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29/07/2014

PHRASES LUES (13) ECRIVAINS ENGAGES

Jorge SEMPRUN

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Résistant, déporté à Buchenwald, ministre de la culture
et indéfectible amoureux 
de la poésie, qu'il déclamait par cœur,

Jorge Semprun nous manque...


 Photo: Lycée français Anna de Noailles.

 

 

«Tout a une fin dans la vie, même les raisons de vivre. Mais pourquoi ne vivrait-on pas sans raisons ?

Je veux dire, sans autre raison que celle de vivre, précisément, avec toutes ses conséquences…»

 

Jorge SEMPRUN

 

(in Exercices de survie, textes inachevés – pour cause de maladie –; introduction de Régis Debray, Folio Gallimard).

 

 

 Annie ERNAUX

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Annie Ernaux aime véritablement les êtres et en particulier les «petits»
si souvent méprisés par les «intellectuels». A l'instar d'un Le Clézio, elle sait prendre sa plume pour les défendre.

 

«Sortant d'Auchan, un très vieil homme plié en deux, flottant dans un imperméable, avance tout doucement avec une canne en traînant des chaussures avachies. Sa tête tourne sur la poitrine, je ne vois que son cou. 

De la main libre, il tient un cabas hors d'âge. Il m'émeut comme un scarabée admirable venu braver les dangers d'un territoire étranger

pour rapporter sa nourriture».

 

Annie ERNAUX

 

(in Regarde les lumières, mon amour, collection Raconter la vie, Le Seuil).

 

 

Pierre RABHI

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De l'Algérie aux Cévennes, Pierre Rabhi s'est forgé une vision originale
et convaincante.


Photo: Néoplanète

 

«On voit s'ériger des générations d'enfants qui, faute d'un éveil à la vie, sont réduits à n'être que des consommateurs insatiables, blasés et tristes...

 

Désormais, la plus haute, le plus belle performance que devra réaliser l'humanité sera de répondre à ses besoins vitaux avec les moyens les plus simples et les plus sains».

 

Pierre RABHI

 

(Vers la sobriété heureuse, Actes Sud, Babel).

 

 


Lire, relire les indispensables


Jorge Semprun: Le fer rouge de la mémoire, Quarto, Gallimard.

L'écriture ou la vie, Gallimard.

Si la vie continue, Grasset.


Annie Ernaux: Ecrire la vie, Quarto, Gallimard.

Je ne suis pas sortie de ma nuit, Gallimard.

Les Années, Gallimard.

L'Écriture comme un couteau, avec Frédéric-Yves Jeannet, Stock. 

 

Pierre Rabhi: Manifeste pour la Terre et l'humanisme: pour une insurrection des consciences, Editions Actes Sud.

Le monde a-t-il un sens ?, avec Jean-Marie Pelt, Flammarion,


 








 

21/07/2014

POEMES CHOISIS (37) EMELINE CARMENT

Loin des yeux, loin du coeur… Rien de plus faux! 
Aujourd'hui en Bourgogne, demain à Cuba, la jeune poète 
et prof de philo n'a pas oublié le Moyen-Orient… 
Les «événements» qui déchirent cette région du monde
 
lui ont inspiré ce poème.

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Emeline Carment lorsqu'elle était encore parmi ses petits élèves du Liban.*

 

Décompte

«77 enfants pieds-nus, dans une rue sans trottoirs

Courent se cacher ou jouent à chat perché

Tandis que le muezzin sonne les vêpres du soir.


24 femmes, le voile immobile sur une frange des yeux,

Démembrent les viandes à cuire avec les œufs,

Assises sur les perrons, le regard enfoncé,

Elles comptent combien elles peuvent encore faire de dîners.

 

18 grands-pères et presque autant d'aïeules veillent sur le temps

Et enseignent aux enfants

Le calcul sur leurs doigts de géants.

 

1, 2, 3, 4, tu n’as pas encore trouvé ?

5, 6, 7, 8, il est grand temps de te cacher !

9, 10, 11, 12, j’arrive, plus de bruit, rien ne bouge !

                La chasse peut commencer.

 

Des enfants, on ne retrouve plus que des pieds, des mains,

Un reste de tissu,

Les doigts de nos petits vieux ont regagné les nues,

Et les mères s’écrasent écarlates sur les vitres.

 

77 enfants ont fini en hachis,

24 femmes et mères sont rongées par les mites

Les 18 Qadimites sont comme de la charpie.

 

Demain, 66 enfants joueront à cache-cache,

Tandis que leurs parents rentreront des prières

Et que les Anciens liront dans les étoiles

On entendra au loin un tonnerre de cymbales...

 

1, 2, 3, 4, tu n’es pas encore caché ?

5, 6, 7, 8, attention, gare à toi ou je vais te trouver !

9, 10, 11, 12, j’arrive, ne bouge plus, ne respire plus…

 

36 femmes et 45 pères, tombés dans un cratère,

Et les vieux, et les vieilles, médusés, sur leur chaise,

Les enfants accroupis dans des allées étroites ou

Plongés sous les lits

Calcinés, les yeux révulsés, les cheveux tout raidis.

 

1, 2, 3, 4, tu n’es pas encore caché ?

5, 6, 7, 8, attention je vais te trouver !

 

9, 10, 11, 12, Voilà ! plus rien ne bouge !»

 

* Le film philosophique réalisé au Liban par Emeline Carment et ses collègues de Beyrouth peut se voir sur: 

www.youtube.com/watch?v=vNWK35zUSj0&feature=youtu.be