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02/02/2017

PARCE QUE LE MONDE EST UN VILLAGE

Après La Suisse est un village, Michel Moret a eu la bonne idée
d’éditer Le Monde est un village. 
Avec la complicité de plusieurs de ses auteurs,
il nous fait voyager de Porto à Madrid, de Prague à Kyoto
et de Beyrouth à Dakar,
entre autres vingt-cinq destinations. 

 

Le Monde est un village s’ouvre avec la Prière sur l’Acropole d’Ernest Renan, un texte dont l’éditeur espère qu’il nous apportera «un peu de lumière et un peu d’espérance en ce monde où les grandes puissances entretiennent le bruit et la fureur»Pari gagné. 

«Le monde ne sera sauvé qu’en revenant à toi, en répudiant ses attaches barbares. Courons, venons en troupe» nous supplie Renan du pied de l’Acropole. 
Et nous le croyons lorsqu’il écrit: «Les larmes de tous les peuples sont de vraies larmes; les rêves de tous les sages renferment une part de vérité».

 

 

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De Lucca à La Havane en passant par Pékin

Si mon propos n’est pas de citer tous les auteurs ni tous les lieux (inconnus ou familiers) qui m’ont touchée, j’aimerais écrire que le texte d’Alphonse Layaz, spécialiste en beaux-arts, m’a donné l’envie irrésistible de retourner à Lucca. Pour Puccini et le jardin suspendu de la Torre Guinigi où une «scintilla inafferabile» (étincelle insaisissable) éclairerait chaque année la statue de saint Michel…
Quant au Pékin évoqué par Alain Campiotti, dix ans après un premier séjour, il m’a franchement bouleversée. Le journaliste y vécut plusieurs années avec son épouse, Myriam Meuwly, et leur petite fille. C’était au temps où la Chine n’avait pas encore goûté au capitalisme. Alors, la place Tiananmen était «une grande aire de flânerie automnale»… La Chine a changé depuis même si «la critique du fonctionnement dynastique s’applique aussi aux maîtres d’aujourd’hui» nous précise Alain Campiotti. «Les murs gris de Pékin refleuriront-ils, se couvrant comme autrefois de mille affiches sauvages et irrespectueuses?» se demande-t-il entre nostalgie et lucidité. Dans cette hypothèse, sa fille Cécile pourrait savoir à quoi ressemblait le Pékin de sa petite enfance...

 

Lumière et fraternité

Je dois avouer qu’après avoir lu les lignes d’Isabelle Leymarie, auteur d’un récent et passionnant volume intitulé Trésors de la littérature suisse,*j’ai ressenti la tentation de La Havane, la ville musicale qu’elle a aimée et qu’elle aime encore. Que je comprends mieux la fascination de Xochitl Borel pour Managua, où elle trouva «l’infini goût de la sensation».
Si je partage totalement la passion de Vincent Philippe pour Paris, je dois reconnaître que la ville d’Ubud décrite par Arthur Billerey m’a intriguée autant que le Madara de Corinne Desarzens et le Zwierzyniec d’Antoine Jaccoud.

Mais il ne faudrait pas oublier pour autant Porto et Rio de Janeiro, Prague et Reykjavik, Medellin et Beyrouth…ni Alger, ville chère à Michel Moret pour le souvenir de Camus et pour sa lumière.

En des temps plus récents, l’éditeur y fera à plusieurs reprises, juste retour des choses, l’expérience de la fraternité. De retour en Suisse, il écrira: «J’ai enfin compris que l’acte gratuit constitue le ciment le plus solide de toute civilisation.» 

Puisse-t-il être entendu!

Le Monde est un village, assurément. 

 

 

 

 

 

* Editions de L’Aire, 285 pages

 

** Editions de L’Aire, 432 pages.

 

17:03 Publié dans Culture, Lettres | Lien permanent | Commentaires (0) |

14/01/2017

JANINE MASSARD: ECRIVAIN ET FEMME D'HONNEUR

De Question d’honneur*, le roman qui vient de paraître
aux Editions Bernard Campiche, à De seconde classe**, le premier livre,
j’ai lu tous les ouvrages de Janine Massard. 
En plus de ses qualités littéraires – précision, clarté de l’écriture–,
j’ai le plus grand respect pour la dimension sociale de son œuvre. 

Celle qui fut notamment proche de Gaston Cherpillod, un écrivain romand connu pour son authenticité, est viscéralement allergique à l’injustice. Cette dimension apparaît en effet dans tous ses livres qu’ils soient des fictions ou des documentaires.

 

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 Dans La petite monnaie des jours*** et Terre noire d’usine ****, Janine Massard nous révélait le quotidien des classes les plus modestes de son canton natal. Il ne s’agissait pas d’un retour à Zola mais de la condition des paysannes de La Côte et des ouvrières d’usine du Nord vaudois dont nous ignorions presque tout. Or, dans sa quête de vérité, Janine Massard avait recueilli des témoignages irréfutables, autant de pierres noires au chapitre de la condition féminine et enfantine en Suisse au 20 me siècle.

 

Question d’honneur

L’écrivain étant peu portée sur le narcissisme et l’introspection, rien d’étonnant si le récit qu’elle entendit, voici quelques années, demeura au creux de son oreille. Ces confidences sont précisément à l’origine de son dernier roman: Question d’honneur, un titre qui colle parfaitement à sa personnalité. Janine Massard les doit à l’«héroïne-victime» de cette histoire vraie qui s’est déroulée vers 1950 dans un milieu de notables protestants. Confronté à la grossesse inattendue de sa fille aînée, qu’il apprend tardivement, un instituteur en est réduit à une action extrême. La petite sœur de la jeune mère aura tout vu de ce crime caché. Des années, elle garda le silence car les secrets de famille sont faits pour demeurer secrets… Jusqu’au jour où elle se libéra. Question d’honneur traite d’un sujet dur mais Janine Massard a su le traiter avec délicatesse. 

De l’universel à l’intime

Liée à son expérience personnelle, l’œuvre de la Vaudoise comporte aussi des livres à la dimension plus intime: Ce qui reste de Katharina***** et Comme si je n’avais pas traversé l’été****** habités par le deuil, Janine ayant perdu la même année son mari et l’une de ses filles.

Les épreuves de la vie ne l’ont pas incitée à se replier sur son nid de douleurs puisqu’elle est demeurée ouverte aux autres. Il suffit de lire Le Jardin face à la France******* et L’Héritage allemand ******** pour constater sa généreuse réceptivité. Il en va de même pour Gens du Lac********* basé  sur une histoire touchant à sa famille. Alors un de ses oncles pêcheur faisait passer les Juifs d’une rive à l’autre du Léman pour échapper aux nazis et aux collabos. Et si Janine Massard avait vécu sur ces rivages à l’époque, elle aurait assurément été du voyage… comme elle distribua de ses mains la soupe populaire aux sans-abris de Lausanne.

Solidaire et authentique, en dépit de ses blessures personnelles, ainsi est-elle.

Après m’être immergée dans Question d’honneur, j’ai aimé relire son premier livre: un récit de voyage à travers l’Europe, en train, «de seconde classe», nimbé d’humour et de tendresse. 
Alors, la maladie et la mort n’avaient pas encore passé par là. Avec elle, nous en étions à nos vingt ans, au temps de l’innocence et de toutes les espérances. 
Le monde était plus gai, il est vrai...

 

 

** Le Temps parallèle, 1978; Editions d’en bas, 2016.

*** Récit autobiographique, Editions d’en bas, 1985. 

**** Essai d’ethnologie régionale, Editions de La Thièle, 1990.

***** Roman, Editions de L’Aire, 1997. 

****** Roman, Editions de L’Aire, 2001. 

*******Roman, Bernard Campiche éditeur, 2005. 

******** Roman, Bernard Campiche éditeur, 2008.

********* Roman, Bernard Campiche éditeur, 2013.