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20/07/2015

A. ET SIMONE SCHWARZ-BART LES PRECURSEURS

Dans les années 70, Simone et André Schwarz-Bart habitaient
dans la région lausannoise où ils menaient une vie discrète
totalement consacrée à l’écriture.

Ce magnifique couple mixte était pour moi un exemple. 

 

Tous deux, lui Français d’origine juive polonaise et elle Guadeloupéenne, écrivaient et avaient fondé une famille*. 

Or à l’instant où je m'apprêtais à les rencontrer, Simone et André s’étaient envolés pour la Guadeloupe après dix ans de vie en Suisse. 

Un long silence suivit, interrompu seulement  par la parution de quelques livres, comme si le souffle avait soudain manqué à ces deux auteurs.

Il m’a fallu bien du temps, et la récente parution d’un roman bouleversant, L’Ancêtre en solitude, signé Simone et André Schwarz-Bart, pour réaliser les mille difficultés vécues par ce couple d'écrivains à l'intégrité absolue.

En honnête homme qu’il était, André Schwarz-Bart (1928-2006) croyait à juste titre qu’il n’existe pas de «hiérarchie» des génocides.

Pour l’auteur de Le Dernier des Justes, Prix Goncourt 1959, les tragédies de la Shoah et de l’esclavage antillais, par exemple, ne s’excluaient pas mutuellement.

 

Une hiérarchie pour l'horreur?

Mais ses lecteurs, surtout juifs et antillais, ne l’ont pas toujours compris. Ils n’avaient pas tous l’ouverture d’esprit d’un Léopold Senghor qui avait écrit à André Schwarz-Bart: «Je crois savoir que vous avez du sang juif. Et en effet, seul un Juif pouvait nous sentir à ce point, pouvait être à notre niveau de souffrance et de puissance imaginante : de force et de tendresse en même temps».
Cela, alors que des Antillais  déniaient à Schwarz-Bart le droit d’écrire sur leur peuple parce qu'il n'était pas des leurs...

 

Le  Goncourt à 31 ans 

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André Schwarz-Bart l'année où il fut couronné par le Goncourt.

 

 

André avait un peu plus de trente ans lorsqu’il obtint ce prestigieux prix littéraire.

Vendu à plus d’un million d’exemplaires,  son  livre suscita des éloges mais aussi des  polémiques. Le jeune écrivain, né à Metz de parents d’origine juive polonaise, avait déjà donné au chapitre de la souffrance personnelle.
Ses parents et deux de ses frères ne revinrent jamais des camps. Lui-même s’était engagé dans la Résistance, il y fut torturé, puis veilla sur ses jeunes frères et la soeur qu'il avait sauvée. Afin 
d’oublier les salons littéraires parisiens et leurs indécentes querelles, André Schwarz-Bart s'en va en Afrique, un continent qui le fascine. Mais il finira par revenir à Paris où il rencontre, en 1956, une jeune étudiante antillaise. 

 

 

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Simone, née Brumant, dont la grand-mère fut victime de l'esclavagisme antillais, 
fut et demeure l'âme-soeur d'André Schwarz-Bart.

 

L'amour fusionnel d'un Juif et d'une Antillaise

 

André Schwarz-Bart l'épouse en 1961. Ce sera, pour la vie, un amour fusionnel.

Six ans plus tard, en 1967, paraît aux Editions du Seuil leur premier roman écrit à quatre mains: Un plat de porc aux bananes vertes. Contant l’histoire parallèle des exils juifs et antillais, ce livre séduisit un grand nombre de lecteurs mais il en irrita d'autres, juifs aussi bien que guadeloupéens. En effet, certains juifs ne toléraient pas que l’on mette sur le même plan la Shoah et l’esclavagisme subi par les Antillais. Quant aux lecteurs antillais, s’ils ne pouvaient  admettre qu’un Blanc écrive sur leur Histoire, ils en voulurent tout autant à Simone Schwarz-Bart d’utiliser ce passé, qui était aussi le sien,  à des fins littéraires. 

Pour les deux auteurs, l’incompréhension est totale.

Cinq ans plus tard, en 1972, Simone publie à Paris son premier roman:
Pluie et vent sur Télumée Miracle qui sera aussi mal accueilli par les nationalistes guadeloupéens.
André voit sortir la même année La Mulâtresse Solitude, deuxième volume d’un cycle antillais de sept tomes. Mais ce livre ne rencontrera pas ses lecteurs.

 

La Guadeloupe et le silence

Face à ces incompréhensions récurrentes, André Schwarz -Bart décide de ne plus publier. Il va s’installer en Guadeloupe avec femme et enfants.

Pour sa part, Simone n’a pas  encore totalement renoncé à l’écriture. En 1979, elle publie  Ti jean l'horizon qui jettera une nouvelle fois la suspicion auprès des Antillais. Elle renonce alors à l’écriture pour ouvrir une boutique d’antiquités puis une maison d’hôtes.

Mais le virus sera de retour en 1987 et Simone Schwarz-Bart écrit une pièce de théâtre: Ton beau capitaine.

Enfermé dans leur bureau, atteint d’une profonde mélancolie, André écrit chaque jour, sans pour autant publier, à l’exception d’une encyclopédie en sept volumes: Hommage à la femme noire, qu’il co-signera avec Simone. 

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Les destinées de trois femmes guadeloupéennes
sur trois générations retracé par Simone Schwarz-Bart 
sur la base des manuscrits et notes d'André.

 

L'Ancêtre en Solitude

Après la mort de son mari, en  2006, Simone retrouvera dans les tiroirs de leur bureau L’Etoile du matin, un roman qui évoque la condition juive, et qu'elle fera publier en 2009. Cinquante ans après le Goncourt…

D'une loyauté indéfectible,  elle continue de l'aimer au-delà de la mort.

Afin de poursuivre le cycle antillais d’André Schwarz-Bart, entamé par

La Mulâtresse Solitude, elle se replonge dans les manuscrits et notes de son mari. 

L’Ancêtre en Solitude est né qui trace le portrait de trois femmes sur trois générations du milieu du XIXe au début du XXe.

Louise est la fille de l’esclave Solitude, et la mère d’Hortensia, qui donnera naissance à Mariotte. 

Le roman évoque le combat de  Guadeloupéennes face à leurs oppresseurs. Cette histoire terriblement réaliste est cependant nimbée de lumière. Serait-ce-ce dû à la beauté de cette langue métissée, mi-créole mi-français, dont Simone Schwarz-Bart nous fait le cadeau ? Ou encore à ces légendes orales,  à cette magie, à cette poésie qui accompagne les destinées les plus douloureuses ?

L’Ancêtre en Solitude est un livre envoûtant qu’il faut lire. 

 

Il fut une fois l'esclavagisme antillais

Car il fut une fois l’esclavagisme antillais comme il y eut l’esclavagisme noir, l'éradication des Indiens d’Amériques, la Shoah, Deir-Yassin, le génocide arménien, les crimes de l’Angkar, Halabja...
La liste sera hélas, toujours et toujours, actualisée et complétée par le lecteur.

 

Sans doute était-il était trop tôt dans les années 70-80 pour écrire que tous les êtres humains, blancs, noirs, juifs, arabes, ont le même droit à la dignité et au bonheur... Avec L’Ancêtre en Solitude, celle qui fut son âme-soeur perpétue son message de tolérance.

 

Afin de rendre justice à l’auteur du Dernier des Justes, il faut lire L’Ancêtre en Solitude. Et le faire lire.

Aujourd’hui, grand-mère de quatre petits enfants, Simone Schwarz-Bart vit entre Goyave, en Guadeloupe, et Paris.

De là où il est, celui qui fut un précurseur incompris croit-il que le monde est devenu meilleur et les humains plus intelligents ?

 

 

* C’est à Pully que l’un de leurs fils, Jacques, découvrit le jazz grâce au père d’un camarade d’école. Il est aujourd’hui saxophoniste de jazz.

 

 www.brotherjacques.com

 

 

Les livres d'André et Simone Schwarz-Bart sont pour la plupart éditées au Seuil.

 

 

 

 

 

 

06/07/2015

AU PAYS DE L'ENFANCE «MODERNE» ET ETERNELLE

Qu'en est-il de l'enfance dans nos pays dits «civilisés»?

Leur esprit d'émerveillement se serait-il totalement volatilisé,
écrasé par l'omniprésence des ordinateurs ?

A voir, à lire et à entendre!

 

Tout récemment*, Matthieu Riccard nous faisait part de son inquiétude.

«Lors d’une promenade dans la campagne française, un ami me disait : « Autrefois, à la saison des cerises, nous étions tous dans les arbres à nous régaler. Maintenant, les cerises restent sur les branches. Les enfants d’aujourd’hui ne grimpent plus aux arbres.  Ils sont généralement devant leurs ordinateurs. »

 

Et le fils du philosophe Jean-François Revel, devenu moine bouddhiste et  interprète du Dalaï-Lama, de nous apprendre que les enfants d’aujourd’hui joueraient «dix fois moins ensemble, dans les lieux publics, la rue notamment, qu’il y a trente ans». 

Le docteur en génétique cellulaire se base sur des études scientifiques pour affirmer que «le contact avec la nature se limite souvent à une image de fond d’écran d’ordinateur» et que « les jeux sont de plus en plus solitaires, virtuellement violents, dénués de beauté, d’émerveillement, d’esprit de camaraderie et de satisfactions simples». 

 

L’agriculteur et philosophe Pierre Rabhi partage ce constat:

«On voit s'ériger des générations d'enfants qui faute d'un éveil à la vie, sont réduits à n'être que des consommateurs insatiables, blasés et tristes».

 

Ces observations reposent sur une réalité à déplorer. Que deviendra un monde où les enfants ne sauraient plus jouer ensemble ?

Et une planète qui laisse ses fruits pourrir sur les arbres tandis que vingt mille enfants, au moins, meurent chaque jour de faim ?

 

Du goût des cerises...

En ce qui me concerne, une cueillette de cerises «sur l'arbre» dans un jardin genevois figure parmi mes plus lumineux souvenirs d’enfance. 

Des années plus tard, dans la campagne de Bussigny, les cerises de l’arbre que nous avions loué à un agriculteur avaient gardé le même goût.

Serait-ce dû à la première cueillette de cerises sur l’arbre, j'ai gardé jusqu’à ce jour la passion irrémédiable des cerises – des bigarreaux bien croquants et dodus – que je croque avec délice de l’Italie à la Provence, partout où le soleil les a couverts d’affection.

Dans mon village de la montagne suisse, mes petits voisins sont tristes parce que le cerisier de leur grand-mère est «malade». Il ne donne plus de cerises. 

Mais il leur reste par bonheur fraises, framboises et salades à voir grandir et à cueillir.  

Ces enfants-là fabriquent des cannes à pêche avec des bouts de bois et des ficelles. Ils créent des herbiers et des mosaïques naturelles, veillent sur leurs chats, rendent visite à l'agneau nouveau-né du voisin.

S’ils savent aussi utiliser un ordinateur, ils prennent le temps de regarder les étoiles, d’observer les fourmis et de dialoguer avec leur entourage.

 

J’ai bien de la chance de les avoir pour voisins.

Suis-je restée une enfant, je ne me lasse pas de les observer ni de jouer avec eux, parfois, car il ne faudrait pas trop les déranger, serait-ce dans les rires, avec des livres et des poèmes aussi...

 

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Dans mon petit village, les enfants savent aussi regarder les couchers de soleil (ici sur Les Dents-du-Midi) et les nuages...

 

photo: gf

 

Les enfants seuls

 

Sobrement intitulé Les enfants seuls**, le premier livre de Céline Cerny déborde de tendresse et de poésie. La jeune maman auteur et chercheuse en littérature connaît bien l’univers de l’enfance. Elle est la maman de Clara et Merlin, à qui elle a dédié son recueil.

De Lisa à Dolorès, de Léon à Tony, Céline Cerny a su faire parler une vingtaine d’enfants «seuls». Elle a d’abord pris le temps de les écouter avec respect et empathie. Ce que nous disent ces enfants mérite d’être entendu.

 

«J’aime courir vers les clairières et recevoir la chaleur du soleil. J’aime croire que je me suis aventurée si loin que plus personne ne se doute de mon existence…» a dit Joëlle à Céline tout en poursuivant: «Il faudrait arrêter de se laver, pour garder sur la peau la saveur du soleil».

Quant à Lucie, qui rêve d’être cosmonaute depuis que son grand frère l’a initiée à l’univers des étoiles, elle se pose bien des questions le soir, sous ses couvertures: «J’ai bien compris le fonctionnement du système solaire, il y a d’autres planètes et d’autres galaxies. Je tente aussi d’imaginer ce qu’est un trou noir, une densité sombre et silencieuse dans laquelle tout disparaît. 

Oui, mais après, il y a quoi ? après, encore bien plus loin que tout ça, il y a quoi?»

 

Il y a quoi ?

Vous l'aurez saisi. Mystères, joies, tristesses et rêves cohabitent à chaque page de ce précieux petit livre.

 

 

* Blog de Matthieu Riccard:  www.matthieuricard.org

 

** Les enfants seuls, Editions d’Autre part, 132 pages.

 

 

www.dautrepart.ch