qui n'a pas  connu la maternité. Xochitl réussit à se mettre dans la peau de Soledad, mère d'une fillette née borgne alors qu'elle n'aurait pas dû naître. L'intervention de la «faiseuse d'anges» a échoué.  Aneth est née, fruit d'«un amour trop fort et vite consumé» nous dit Soledad. La petite fille est cependant condamnée à la cécité. Mais cet Ange a un don puisqu'il est habité par la poésie. Chacune de ses phrases, chacun de ses gestes est Poème car, autour d'elle, on ne ressent pas l'ombre d'une angoisse mais uniquement la confiance en l'avenir. Et la petite Aneth est sensible à ce message d'optimisme.

 

Est-ce parce que Xochitl Borel fut une «petite fille heureuse qui aimait le soleil sur ses cheveux blonds» ? Ou encore parce qu'elle aime le bleu lavande et qu'elle fut très aimée par ses parents ? 

La fable qu'elle a écrite autour d'Aneth a gardé le souvenir d'une enfance émerveillée, ici et ailleurs.

Soledad ne se complaît jamais dans la souffrance. Comment le pourrait-elle avec cette fillette qui dialogue avec les végétaux et avec ce que les voyants ne savent plus voir ?

La jeune musicienne à la voix d'ange, qui connaissait par coeur les fables de la Fontaine, n'a pas fini de nous étonner sur les chemins de la création.

 

 

Préface de Blaise Hofmann, Collection Alcantara, 125 pages, Editions de L'Aire.

 

 

 

La voix de Xochitl 

http://www.mx3.ch/Xochitl 

 

 

 

12/06/2013

SYRIE-SUISSE : COMBAT POUR LA DIGNITE

 Comme on aimerait pouvoir s’éloigner des injustices de la planète 
et n’en rester qu’à la beauté des paysages et aux sourires des enfants !
Mais l’actualité est impitoyable et rattrape les êtres pas tout-à-fait déshumanisés encore que nous sommes.
Deux livres récents et un événement théâtral nous le rappellent. 
Le fanatisme et l’intolérance n’appartiennent pas au passé.

 

ATTENTAT EXPRESS

Qui a tué Gilles Jacquier

Par Caroline Poiron, Sid Ahmed Hammouche et Patrick Vallélian

Ils étaient quatre, ce 11 janvier 2012 à Homs où ils accomplissaient leur métier : Caroline Poiron, son mari, Gilles Jacquier, les Suisses Sid Ahmed Hammouche et Patrick Vallélian. Afin de voir la «réalité» telle qu’elle est vécue du côté de l’armée de Bachar el Assad, ces reporters avaient accepté l’invitation d’une étrange religieuse, ex-hippie, suppôt du régime baasiste. 
Ils se sont retrouvés dans un guet-apens. Caroline, Sid Ahmed et Patrick ont vu le mari de Caroline se faire tuer sous leurs yeux. Ils évoquent leur combat pour que le corps de Gilles ne soit pas récupéré par le régime de Damas. Dans ce livre rédigé à trois, ils parlent simplement de ce jour funeste qu’ils n’ont pas oublié, qu’ils n’oublieront pas. Leur constat est implacable. Ces pères et mère de famille ont essayé de surmonter la tragédie afin de «rendre hommage au courage d’un peuple qui tente de se débarrasser d’une dictature sans foi ni loi».

Ils parlent de ce qu’ils ont vu, de ce qu’ils continuent à voir dans leurs nuits. Les auteurs d’Attentat express dédient ce témoignage aux enfants victimes de la guerre, aux journalistes morts sur le terrain en faisant leur métier et aux générations à venir. Après avoir vécu l’enfer de Homs, l’épouse de Gilles Jacquier, Sid Ahmed Hammouche et Patrick Vallélian n’auraient pas pu se taire. Leur «devoir de mémoire» mérite notre respect et notre partage.

  * Le Seuil, 289 pages.

 

La petite monnaie des jours 

Par Janine Massard

La première édition de ce récit autobiographique avait paru en 1985 déjà. Il a touché les esprits par sa véracité et sa qualité. Née «dans le peuple»,  Janine Massard ne l’a jamais oublié. «Elle se soucie moins de plaire que de dire» écrit son préfacier Gaston Cherpillod qui précise: «Elle voit clair et frappe juste… Elle n’a pas «la bosse du respect et ne pratique pas souvent le culte des idoles !»

C’est tant mieux! Traduit en russe, le livre fut édité à Moscou onze ans plus tard. La nouvelle édition de ce récit d’une enfance et d’une jeunesse à Rolle, dans une famille plus que modeste, est accompagnée d’un document rédigé par l’avocat Eugène Kaupert. Il nous rapporte l’exécution de Jacob Lausselet, à Rolle, le 9 septembre 1846 sur fond de misère affective. 

Ses Quelques réflexions sur la peine de mort ne peuvent que nous interroger : «… La civilisation a marché à grands pas, elle marche toujours : l’éducation des peuples s’est faite, elle se fait toujours et au développement tout physique et tout brutal des nations a succédé un développement essentiellement intellectuel et moral : ainsi voyons-nous aujourd’hui les mœurs de guerre remplacées par des mœurs de paix et le spectacle d’une exécution, qui naguère animait une foule criarde et insouciante, est aujourd’hui un sujet de deuil assez général, un sujet de sérieuses et profondes méditations pour un grand nombre».

Hélas, les mœurs de paix rêvées par l’avocat qui prônait l’abolitionnisme de la peine de mort en 1846 ne se sont pas encore généralisées sur l’ensemble de la planète. Les «leaders» du monde, et nous avec, devront encore méditer quelques millénaires pour atteindre au respect des êtres et à la compassion.

«N’est-ce pas Caroline, Janine, Sid Ahmed et Patrick ?


* Editions d’En Bas.