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07/02/2022

POEME CHOISI (71) LAURENT GAUDE

 Comme l'air que nous respirons, 
la Poésie nous sera toujours vitale. 
Au fil des jours et des saisons, 
voici des textes qui nous semblent répondre 
aux interrogations du vingt-et-unième siècle 
et  à notre humaine condition. 

 

 «Rien, en poésie, ne s'achève.

Tout est en route, à jamais». 

 Andrée Chedid

 

LAURENT GAUDE

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Poète, romancier, grand reporter,
Roland Gaudé s’est surtout fait connaître pour
Le Soleil des Scorta (Editions Actes Sud). 
Ce roman lui avait valu en 2004 le Prix Goncourt et le Prix Jean Giono.

 

Et pourquoi pas la joie *?


«Au milieu de nos villes escaliers
Où les murs de parpaings suent du béton,
Où les fils électriques dessinent, sur les toits,
des ciels d’araignées,


Et pourquoi pas la joie?
Le temps d’une corde à sauter
qui fait tourner le monde,

D’un ballon fatigué
qui court de jambes en jambes

Et soulève la pauvreté
dans les cris d’enfant,


Et pourquoi pas la joie ?
Le pieds dans l’immondice
Mais le regard droit.
C’est notre vie,
Et nous ne pourrons pas
la mener tout entière dos plié,

Regard soumis.


Tu es née du ravage, fille,
Les coups de bâton
sur nos barrages en bois
ont célébré ta venue au monde

Et rien n’a changé, depuis,
Mais pourquoi pas la joie ?»

 

 

* De sang et de lumière, Editions Actes Sud.

 

05/01/2022

POEME CHOISI (70): Anne Bregani

Des beaux-arts aux sciences politiques,
Anne Bregani a dévolu sa vie
à l’enseignement tout en se consacrant à la poésie.
La nature est son viatique.
C’est en marchant qu’elle découvre ses amis les oiseaux
et les arbres.
Elle pose un regard plein d’empathie
sur les jeunes de toutes les régions du monde
qu’elle a côtoyés lors de ses cours. 
Ainsi est-elle aussi une poète résolument engagée
comme en témoigne ce poème.

 

Migrer*

ils venaient

du riz amer

ou des montagnes noires

 

sur la pente verte

parfois

d’étroits bosquets de bouleaux

 

et toujours l’eau

cascade

fine rivière ou fleuve

lacs

quelles traversées souterraines

elle seule a sues

 

les sons mouvants

les pierres au torrent

les pas, ah, quelle patience!

si nombreux

hésitants ou fermes

égarés ou joyeux

par tous les temps

sous l’auvent du jour

 

Je chante à voix nue

car jusqu’à moi est venu ce flux

où ils seront nommés

elle et eux

qui ne sont ni princes ni rois

ni persécutés pour une noble cause

ni chassés par divine fureur

 

dans leurs cœurs silencieux

ces chemins incessants

cet abri grégaire

où émerger de la misère

de la terreur d’être sans pain

de ne devenir rien

 

ils sont longtemps 

restés sans récit

 

Par ma gorge

is seraient une piste

jusqu’à l’air libre

par ma voix

ils sont nommés

rendus à leur intime royauté

eux qui marchent

pieds nus sur cette terre

 

mon chant leur donne

sandales ailées

pour traverser l’espace

jaillir vivants

dans la lumière des mots»

 

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Anne Bregani à Lausanne où elle vit 

et admire oiseaux et magnolias.

 

 

* In L’Eau, Les Etincelles, Samizdat, 108 pages

  Illustré par Armand C. Desarzens

En vente dans toutes les bonnes librairies.

 

Anne Bregani a déjà publié une dizaine de recueils de poésie (Samizdat et Empreintes Collection Poche Poésie).

 

17:05 Écrit par Gilberte Favre dans Culture, Femmes, Fiction, Lettres, Monde, Nature, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0) |