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20/02/2016

AVEC RENE CHAR: EN RETARD SUR LA VIE ?

Comme l'air que nous respirons, la Poésie nous sera toujours vitale.
Au fil des jours et des saisons, 
voici des textes qui nous semblent répondre
aux interrogations du vingt-et-unième siècle 
et  à notre humaine condition.

 

 «Rien, en poésie, ne s'achève.

Tout est en route, à jamais».

 Andrée CHEDID

 

COMMUNE PRESENCE

 

 

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 C'est René Char qui découvrit Andrée Chedid en France.

 

 

«Tu es pressé d'écrire,
Comme si tu étais en retard sur la vie.
S'il en est ainsi fais cortège à tes sources.
Hâte-toi.


Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.

Effectivement tu es en retard sur la vie,
La vie inexprimable,

La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir,
Celle qui t'est refusée chaque jour par les êtres et par les choses,
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
Au bout de combats sans merci. Hors d'elle, tout n'est qu'agonie soumise, fin grossière.


Si tu rencontres la mort durant ton labeur,
Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride,
En t'inclinant.
Si tu veux rire,
Offre ta soumission,
Jamais tes armes.
Tu as été créé pour des moments peu communs.

Modifie-toi, disparais sans regret
Au gré de la rigueur suave.
Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption,
Sans égarement.

Essaime la poussière
Nul ne décèlera votre union.»

 

 

In Le Marteau sans maître, 1934, Gallimard/Poésie.

 

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