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29/05/2015

SARAH CHARDONNENS:L'AVENTURE EST POSSIBLE!

Bien que non-adepte des deux-roues, je me suis un peu retrouvée
dans la très courageuse équipée de
Sarah Chardonnens qu'elle restitue
dans Parfum de jasmin dans la nuit syrienne*.
Autres temps, autres guerres...

Pour nous, ce fut en 2 CV, durant quatre mois, à travers tout le Moyen-Orient, Iran, Syrie, Liban, y compris, peu après la Guerre éclair, camps de réfugiés palestiniens en Syrie et Palestiniens dans Jérusalem occupée...  Depuis, le monde n'est pas devenu meilleur. Israël n'a toujours pas respecté les déclarations des Nations Unies l'enjoignant de quitter les Territoires occupés. Des dictatures se sont éternisées. Des mouvements terroristes sont apparus. D'autres conflits sont apparus. Le Kurdistan d'Irak a émergé. D'autres dangers sont nés et le Moyen-Orient ne s'est toujours pas métamorphosé en une oasis de paix.


Le défi de Sarah

En 2011, les terroristes de Daech ne sont qu’à une vingtaine de kilomètres d’Erbil, la capitale du Kurdistan d'Irak, lorsque Sarah Chardonnens décide de s'en aller, au guidon de sa petite moto rouge, sous les applaudissements des Kurdes de la région autonome d'Irak. Son équipée de 6000 kilomètres la  conduira à travers  la Syrie, la Turquie, la Grèce, l’Italie pour s'achever par un accident  à La Tour-de-Peilz.

La jeune Suissesse a réussi son pari et se met à rédiger ce qui deviendra: Parfum de jasmin dans la nuit syrienne. Un livre écrit sans prétention littéraire mais si humain qu'il nous donne aussitôt envie de prendre la route...
Il est vrai que l'enthousiasme de Sarah est contagieux et que nous sommes viscéralement attachés à cette région du monde si malmenée.

Sarah Chardonnens le savait pour avoir travaillé dans cette zone «chaude» voici quelques années  pour les Nations Unies et la Confédération. Disposant d'une solide connaissance du terrain, elle n'a donc pas accompli ce qui reste une Aventure dans une joyeuse inconscience.

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Sarah Chardonnens et sa moto-compagne de voyage, qui ne lui aura pas souvent fait défaut, au Kurdistan d'Irak.

 

 

 

Parfum de jasmin dans la nuit syrienne est un livre formidablement stimulant et même nécessaire par les temps qui courent.
Il nous 
prouve que l’Aventure (avec de vraies rencontres humaines) est encore possible dans une société aussi matérialiste que la nôtre.


Une démarche humaniste

Mais attention, un tel voyage n’est pas à la portée de n’importe qui! Ne devient pas «aventurière» qui veut!

En 2009, après avoir terminé ses études en sciences politiques, Sarah  décide de relier Le Caire à Jérusalem avec les moyens du bord. D’autres voyages suivront en Transsibérien, au Caucase, sur le Mékong, à la manière d'une routarde et non pas des voyages formatés où il n'y a pas de place pour l'imprévu et la rencontre avec les autres.

 

La démarche de la jeune voyageuse est essentiellement humaniste. Ce sont les êtres humains qui l'intéressent et c'est pour les rencontrer qu'elle prend la route.


Et après ? 

Après, plus rien n'est comme avant.

Au terme de ce voyage au Proche-Orient, Sarah Chardonnens se sent un peu plus «écorchée» qu'avant, un peu plus «remplie» aussi. 

Elle repartira, c'est sûr, le cœur et les yeux toujours grand ouverts.


Un précieux viatique 

Membre du Corps suisse d'aide en cas de catastrophe, ex-collaboratice humanitaire, Sarah Chardonnens continuera d'arpenter la planète non pas seulement pour découvrir ses beautés mais afin d'aider ceux que la guerre a touchés. La tâche est infinie


Sarah le fera, accompagnée par un viatique irremplaçable qu'elle a lu dans l'inoubliable Léon L'Africain** d'Amin Maalouf et qu'elle a placé en exergue de son site: http: //parfumjasminnuitsyrienne.ch

 

 

 

«Où que tu sois, certains voudront fouiller ta peau et ta prière.

Garde-toi de flatter leurs instincts, mon fils, garde-toi de ployer sous la multitude! Musulman, juif ou chrétien, ils devront te prendre comme tu es, ou te perdre. Lorsque l’esprit de l’homme te paraîtra étroit, dis-toi que la terre de Dieu est vaste (…) N’hésite jamais à t’éloigner au-delà de toutes les mers, au-delà de toutes les frontières, de toutes les patries, de toutes les croyances».

  

Bons voyages, Sarah, et peut-être à bientôt sur une route, entre Erbil et Beyrouth, dans un Proche-Orient enfin apaisé!

 

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* Editions de L’Aire, 261 pages. 

 

Disponible chez l'éditeur  www.editions-aire.ch et dans toutes les bonnes librairies.

 

 

 ** Léon l'Africain, Jean-Claude Lattès et Le livre de poche.

 

26/05/2015

CLAUBE B. LEVENSON: LE SECRET

Elle  avait écrit vingt-cinq livres dont une quinzaine sur le Tibet
et deux sur le bouddhisme
qui furent traduits en une vingtaine de langues.

Elle était une proche amie du dalaï-lama.

Disparue en 2010, Claude B. Levenson était à la fois érudite – maîtrisant une dizaine de langues – et modeste, douce et obstinée.
Nous qui l'avons aimée et admirée découvrons aujourd'hui

que l’amie des poètes avait un  secret.
Son mari, Jean-Claude Buhrer, nous le révèle dans l’avant-propos de
Ainsi parle le dalaï-lama* qui vient d’être réédité.

 

 

Paru une première fois en 2003, aux Editions Balland, Ainsi parle le dalaï-lama est le fruit de longs entretiens que Claude B. Levenson, cette «imprégnée de bouddhisme», a poursuivis avec le défenseur de la cause tibétaine durant près de trente ans. La première fois, ce fut à Paris, en 1984. L’écrivain fut d’emblée conquise par cette personnalité rayonnante qui prônait inlassablement, pour les Tibétains et pour le monde, la voie de la non-violence. Elle dialogua avec lui à Dharamsala et à Genève, mais encore à Rome, Londres, Assise, Paris et Strasbourg.

Dès 1985, avec son mari, l’auteur et journaliste Jean-Claude Buhrer, elle se rendit une douzaine de fois au Tibet. Jusqu'au jour où, en 2006, le couple fut soudain déclaré persona non grata sous le prétexte de «proximité avec les séparatistes tibétains».

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 Claude B. Levenson, «l'amie sûre du Tibet», selon les mots du dalaï-lama.

 

 

Le Tibet découvert à Moscou

Mais comment cette Parisienne a-t-elle connu le Tibet et le bouddhisme ? Pupille de la nation, elle bénéficia d’une bourse qui l’amena à l’Université Lomonosov de Moscou.

C’est là, dans les années 50, qu’elle se lia à de jeunes Bouriates et Kalmouks qui l’initièrent au bouddhisme tibétain dont ils étaient des adeptes. A la même époque, rencontrant des rescapés du Goulag, Claude Levenson découvrit la véritable face du communisme qui était encore méconnue en Europe. On ne voulut pas la croire, à Paris. Claude apprit à se taire comme elle l’avait fait dans son enfance.




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Claude B. Levenson parmi les Tibétains: sereine, heureuse.


photo: Jean-Claude Buhrer

 


A trois ans, elle cesse de pleurer

Un jour de 1941, à Paris, Claude avait trois ans quand, informée par un voisin, la milice frappa à la porte du domicile familial. Son père fut arrêté. La petite fille ne le revit jamais. L'ingénieur fut transféré à Drancy et assassiné à Auschwitz le 20 avril 1942.

Claude fut cachée dans une famille de paysans de la Niève tandis que sa mère s’engageait dans la Résistance. 

«Depuis l'âge de trois ans, écrit son mari dans sa préface, Claude n’avait plus jamais pleuré…» 

 

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Le dalaï-lama serrant dans ses bras
Claude B. Levenson  accompagnée de son époux, Jean-Claude Buhrer.
C'était lors d'un voyage commun en Croatie, en 2002.


A la source d’un déni

A quelques rarissimes exceptions, elle n’avait plus jamais évoqué ce drame familial comme elle avait caché son origine juive.

Tout juste disait-elle: « J’ai été une enfant de la guerre…»

 

Dans les archives de son épouse, Jean-Claude Buhrer a trouvé plusieurs textes inédits. L'un d'eux évoque cette époque de la disparition du père et de la vie clandestine dans la Nièvre. Buhrer, qui l'avait épousée en 1964, en ressorti bouleversé.
Sans doute cette douleur fut-elle trop insoutenable pour être dicible et partagée.

 

Devenue sinologue et tibétologue, Claude B. Levenson s'imprégna peu à peu du bouddhisme.

Elle disait, rappelle son mari: «Une fois saisi, compris et accepté que tout ce qui existe est sujet à la naissance, la transformation et l’extinction, c’est-à-dire l’impermanence, la vie devient une expérience dont nul, certes, ne sort indemne, mais qui vaut certainement d’être vécue…»


Claude B. Levenson trouva-t-elle dans le bouddhisme une réponse à l'Inconsolable ?

Peut-être son témoignage inédit sera-t-il un jour publié. Ce livre-là nous donnerait enfin les clés d’un déni assumé quasiment jusqu’à la fin. Après les ouvrages de Jorge Semprun et de Boris Cyrulnik, le livre de Claude B. Levenson nous éclairerait aussi sur les réactions complexes de l'être humain confronté à l'Horreur.


 

 

 

 

* Albin Michel (collection spiritualités vivantes), 273 p.