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12/06/2013

SYRIE-SUISSE : COMBAT POUR LA DIGNITE

 Comme on aimerait pouvoir s’éloigner des injustices de la planète 
et n’en rester qu’à la beauté des paysages et aux sourires des enfants !
Mais l’actualité est impitoyable et rattrape les êtres pas tout-à-fait déshumanisés encore que nous sommes.
Deux livres récents et un événement théâtral nous le rappellent. 
Le fanatisme et l’intolérance n’appartiennent pas au passé.

 

ATTENTAT EXPRESS

Qui a tué Gilles Jacquier

Par Caroline Poiron, Sid Ahmed Hammouche et Patrick Vallélian

Ils étaient quatre, ce 11 janvier 2012 à Homs où ils accomplissaient leur métier : Caroline Poiron, son mari, Gilles Jacquier, les Suisses Sid Ahmed Hammouche et Patrick Vallélian. Afin de voir la «réalité» telle qu’elle est vécue du côté de l’armée de Bachar el Assad, ces reporters avaient accepté l’invitation d’une étrange religieuse, ex-hippie, suppôt du régime baasiste. 
Ils se sont retrouvés dans un guet-apens. Caroline, Sid Ahmed et Patrick ont vu le mari de Caroline se faire tuer sous leurs yeux. Ils évoquent leur combat pour que le corps de Gilles ne soit pas récupéré par le régime de Damas. Dans ce livre rédigé à trois, ils parlent simplement de ce jour funeste qu’ils n’ont pas oublié, qu’ils n’oublieront pas. Leur constat est implacable. Ces pères et mère de famille ont essayé de surmonter la tragédie afin de «rendre hommage au courage d’un peuple qui tente de se débarrasser d’une dictature sans foi ni loi».

Ils parlent de ce qu’ils ont vu, de ce qu’ils continuent à voir dans leurs nuits. Les auteurs d’Attentat express dédient ce témoignage aux enfants victimes de la guerre, aux journalistes morts sur le terrain en faisant leur métier et aux générations à venir. Après avoir vécu l’enfer de Homs, l’épouse de Gilles Jacquier, Sid Ahmed Hammouche et Patrick Vallélian n’auraient pas pu se taire. Leur «devoir de mémoire» mérite notre respect et notre partage.

  * Le Seuil, 289 pages.

 

La petite monnaie des jours 

Par Janine Massard

La première édition de ce récit autobiographique avait paru en 1985 déjà. Il a touché les esprits par sa véracité et sa qualité. Née «dans le peuple»,  Janine Massard ne l’a jamais oublié. «Elle se soucie moins de plaire que de dire» écrit son préfacier Gaston Cherpillod qui précise: «Elle voit clair et frappe juste… Elle n’a pas «la bosse du respect et ne pratique pas souvent le culte des idoles !»

C’est tant mieux! Traduit en russe, le livre fut édité à Moscou onze ans plus tard. La nouvelle édition de ce récit d’une enfance et d’une jeunesse à Rolle, dans une famille plus que modeste, est accompagnée d’un document rédigé par l’avocat Eugène Kaupert. Il nous rapporte l’exécution de Jacob Lausselet, à Rolle, le 9 septembre 1846 sur fond de misère affective. 

Ses Quelques réflexions sur la peine de mort ne peuvent que nous interroger : «… La civilisation a marché à grands pas, elle marche toujours : l’éducation des peuples s’est faite, elle se fait toujours et au développement tout physique et tout brutal des nations a succédé un développement essentiellement intellectuel et moral : ainsi voyons-nous aujourd’hui les mœurs de guerre remplacées par des mœurs de paix et le spectacle d’une exécution, qui naguère animait une foule criarde et insouciante, est aujourd’hui un sujet de deuil assez général, un sujet de sérieuses et profondes méditations pour un grand nombre».

Hélas, les mœurs de paix rêvées par l’avocat qui prônait l’abolitionnisme de la peine de mort en 1846 ne se sont pas encore généralisées sur l’ensemble de la planète. Les «leaders» du monde, et nous avec, devront encore méditer quelques millénaires pour atteindre au respect des êtres et à la compassion.

«N’est-ce pas Caroline, Janine, Sid Ahmed et Patrick ?


* Editions d’En Bas.

 

09/06/2013

POESIE POUR UN ETE: DE VENUS A JEAN-DOMINIQUE

Il y a des livres plus indispensables que d’autres. Voici deux titres qui enrichiront votre été qu'il soit gris ou ensoleillé.

 

Où vont les arbres 

 

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Vénus Khoury-Ghata 

 

Photo: copyright: Le Mercure de France

 

De ce grand écrivain nous avaient bouleversée Une Maison au bord des larmes (roman) et La Maison aux orties (roman) parmi d’autres livres.

Selon le New Yorker, «Vénus Khoury-Ghata est à la poésie ce que Gabriel Garcia Marquez est au roman». C’est tout dire. A la fois romancière et poète, Vénus Khoury-Ghata n’a jamais oublié le pays natal qu’elle a quitté pour cause de guerre. A l’intention de ses amis Jean-Marie et Jemia Le Clézio, elle écrit :


«Des hordes d’arbres aux noms imprononçables se déversaient

sur nos faubourgs au déclin des saisons

Entraient en collision avec les nôtres devenus herbeux

à force de méditation…

Seul le paysage était sédentaire


Les enfants

Poussières sur les cils de l’air».

 

De Paris, elle hume le parfum de ses arbres. Et au-delà tant d’êtres aimés et souvent perdus mais toujours là. Ainsi les choses se passent-elles lorsque l'amour et l'amitié sont véridiques.

Le visage de Vénus Khoury-Ghata porte les traces de toute la beauté et de toute la souffrance du Liban, mais c'est le courage et la beauté qui dominent.

 

        Le Mercure de France, 16 pages.

·       

L’Air de ton nom

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 Jean-Dominique Humbert

 

Photo: copyright Philippe Pache.


Il aime les mots autant que les notes de musique.

De L’Exilée à L’Eté dernier, de Au passage du pré à L’Air de ton nom, la poésie de Jean-Dominique Humbert nous est un concert. Notre hypothèse n’est pas si farfelue puisque des poèmes de Jean-Dominique ont été mis en musique.

Ses textes sont des chants d’oiseaux à tel point qu’on se demande : et si le poète cachait en lui une âme d’oiseau ?

Il écrit avec une simplicité déchirante :

 

«Sans plus attendre

être là simplement

au jour des murs»

 

Et aussi :

 

«Tu regardes les fleurs de l’arbre

dans son sommeil

 

La branche de sa voix si claire

lente lointaine

 

dans la nuit que tu sais»

 

Egalement auteur de récits, Jean-Dominique Humbert ressemble à ses textes. On devine que ses textes sont inspirés par de grandes âmes, celles d’enfants et  de «grandes personnes», ici ou Ailleurs.

Venus et Jean-Dominique sont tous deux des êtres aimants et c'est aussi pour cela – leur talent, leur regard sur les êtres, sur la nature, leur respect  – que je les aime.

 

 

* Editions Bernard Campiche (collection Campoche), 199 pages (comprend L’Air de ton nom et autres poèmes (1986-2011).