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23/08/2013

LITTERATURE: UN CHANT D'AMOUR POUR BEYROUTH

A dix mille lieues des stéréotypes qui confinent la capitale libanaise dans un univers de guerre et de violence, voici Beyrouth Beyrouth.* 
Ce récit poétique, qui s'ouvre avec Nadia Tuéni et se termine avec Flaubert, n'est pas dénué de clairvoyance. 

 

Son auteur, Laurent Costantini, n’est pas un Européen «ordinaire» venu de l’autre côté de la Méditerranée avec la curiosité pour seul viatique. Le baluchon de ce marcheur impénitent est en vérité rempli de trésors en voie de disparition: la fraternité et le respect.

 

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Un regard et une plume: Laurent Costantini a déjà exposé ses photos à Paris (Institut du Monde Arabe) et à Beyrouth. Il aime aussi la Finlande.


Je le sais car nous avons beaucoup marché ensemble à Beyrouth, l'automne dernier, d’Achrafieh à Basta et de la Qarantina à la Corniche...

Avec nous, il y avait l'ombre protectrice du grand-père de Laurent, haut fonctionnaire du BIT. Cet expert en questions touristiques, aujourd'hui disparu, vécut à Beyrouth dans les années 70. Il a laissé à son petit-fils une riche Bibliothèque orientale et le goût de cette région du monde aujourd'hui martyrisée, mais si belle. 

Ainsi l'enfance de Laurent a-t-elle été bercée par les récits de ses grands-parents maternels. Grâce à eux, le lointain Proche-Orient lui devint réellement proche.


En 2005, le jeune auteur et photographe niçois découvre le Pays du Cèdre. Depuis, il y retourne chaque année et il s’attache viscéralement à Beyrouth «la fascinante», «l'obsédante».

 

«Il y a ici une effervescence, une chaleur humaine, une attention à l’autre et à l’étranger qui me séduit. Au fil du temps,  j’ai commencé à m’y faire de vrais amis», explique-t-il... comme s’il fallait justifier l’Amour, pour une ville, un pays, un être.

En vérité, Laurent Costantini connaît Beyrouth mieux que la plupart des Beyrouthins. Il y marche inlassablement les yeux et le cœur grand ouverts. Il y marche puis il retrouve son carnet de notes et il écrit comme on jetterait une bouteille à la mer. Serait-ce pour se sauver ou pour sauver Beyrouth ?

 

Voici, Beyrouth Beyrouth …

Et parce que nous aimons aussi cette ville, nous entendons: Beyrouth Beyrouth, prends soin de toi, ne change pas trop vite, souviens-toi de ton passé, de ta beauté, ne te laisse pas faire, veille à ne pas perdre ton corps et ton âme, pense à ton avenir, à tes enfants et petits-enfants, mais n'oublie pas tes aînés qui se sont sacrifiés pour toi...

 

Tous ceux qui ont connu Beyrouth d’« avant » continueront à l’aimer à travers Beyrouth Beyrouth.
J'en ai rédigé la préface car j'aurais aimé l'avoir écrit. 

 

«Beyrouth, j'aime ton allure désinvolte,

la noblesse de tes belles demeures

qui se moquent du temps qui passe

et des carreaux cassés…

 

Beyrouth, tu es le mystère de la mort

et de la vie des hommes,

de leur folie et de leur génie…

 

Beyrouth, le dirai-je enfin, avant de te connaître,

je t'aimais déjà.

Je savais que tu étais une ville pour moi,

une ville à ma démesure,

une ville pour la mémoire et pour l'oubli,

une ville où le temps n'en finit pas de passer...

 

Beyrouth, tu es toute l'émotion du monde

et tu me bouleverses chaque jour

du matin au soir».

 

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Beyrouth Beyrouth (80 p.), Editions Z, CP 33 1000 Lausanne 6


www.comedition.ch/editionz/index.html (Parutions  et Commandes), Fr. 18 ou 15 €.

 


Dédicaces en Suisse

Laurent Costantini dédicacera son livre le jeudi 28 novembre à Genève (Librairie L'Olivier) à 19 h. et le samedi 30 novembre au département livres de Manor, à Lausanne (entrée rue de la Louve).


Laurent Costantini l'avait déjà présenté au dernier SALON DU LIVRE


FRANCOPHONE DE BEYROUTH où il a reçu un accueil très positif.


12/06/2013

SYRIE-SUISSE : COMBAT POUR LA DIGNITE

 Comme on aimerait pouvoir s’éloigner des injustices de la planète 
et n’en rester qu’à la beauté des paysages et aux sourires des enfants !
Mais l’actualité est impitoyable et rattrape les êtres pas tout-à-fait déshumanisés encore que nous sommes.
Deux livres récents et un événement théâtral nous le rappellent. 
Le fanatisme et l’intolérance n’appartiennent pas au passé.

 

ATTENTAT EXPRESS

Qui a tué Gilles Jacquier

Par Caroline Poiron, Sid Ahmed Hammouche et Patrick Vallélian

Ils étaient quatre, ce 11 janvier 2012 à Homs où ils accomplissaient leur métier : Caroline Poiron, son mari, Gilles Jacquier, les Suisses Sid Ahmed Hammouche et Patrick Vallélian. Afin de voir la «réalité» telle qu’elle est vécue du côté de l’armée de Bachar el Assad, ces reporters avaient accepté l’invitation d’une étrange religieuse, ex-hippie, suppôt du régime baasiste. 
Ils se sont retrouvés dans un guet-apens. Caroline, Sid Ahmed et Patrick ont vu le mari de Caroline se faire tuer sous leurs yeux. Ils évoquent leur combat pour que le corps de Gilles ne soit pas récupéré par le régime de Damas. Dans ce livre rédigé à trois, ils parlent simplement de ce jour funeste qu’ils n’ont pas oublié, qu’ils n’oublieront pas. Leur constat est implacable. Ces pères et mère de famille ont essayé de surmonter la tragédie afin de «rendre hommage au courage d’un peuple qui tente de se débarrasser d’une dictature sans foi ni loi».

Ils parlent de ce qu’ils ont vu, de ce qu’ils continuent à voir dans leurs nuits. Les auteurs d’Attentat express dédient ce témoignage aux enfants victimes de la guerre, aux journalistes morts sur le terrain en faisant leur métier et aux générations à venir. Après avoir vécu l’enfer de Homs, l’épouse de Gilles Jacquier, Sid Ahmed Hammouche et Patrick Vallélian n’auraient pas pu se taire. Leur «devoir de mémoire» mérite notre respect et notre partage.

  * Le Seuil, 289 pages.

 

La petite monnaie des jours 

Par Janine Massard

La première édition de ce récit autobiographique avait paru en 1985 déjà. Il a touché les esprits par sa véracité et sa qualité. Née «dans le peuple»,  Janine Massard ne l’a jamais oublié. «Elle se soucie moins de plaire que de dire» écrit son préfacier Gaston Cherpillod qui précise: «Elle voit clair et frappe juste… Elle n’a pas «la bosse du respect et ne pratique pas souvent le culte des idoles !»

C’est tant mieux! Traduit en russe, le livre fut édité à Moscou onze ans plus tard. La nouvelle édition de ce récit d’une enfance et d’une jeunesse à Rolle, dans une famille plus que modeste, est accompagnée d’un document rédigé par l’avocat Eugène Kaupert. Il nous rapporte l’exécution de Jacob Lausselet, à Rolle, le 9 septembre 1846 sur fond de misère affective. 

Ses Quelques réflexions sur la peine de mort ne peuvent que nous interroger : «… La civilisation a marché à grands pas, elle marche toujours : l’éducation des peuples s’est faite, elle se fait toujours et au développement tout physique et tout brutal des nations a succédé un développement essentiellement intellectuel et moral : ainsi voyons-nous aujourd’hui les mœurs de guerre remplacées par des mœurs de paix et le spectacle d’une exécution, qui naguère animait une foule criarde et insouciante, est aujourd’hui un sujet de deuil assez général, un sujet de sérieuses et profondes méditations pour un grand nombre».

Hélas, les mœurs de paix rêvées par l’avocat qui prônait l’abolitionnisme de la peine de mort en 1846 ne se sont pas encore généralisées sur l’ensemble de la planète. Les «leaders» du monde, et nous avec, devront encore méditer quelques millénaires pour atteindre au respect des êtres et à la compassion.

«N’est-ce pas Caroline, Janine, Sid Ahmed et Patrick ?


* Editions d’En Bas.