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14/01/2017

JANINE MASSARD: ECRIVAIN ET FEMME D'HONNEUR

De Question d’honneur*, le roman qui vient de paraître
aux Editions Bernard Campiche, à De seconde classe**, le premier livre,
j’ai lu tous les ouvrages de Janine Massard. 
En plus de ses qualités littéraires – précision, clarté de l’écriture–,
j’ai le plus grand respect pour la dimension sociale de son œuvre. 

Celle qui fut notamment proche de Gaston Cherpillod, un écrivain romand connu pour son authenticité, est viscéralement allergique à l’injustice. Cette dimension apparaît en effet dans tous ses livres qu’ils soient des fictions ou des documentaires.

 

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 Dans La petite monnaie des jours*** et Terre noire d’usine ****, Janine Massard nous révélait le quotidien des classes les plus modestes de son canton natal. Il ne s’agissait pas d’un retour à Zola mais de la condition des paysannes de La Côte et des ouvrières d’usine du Nord vaudois dont nous ignorions presque tout. Or, dans sa quête de vérité, Janine Massard avait recueilli des témoignages irréfutables, autant de pierres noires au chapitre de la condition féminine et enfantine en Suisse au 20 me siècle.

 

Question d’honneur

L’écrivain étant peu portée sur le narcissisme et l’introspection, rien d’étonnant si le récit qu’elle entendit, voici quelques années, demeura au creux de son oreille. Ces confidences sont précisément à l’origine de son dernier roman: Question d’honneur, un titre qui colle parfaitement à sa personnalité. Janine Massard les doit à l’«héroïne-victime» de cette histoire vraie qui s’est déroulée vers 1950 dans un milieu de notables protestants. Confronté à la grossesse inattendue de sa fille aînée, qu’il apprend tardivement, un instituteur en est réduit à une action extrême. La petite sœur de la jeune mère aura tout vu de ce crime caché. Des années, elle garda le silence car les secrets de famille sont faits pour demeurer secrets… Jusqu’au jour où elle se libéra. Question d’honneur traite d’un sujet dur mais Janine Massard a su le traiter avec délicatesse. 

De l’universel à l’intime

Liée à son expérience personnelle, l’œuvre de la Vaudoise comporte aussi des livres à la dimension plus intime: Ce qui reste de Katharina***** et Comme si je n’avais pas traversé l’été****** habités par le deuil, Janine ayant perdu la même année son mari et l’une de ses filles.

Les épreuves de la vie ne l’ont pas incitée à se replier sur son nid de douleurs puisqu’elle est demeurée ouverte aux autres. Il suffit de lire Le Jardin face à la France******* et L’Héritage allemand ******** pour constater sa généreuse réceptivité. Il en va de même pour Gens du Lac********* basé  sur une histoire touchant à sa famille. Alors un de ses oncles pêcheur faisait passer les Juifs d’une rive à l’autre du Léman pour échapper aux nazis et aux collabos. Et si Janine Massard avait vécu sur ces rivages à l’époque, elle aurait assurément été du voyage… comme elle distribua de ses mains la soupe populaire aux sans-abris de Lausanne.

Solidaire et authentique, en dépit de ses blessures personnelles, ainsi est-elle.

Après m’être immergée dans Question d’honneur, j’ai aimé relire son premier livre: un récit de voyage à travers l’Europe, en train, «de seconde classe», nimbé d’humour et de tendresse. 
Alors, la maladie et la mort n’avaient pas encore passé par là. Avec elle, nous en étions à nos vingt ans, au temps de l’innocence et de toutes les espérances. 
Le monde était plus gai, il est vrai...

 

 

** Le Temps parallèle, 1978; Editions d’en bas, 2016.

*** Récit autobiographique, Editions d’en bas, 1985. 

**** Essai d’ethnologie régionale, Editions de La Thièle, 1990.

***** Roman, Editions de L’Aire, 1997. 

****** Roman, Editions de L’Aire, 2001. 

*******Roman, Bernard Campiche éditeur, 2005. 

******** Roman, Bernard Campiche éditeur, 2008.

********* Roman, Bernard Campiche éditeur, 2013. 

 

 

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