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30/09/2015

POEMES CHOISIS (46) YANNIS R I T S O S

Comme l'air que nous respirons, la Poésie nous sera toujours vitale.
Au fil des jours et des saisons, 
voici des textes qui nous semblent répondre
aux interrogations du vingt-et-unième siècle 
et  à notre humaine condition.

 

«Rien, en poésie, ne s'achève.

Tout est en route, à jamais».

Andrée Chedid

 

Mes chers semblables

 

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 «La poésie n'a jamais le dernier mot. 

Le premier, toujours».

Yannis Ritsos (1909-1990) sous le soleil de Grèce.

 

 

 

 

 

«Mes chers semblables

comment pouvez-vous

encore vous courber ?

 

Comment pouvez-vous 

ne pas sourire ?

Ouvrez les fenêtres.

 

Je me lave à la lumière

je sors sur le balcon

nu

pour respirer à fond

l'air éternel

aux fortes senteurs

de la forêt humide

au goût salé

de la mer infinie.

 

Le monde resplendit

infatigable.

Qu'il soit regardé».

 

 

 

 

 

* Extrait de La Symphonie du Printemps, Editions Bruno Doucey.

 

 

 

 

19/09/2015

J. MASSABKI: FEMME DE TETE ET DE COEUR

Elle était légendaire pour sa générosité, son enthousiasme et sa faculté à aider les autres. Mais encore pour sa pugnacité en tant qu'avocate.

Coauteur de La mémoire des Cèdres*, Jacqueline Massabki aura puissamment contribué au rayonnement du Liban à travers le monde. Son engagement en faveur de sa patrie et de la Paix lui aura aussi valu de nombreuses distinctions.

Avocate, écrivain et journaliste, cette femme de tête et de coeur s’est endormie le 1 er septembre chez elle, à Beyrouth, après une dizaine d’années au Pays d’Alzheimer.

Son mari, Antoine Abi Ghosn, qui fut son indéfectible Ange gardien, était auprès d’elle.

 

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Jacqueline Massabki et son mari sur un sentier du vallon de Réchy (automne 2002).

 

photo: rb

 

 

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 Dialoguant avec Maurice Chappaz, le poète qu'elle avait connu au Liban en 1974, et qui y était revenu en 1982, dans son chalet des Vernys.

 

photo: rb 

 

 

De Jacqueline à  «La Langue des dieux».

Jacqueline fut pour moi, dès 1967, la «grande soeur naturelle» que j’évoque, sous le prénom de «Marie» dans La langue des dieux.** Elle m'a tout appris du Liban. De la vie confrontée à l'aléatoire – la maladie, la mort, l'amour –, du Monde qu'elle a sillonné de part en part. Elle savait tout car elle avait tout affronté: la mort de son père, la pauvreté. C'est grâce à son obstination et à  son intelligence qu'elle réalisa des études universitaires tout en travaillant pour subvenir aux besoins de sa mère et de son jeune frère.


A la sortie de La langue des dieux, au printemps de cette année, il m'avait été demandé de le présenter au prochain Salon francophone du livre de Beyrouth. Des temps heureux à aujourd'hui, en passant par la guerre, le Liban y est en effet omniprésent.

Mais au début de tout, il y eut ma tentative désespérée de communiquer avec Jacqueline, qui, confinée à son fauteuil et ne pouvant plus marcher, ne parlait plus depuis plusieurs années. Je ne pouvais (voulais) pas m'avouer vaincue sur cette terra incognita.

Mais est-il possible de dialoguer avec un être  réduit au silence ?

En ce qui me concerne et expérience vécue, la réponse est: oui.
Je pense qu'«il suffit de beaucoup d'amour et de patience» pour apprendre «la langue des dieux», cette langue où les regards et les silences peuvent cohabiter avec la tendresse. 

J'ai la certitude que Jaqueline Massabki aura vibré très longtemps à la beauté de la musique, des images, comme elle aura apprécié le parfum du gardénia que  son mari posait chaque jour sur son coeur. Ses yeux nous l'ont exprimé.

De même, elle aura, jusqu'au bout, vécu en symbiose avec  son compagnon. 

A l'ère où certains donnent des séminaires et autres cours  sur l'«humanitude», c'est ce que je veux croire pour avoir simplement suivi ce que me dictait mon instinct.

 

Jacqueline Massabki avait noué des liens très amicaux avec plusieurs écrivains de la sphère francophone et fut une proche d’Andrée Chedid, Nadia Tuéni, Yves Berger, Corinna Bille et Maurice Chappaz. L'ancienne ministre Simone Veil avait aussi beaucoup d'estime et de sympathie pour elle.

 

 

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Dans le parc de la Fondation Gianadda, à Martigny, en 2002.

 

photo: rb

 

 

Jacqueline Massabki a été la première femme du Moyen-Orient à avoir été élue à un Conseil de l’Ordre des avocats, ce qui lui valut une mention dans Le Monde et de nombreuses distinctions.

En tant qu’avocate, elle a représenté son pays sur tous les continents. Elle était aussi membre de l’Association internationale des femmes juristes. Au Liban, elle aura beaucoup œuvré afin d’améliorer la situation de la femme, notamment dans le domaine des «délits d’honneur». 

 

 

L’écrivain Alexandre Najjar, bâtonnier de l’Ordre des avocat, et l’Association des avocats libanais, rendront  hommage à cette femme d’exception, qui était ma «grande soeur naturelle», le 27 octobre à 18 heures au Salon du livre francophone de Beyrouth.

 J'y serai.

 

 

* Avec François Porel, Editions Robert Laffont, 1989.

** Editions de L'Aire, 2015