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29/03/2016

POEMES CHOISIS (51) DANIELLE RISSE

Comme l'air que nous respirons, la Poésie nous sera toujours vitale.
Au fil des jours et des saisons, 
voici des textes qui nous semblent répondre
aux interrogations du vingt-et-unième siècle 
et  à notre humaine condition.

  

«Rien, en poésie, ne s'achève.

Tout est en route, à jamais». 

 Andrée Chedid

 

  

La Voix du Monde 

DE DANIELLE RISSE

 

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 «De Saint-Pétersbourg

A Jérusalem

D’ici ou d’ailleurs

La voix du monde s’élève

 

Par-dessus les coupoles dorées

Comme une offrande

A l’éternité.

 

Un voyage aux sentiers détournés

Pas à pas

Je découvre dans le tourbillon des jours

Au milieu même de ce désert humain

Le reflet d’une aube nouvelle

Balayée par les braises de nos douleurs

 

Suspendu au silence

Le chant millénaire

Enflamme l’arche de vie».

 

 

 

* Si près des étoiles Saint Pétersbourg, Editions de L’Aire, 2016.

www.editions-aire.ch

 

 

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17/03/2016

SEMAINE DE LA POESIE: LE MESSAGE DE RILKE

POUR ECRIRE UN SEUL VERS

 Comme l'air que nous respirons,
la Poésie nous sera toujours vitale.
En cette Semaine dite «de la Poésie»

voici un texte de Rainer Maria Rilke
qui nous ramène très simplement
à l'essence de la Poésie.

 

 

«Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes,
d’hommes et de choses,  

il faut connaître les animaux,
il faut sentir comment volent les oiseaux 

et savoir quel mouvement font les petites fleurs

en s’ouvrant le matin. 

 

Il faut pouvoir repenser à des chemins
dans des régions inconnues, 

à des rencontres inattendues,
à des départs que l’on voyait longtemps approcher, 

 

à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, 

à ses parents qu’il fallait qu’on froissât

lorsqu’ils vous apportaient une joie 

et qu’on ne la comprenait pas

(c’était une joie faite pour un autre), 

 

à des maladies d’enfance
qui commençaient si singulièrement, 

par tant de profondes et graves transformations, 

 

à des jours passés
dans des chambres calmes et contenues,

à des matins au bord de la mer,
à la mer elle-même, à des mers,

à des nuits de voyage
qui frémissaient très haut 

et volaient avec toutes les étoiles, 

– et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela.

 

Il faut avoir des souvenirs
de beaucoup de nuits d’amour,

dont aucune ne ressemblait à l’autre,

de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, 

et de légères, de blanches,
de dormantes accouchées qui se refermaient. 

 

 Il faut encore avoir été auprès de mourants,

être resté assis auprès de morts, 

dans la chambre, avec la fenêtre ouverte

et les bruits qui venaient par à-coups. 

 

Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs.

Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, 

et il faut avoir la grande patience qu’ils reviennent. 

 

Car les souvenirs eux-mêmes ne sont pas encore cela. 

Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous

sang, regard, geste, 

lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, 

ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, 

du milieu d’eux,

se lève le premier mot d’un vers».

 

 

* Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, Editions du Seuil.