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24/03/2015

PERMIS DE RESIDER POUR LES HUMAINS

Dans Archipel des passants* de Valérie Frey et Yves Laplace, je lis:


«Rien n’est plus précaire que le sentiment de résidence,

l’impression d’être installés sur la terre, plus ou moins flanqués de voisins,
de frères 
ou d’alliés qui sont parfois nos pires ennemis…

Tout passe, malgré nous et avec nous,
nous sommes persuadés d’un archipel toujours

en mouvement…»

 

Et la photo tragiquement superbe de Massimo Sestini**, qui nous avait bouleversés, revient me hanter, avec tous ses petits points rouges, jaunes et bleus vus du ciel. Avec tous ses êtres, petits et grands, serrés les uns contre les autres. Tous sont en quête d'une terre moins inhumaine que la leur. Comment les oublier, eux qui ont réussi à embarquer sur ces bateaux de fortune «grâce» à des passeurs plus ou moins honnêtes et après avoir souvent vendu une terre ou une maison ?

Où «résidaient-ils» donc tous ceux qui ont dû quitter leur patrie et leurs famille? Ont-ils fui une dictature, une guerre, la faim pour prendre le risque d'une croisière si hasardeuse ? Avec un peu de chance, ils arriveront vivants de l'autre côté de la Méditerranée. Et cela seul, pour l'instant, importe.  Pourront-ils étudier, travailler ou seront-ils expulsés ? La promiscuité dans les camps leur sera toutefois moins insupportable que sur leur embarcation. Les rescapés savent que plusieurs de leurs compagnons de malheur «résideront» à jamais au fond des mers. Leurs enfants et leurs parents n'en sauront rien. Les «avis de décès» n'habitent pas les fonds sous-marins.

Sans titre 2.jpg

Cette photo de Massimo Sestini a obtenu le 2 me Prix «World Press Photo» 2015
lors d'une opération de sauvetage de la marine italienne.

coypright: Massimo Sestini


Comme la terre ne cesse jamais de tourner, et les drames de s'enchaîner, pensant aux immigrés de la Méditerranée, je me demande si Charlote Wèi*** est toujours vivante. Cette pionnière avait guidé le Clézio lors de son séjour à Vanuatu. La jeune femme qui fut notamment à l'origine du renouveau de l'art des nattes, était venue exposer ses oeuvres au Musée du Louvre à l'invitation de Le Clézio.

Où est-elle aujourd'hui ? Elle et ses filles ont-elles échappé au cyclone PAM qui a ravagé une bonne partie de son île ? 

Qu'il soit à Albuquerque ou à Séoul, à Maurice ou en Bretagne, seul Le Clézio pourrait nous le dire.

En attendant de le savoir, pour retrouver Charlotte et découvrir Vanuatu, relisons Raga!

Et rêvons du jour où tous les êtres, sur terre, dès le moment de leur naissance, reçoivent un permis de résidence illimité dans le temps.




 



 

 

 

 * Album de textes et photos, Valérie Frey, Yves Laplace, Editions Infolio.

** www.mariosestini.it

*** in Raga, Approche du continent invisible, de JMG Le Clézio, Editions du Seuil, collection Les peuples de l'eau dirigée par Edouard Glissant.


08:49 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) |

14/03/2015

SYRIE: POEME POUR UN TRISTE ANNIVERSAIRE

La guerre de Syrie a quatre ans. 
Tout commença par des tags hostiles à Bachar el -Assad
que des enfants dessinèrent sur un mur à Deraa.
Alors, la Tunisie, l'Egypte et la Libye s'étaient rebellées contre leur tyran.
Et pourquoi pas les Syriens épuisés par quarante ans de baasisme ?
A ces tags enfantins, Bachar – «le fossoyeur en chef de la Syrie» * –
répondit
par la violence. 
Les chiffres sont cruels: en quatre ans, le conflit syrien a fait près de 220 000 morts.
Plus de treize mille d'entre eux, ont expiré sous la torture
dans les prisons du régime syrien.
Plus de 1 million ont été blessés et près de 3 millions sont aujourd'hui réfugiés 
dans les pays voisins (Jordanie, Liban, Turquie) et en Europe. 

 Face aux intérêts et aux jeux occultes des grandes puissances,
face à aux financiers de Daech et autres islamistes,
que peut la «communauté internationale» 
pour sauver la Syrie et les Syriens ?

En image et en poésie, nous n'avons hélas que notre compassion.

 

enfant rue0385.jpg

Petit réfugié syrien dans les rues de Beyrouth

photo: copyright gf

 

 

LES CORPS INNOCENTS

«Le monde succombe

Aux mains des égorgeurs

En carcan de haine

Qui déciment les corps innocents

 

Puis s'échappant comme l'eau

De toute emprise

La liberté jaillit

Hors du joug des violences 

Et des hantises du temps.

 

Mais qui ramènera

Des contrées

De l'ombre et des glaives 

Ces vies interrompues

Aux lisières de nos vies».

 

Andrée Chedid

 

 

* In Marées IV, Par-delà les mots, Mille et une pages, Flammarion, 2013.

** Editorial d’Angélique Mounier-Kuhn, in Le Temps du 14 mars 2015.