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08/07/2011

POEMES CHOISIS (14): GUILLEVIC

A l’instar de la nature et de la musique, la poésie peut nous être un viatique.
Au fil des jours, je vous proposerai des textes qui m’accompagnent
avec une fidélité indéfectible.

 

 

«Rien, en Poésie, ne s’achève.

Tout est en route, à jamais».

Andrée Chedid


 

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«Je ne parle pas pour moi,

Je ne parle pas en mon nom,

Ce n’est pas de moi qu’il s’agit.

 

Je ne suis rien

Qu’un peu de vie, beaucoup d’orgueil

 

Je parle de tout ce qui est,

Au nom de tout ce qui a forme et pas de forme.

Il s’agit de tout ce qui pèse,

De tout ce qui n’a pas de poids,

Je sais que tout a volonté, autour de moi,

D’aller plus loin, de vivre plus,

De mieux mourir aussi longtemps

Qu’il faut mourir.

 

Ne croyez pas entendre en vous

Les mots, la voix de Guillevic.

 

C’est la voix du présent allant vers l’avenir

Qui vient de lui sous votre peau».

 

 

In Gagner, Poésie/Gallimard.

 

 

 

 

 

21/01/2011

NECESSITE DE LA POESIE (2)

Quand la vie chancelle sous nos pas, que cela soit dans nos destinées personnelles ou au niveau de la planète, les mots des poètes nous sont un précieux viatique.

La preuve par l’exemple.

 

Claude Roy, le chant du rouge-gorge  et la mésange

Dans Le travail du poète, Claude Roy, menacé par le Crabe, évoque cette période où la poésie accompagna ses jours et ses nuits:

«Quand j’étais à l’hôpital, atteint d’une opération dont l’issue était incertaine, je me suis astreint, jusqu’à la veille d’entrer dans le bloc opératoire, à écrire des poèmes.

Et je me suis aperçu, ou plutôt j’ai vérifié, qu’en obéissant comme le rouge-gorge au rythme intérieur qu’impose inconsciemment le poème, on impose à tout son être un ordre, une tenue, une sorte de calme inattendu…

Ce que m’apprit l’épreuve, c’est que la poésie peut être un instrument de gouvernement des passions et de possession (ou de reprise de possession) de soi-même.

J’ai écrit des poèmes pour tenter de régler un souffle qui se déréglait, pour essayer d’ordonner un flux intérieur qui se délitait, pour parvenir à reprendre l’avantage dans le combat douteux où j’étais engagé.

C’est que la poésie, cette activité gratuite par excellence, ajoute aux charmes essentiels de l’inutilité la force inattendue de l’extrême utilité.

Aussi vaine que les nuages, aussi nécessaire que le pain, la poésie n’est pas forcément une maîtresse d’illusions. Elle peut être aussi, elle doit être surtout la réalité profonde prise aux mots, une vérité qui se fait chant».

Le 6 juillet 1982, à l’Hôpital Marie Lannelongue, Claude Roy écrivait:

 

«Je voudrais toucher une à une chaque note du chant

de la mésange avec mes doigts pour être sûr

que ce qu’elle chante c’est pour de vrai…»

 

 

Nadia Tuéni et l’odeur des mots

 

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«Yeux noirs, cheveux noirs

et maintenant toutes les beautés de l'ombre

sur ses épaules»
(Georges Shehadé).

 

De la grande poétesse libanaise, envolée en 1983, et elle aussi confrontée à la maladie, mon cœur a retenu (parmi d’autres poèmes) ce texte sur Beit-Eddine où les mots ont un rôle primordial :

«Ici poussent la fleur et la géométrie.

Les mots ont une odeur de rose.

Quelques secrets s’envolent où la main nue se pose,

Le vent dans les cyprès est un amour ancien…»

 

Mais encore celui-ci où elle a immortalisé les Cèdres de sa patrie:

«Je vous aime

vous qui partez avec pour bannière le vent.

Je vous aime comme on respire,

vous êtes le premier Poème».

 

Des titres

Le travail du poète, de Claude Roy, Editions Paroles d’Aube.

Œuvres complètes, Nadia Tuéni, Editions Dar An-Nahar.

 

Mais encore

Parmi les poètes que je relis toujours avec ferveur: Aragon, Baudelaire, Corinna Bille, Alexandre Blok, Maurice Chappaz, Char, Andrée Chedid, Emily Dickinson, Eluard, Philippe Jaccottet, Nazim Hikmet, Rilke, Rimbaud, Schehadé, Salah Stétié, Marina Tsvétaeva, Nadia Tuéni, sans oublier Apollinaire, Desnos, Guillevic, Musset, René de Obaldia, Prévert,  Reverdy, Jean Tardieu, Villon et combien d'autres qui éclairent nos chemins.

 


10:04 Publié dans Culture | Tags : claude roy, nadia tuéni | Lien permanent | Commentaires (0) |