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21/12/2014

NOEL AVEC FRA ANGELICO

La Beauté du monde alliée au Courage. J'aime cette alliance. 
Il faudrait réussir à la conjuguer chaque jour dans notre quotidien.
A dix mille lieues des aberrations et des injustices* de notre siècle, 
ce mois d'octobre, à Barcelone**,
je me suis attardée devant
la
Madone de l'Humilité de Fra Angelico, cet immense artiste
qui vécut entre 1400 et 1455. 
La Douceur de son œuvre m'a bouleversée.

J'aimerais la partager avec vous.
Que cette fin d'année soit heureuse pour vous
et pour tous ceux que vous aimez!
 
Que 2015 soit meilleure pour le Monde!

 Fra Angelico.jpg

Photo: gf


LETTRE DE NOEL  DE FRA ANGELICO 

«Ami, il n’y a rien de ce que je pourrais vous offrir que vous ne possédiez déjà, mais il y a beaucoup de choses que je ne puis vous donner et que vous pouvez prendre.

Le ciel ne peut descendre jusqu’à nous, à moins que notre cœur n’y trouve aujourd’hui même son repos. Prenez donc le ciel.

Il n’existe pas de paix dans l’avenir qui ne soit caché dans ce court moment présent. Prenez donc la paix.

L’obscurité du monde n’est qu’une ombre. Derrière elle, et cependant à notre portée, se trouve la joie. Il y a dans cette obscurité une splendeur et une joie ineffables si nous pouvions seulement les voir. Et pour voir, vous n’avez qu’à regarder. Je vous prie donc de regarder.

La vie est généreuse donatrice, mais nous, qui jugeons ses dons d’après l’apparence, nous les rejetons, les trouvant laids ou pesant, ou durs. Enlevons cette enveloppe et nous trouverons au-dessous d’elle une vivante splendeur, tissée d’amour par la sagesse, avec d’abondants pouvoirs.

Accueillez-la, saisissez-la et vous toucherez la main de l’ange qui vous l’apporte.

Dans chaque chose que nous appelons une épreuve, un chagrin ou un devoir, se trouve, croyez-moi, la main de l’ange ; le don est là, ainsi que la merveille d’une présence sans ombre. De même pour nos joies : ne vous en contentez pas en tant que joies, elles aussi cachent des dons divins. La vie est tellement emplie de sens et de propos, tellement pleines de beautés au-dessous de son enveloppe, que vous apercevrez que la terre ne fait que recouvrir votre ciel.

Courage donc pour le réclamer. C’est tout. Mais vous avez du courage et vous savez que nous sommes ensemble des pèlerins qui, à travers des pays inconnus, se dirigent vers leur patrie. Ainsi, en ce jour de Noël, je vous salue, non pas exactement à la manière dont le monde envoie ses salutations, mais avec la prière : que pour vous, maintenant et à jamais, le jour se lève et les ombres s’enfuient ».

* Surconsommation, hauts salaires des cadres, licenciements abusifs, famine, noyade en mer des immigrants fuyant la guerre et la misère, tortures... La liste peut être complété à l'infini.

** Au Musée d'art catalan (collection Thyssen) de Barcelone.

18:20 Publié dans Culture, Lettres | Lien permanent | Commentaires (0) |

13/12/2014

MARWAN HAMADE: L'HONNEUR DU LIBAN

Pour Marwan Hamadé 

       en souvenir de Gibran Tuéni

             et de tous les autres.

 

 

IMG_0598.JPG

Dans la Cédraie du Chouf.

photo: gf

 

 

«Une lumière blanche…»

  Puis l’Enfer.

A la frontière de la mort.

 

Sans un joggeur qui passait par là

      le premier octobre 2004

l’ami de Hariri ne serait plus là.

 

Il n’aurait pu témoigner

dix ans plus tard 

au Tribunal de La Haye.

 

De temps obscurs au Pays du Cèdre

ponctués d’attentats non-jugés

De Rafic à Pierre sans oublier Samir. 

 

Tant de deuils inachevés!

Par la faute des collabos 

 alliés des Barbares.

 

Au nom de secrets inavouables

 certains auraient préféré il est vrai

les jeter avec leur intégrité.

 

Tout entiers

dans les oubliettes de l’Histoire

ou perdre la mémoire.


Leur cupidité et leur couardise

ont à moitié tué

le Liban.

 

 

Les enquêteurs ont lambiné

et les meurtriers se sont cachés

le temps de se faire oublier.

 

Mais quel Sage avait-il dit: 

«les crimes indescriptibles

sont imprescriptibles ?»

 

Au Tribunal de La Haye

les avocat sdes prévenus

ergotent et tergiversent.

 

 S'ils révélaient enfin

le nom du commanditaire*

 une lueur pourrait émerger.

 

Les proches des victimes 

 et les rescapés 

auraient le droit de dormir.

 

Mais voici qu’il est demandé 

au témoin lui aussi victime 

de revivre l’Indicible.

 

«Il y eut une lumière blanche

      Puis nous fûmes propulsés en hauteur.

Et ce fut l’enfer…»

 

Rescapé du carnage

     il revint miraculeusement

à la frontière de la vie.

 

Propulsé à deux cents mètres

son garde du corps 

n’a jamais ressurgi. 

 

Imaginons-le dans une Etoile

où avec d’autres frères et sœurs de malheur

il referait le Monde.

 

Un Monde où les despotes

ne feraient pas la loi

Un Monde où la Justice aurait le dernier mot.

 

Serait-ce trop demander ?

Ou le frère de Nadia* devrait-il s’excuser

d’avoir survécu ?

 

«Pardonnez-moi d’être sorti des flammes!

De ne pas être devenu amnésique

et de dire l’entière Vérité».

                 

Sa vie à la frontière de la mort

et ses quinze opérations

lui confèrent ce droit.

 

La victime a dit ce qu’elle devait.

Et il se trouverait encore des esprits pervers

pour oser le menacer ?

   

Au Pays du Cèdre hélas 

j’ai rencontré de prétendus «humains»

atteints d'une étrange cécité.

 

Aussi peureux que des lapins

Sans rougir ils ont observé:

   «Ce qui est fait est fait».

 

Et aussi – honte à eux:

«Pourquoi dépenser tant d’argent

pour ce Tribunal spécial ?»

 

SPECIAL.

 

    Et moi j’ai cru entendre:

«A quoi bon connaître la vérité?»

A quoi bon la Justice?»

 

Et je leur réponds: 

«De Belgrade à Phnom Penh

les temps ont changé».

 

Plus d’impunité pour les criminels!

La vérité et la Justice sont les seuls préalables

à un monde meilleur.

 

«Mais de quoi de qui avez-vous peur* ?

leur ai-je aussi demandé

 quand ils ont osé ironiser

 

     Sur l’Innommable vécu 

par May, Gibran et Marwan

au nom de la liberté.

 

             

En décembre 2014 à La Haye

l’oncle de Gibran*** a montré 

qu’il était l’honneur du Liban. 

 

 

 

 * A découvrir peut-être dans les deux tonnes des Archives criminelles de Bachar el Assad à Genève (in LE TEMPS, 20 octobre 2014).


** La poète Nadia Tuéni, éditée chez Seghers et à An-Nahar (décédée en 1983).


*** L’éditeur et journaliste Gibran Tuéni, le fils de Nadia et Ghassan, fut tué lors d’un attentat à la voiture piégée le 12 décembre 2005, près de Beyrouth. Il revint à son oncle, Marwan Hamadé, d’aller l’identifier à l’hôpital. Il était décapité.