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04/05/2022

SHEMSI MAKOLLI: ECRIRE L'INEXPRIMABLE

Le poète Shemi Makolli n'a pas oublié l'Albanie de ses origines.
A l'heure où l'Ukraine est en guerre, il vient de publier DEESSES PROFANEES.*  Soit une «Elégie aux vingt mille femmes albanaises violées par l'armée et la police serbes dans la guerre du Kosovo de 1998 à 1999».

 

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Préfacé par Bertil Galland, cet ouvrage trouve une profonde résonance en nous par sa sensibilité et la qualité de son écriture. Du Kosovo à l'Ukraine – n'oublions pas l'Afrique – , chaque guerre a ses victimes. Les femmes sont toujours les premières à subir les crimes de la soldatesque. 

Des femmes violées aux «bâtards» oubliés.
A juste titre, Bertil Galland se dit «très impressionné par le niveau musical et par l'actualité de la poésie de Shemi Makolli» qui signe ici son troisième recueil poétique à L'Aire.

L'auteur, éditeur et grand reporter observe que si, en Albanie, «beaucoup de femmes ont été tuées, d'autres, avec les bâtards d'une armée déchaînée, les enfants du viol, vivent encore ou vivront dans notre Europe, et tairont l'inexprimable».

Du Kosovo à l'Ukraine

Si Shemsi Makolli s'en veut de ne pas avoir su protéger les femmes de sa famille en ces temps obscurs (il était réfugié en Suisse), il a su écrire l'inexprimable. Ainsi a-t-il donné un visage et une voix au victimes du Kosovo et aussi à toutes les femmes violées des guerres et à leurs enfants. 

 

«A quoi sert ce retour?

Je n'apporte de réconfort à personne

Ni mots ni gestes miraculeux

Qui puissent soulager vos douleurs.»

 

D'une guerre à l'autre, n'attendons pas de miracles mais, en dépit des horreurs subies, la poésie qui est toujours salvatrice.

 

 

* Déesses profanées, Edititions de L'Aire, 64 pages.

Autres livres chez le même éditeur:  Elégie d'automne et L'anatomie du rêve.

 

15:42 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Femmes, Lettres, Monde, Politique, Résistance, Solidarité, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0) |

05/01/2022

POEME CHOISI (70): Anne Bregani

Des beaux-arts aux sciences politiques,
Anne Bregani a dévolu sa vie
à l’enseignement tout en se consacrant à la poésie.
La nature est son viatique.
C’est en marchant qu’elle découvre ses amis les oiseaux
et les arbres.
Elle pose un regard plein d’empathie
sur les jeunes de toutes les régions du monde
qu’elle a côtoyés lors de ses cours. 
Ainsi est-elle aussi une poète résolument engagée
comme en témoigne ce poème.

 

Migrer*

ils venaient

du riz amer

ou des montagnes noires

 

sur la pente verte

parfois

d’étroits bosquets de bouleaux

 

et toujours l’eau

cascade

fine rivière ou fleuve

lacs

quelles traversées souterraines

elle seule a sues

 

les sons mouvants

les pierres au torrent

les pas, ah, quelle patience!

si nombreux

hésitants ou fermes

égarés ou joyeux

par tous les temps

sous l’auvent du jour

 

Je chante à voix nue

car jusqu’à moi est venu ce flux

où ils seront nommés

elle et eux

qui ne sont ni princes ni rois

ni persécutés pour une noble cause

ni chassés par divine fureur

 

dans leurs cœurs silencieux

ces chemins incessants

cet abri grégaire

où émerger de la misère

de la terreur d’être sans pain

de ne devenir rien

 

ils sont longtemps 

restés sans récit

 

Par ma gorge

is seraient une piste

jusqu’à l’air libre

par ma voix

ils sont nommés

rendus à leur intime royauté

eux qui marchent

pieds nus sur cette terre

 

mon chant leur donne

sandales ailées

pour traverser l’espace

jaillir vivants

dans la lumière des mots»

 

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Anne Bregani à Lausanne où elle vit 

et admire oiseaux et magnolias.

 

 

* In L’Eau, Les Etincelles, Samizdat, 108 pages

  Illustré par Armand C. Desarzens

En vente dans toutes les bonnes librairies.

 

Anne Bregani a déjà publié une dizaine de recueils de poésie (Samizdat et Empreintes Collection Poche Poésie).

 

17:05 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Femmes, Fiction, Lettres, Monde, Nature, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0) |